Publié le 09.11.2025, 05:19. Ardita, une jeune femme de 20 ans, a perdu près de 20 kilos grâce au Wegovy, une injection hebdomadaire qui aide à la perte de poids. Si son corps a changé, elle déplore le poids des regards et la stigmatisation persistante autour de cette méthode, pourtant autorisée dès 12 ans en Suisse sous certaines conditions.
- Ardita, qui pesait près de 100 kg, a vu son poids chuter de 18 kg en sept mois grâce au traitement Wegovy.
- Cette injection, qui mime une hormone de satiété, est autorisée en Suisse pour les jeunes dès 12 ans, avec un IMC de 35 ou plus pour une prise en charge par l’assurance maladie.
- Malgré les bénéfices physiques, Ardita ressent encore une profonde stigmatisation, tant autour de son poids passé que de l’utilisation de ce traitement.
« Cela n’aurait pas été possible il y a quelques mois », confie Ardita, le sourire aux lèvres, alors qu’elle monte sans peine le quatrième étage du Centre d’endocrinologie pédiatrique (Pezz) de Zurich, un bâtiment ancien dépourvu d’ascenseur. Il y a sept mois, elle aurait été à bout de souffle. À l’époque, sa balance affichait 96 kilogrammes pour 1,62 mètre. Aujourd’hui, la jeune femme de 20 ans a gagné en légèreté, affichant 18 kilos de moins grâce au Wegovy.
Ardita fait partie des premiers jeunes en Suisse à bénéficier de ces injections amaigrissantes, administrées une fois par semaine. Le traitement agit en imitant l’hormone GLP-1, naturellement produite par l’intestin et qui induit la sensation de satiété. Le médicament, initialement développé pour les diabétiques, a révélé cet effet secondaire bénéfique, conduisant à la création d’injections spécifiques comme le Wegovy ou le Mounjaro, souvent plus puissantes.
Pour Ardita, le déclic a été le passage du cap des 100 kilogrammes. Cet événement, elle le décrit comme « la confrontation la plus flagrante avec la réalité de ma vie ». L’obésité, vécue depuis l’enfance, s’était accentuée durant sa puberté, la reléguant au rôle de l’« amie grosse » dans son cercle social, tandis que ses camarades vivaient leurs premières relations amoureuses. Des moments simples comme aller à la piscine devenaient des épreuves, marquées par la honte et le besoin de cacher son corps. Les insultes sur son poids, notamment sur un terrain de football, ont renforcé une voix intérieure qui lui murmurait son manque d’attrait.
Même aujourd’hui, malgré les progrès, Ardita a des gestes qui trahissent son malaise. Elle croise souvent les bras, protégeant instinctivement son ventre, qu’elle qualifie de « plus gros problème ». La simple idée de montrer ses bras nus était impensable avant le traitement. L’injection de perte de poids, comme le surpoids qu’elle a connu, est perçue par Ardita comme un stigmate. Elle craint d’être jugée comme paresseuse, incapable de se défaire de ses kilos en trop par elle-même, se reposant sur une « solution pratique ». C’est par peur de ces jugements qu’elle a choisi de témoigner anonymement auprès de Watson.
La prédisposition génétique joue un rôle crucial dans la gestion du poids. Des études scientifiques montrent qu’environ 80 % des enfants dont les deux parents sont en surpoids risquent de devenir obèses. La régulation de l’appétit est au cœur du problème : selon la génétique, la sensation de satiété arrive plus ou moins rapidement, rendant plus aisée pour certains de s’arrêter après quelques biscuits, tandis que d’autres peuvent finir le paquet. Pour les personnes génétiquement prédisposées au surpoids, comme Ardita, maintenir un poids normal demande une discipline de fer.
Les injections amaigrissantes interviennent précisément pour freiner cet appétit. « Si je mangeais maintenant les mêmes quantités qu’avant, je me sentirais malade », explique Ardita, soulignant que le traitement lui évite un sentiment de rechute. Au Pezz de Zurich, une vingtaine d’adolescents et jeunes adultes suivent ce traitement. Cependant, le directeur de la clinique, le Professeur Urs Eiholzer, constate un taux d’abandon élevé, plus de la moitié des patients ne parvenant pas à modifier leurs habitudes alimentaires, condition nécessaire à la poursuite du traitement. L’assurance maladie exige d’ailleurs des rapports réguliers et une perte de poids minimale pour continuer à couvrir les frais.
Ardita redoute le moment où elle devra arrêter le traitement. Mais une conviction la porte : « Je sais que je n’abandonnerai pas. Parce que je ne veux pas retrouver le corps que j’avais avant. » La route sera longue et demandera une discipline sans faille, une réalité qu’elle embrasse pleinement, refusant même la tentation des biscuits au chocolat disposés devant elle lors de son entretien.
*Nom modifié