Publié le 2025-11-06 07:40:00. Le typhon Kalmaegi a semé la désolation aux Philippines, causant la mort d’au moins 142 personnes et laissant 127 disparus suite à des inondations d’une violence inédite. Ce phénomène météorologique, le plus meurtrier de l’année 2025, a mis à genoux la province de Cebu et ses environs, provoquant des scènes de dévastation.
- Au moins 142 morts et 127 disparus aux Philippines suite au passage du typhon Kalmaegi.
- Des inondations sans précédent ont ravagé la province de Cebu, emportant habitations et véhicules.
- Le typhon est le plus meurtrier de l’année 2025 et s’oriente désormais vers le Vietnam, déjà touché par de graves inondations.
La province de Cebu et ses environs ont été le théâtre d’une catastrophe naturelle d’une ampleur rare. Des eaux de crue d’une force jamais vue ont déferlé dans les villes, charriant avec elles voitures, baraquements précaires et même des conteneurs maritimes géants. Le bilan officiel s’établit à 114 décès confirmés par le bureau national de la protection civile, auxquels s’ajoutent 28 autres recensés par les autorités provinciales de Cebu, portant le total à 142 victimes. 127 personnes sont toujours portées disparues.
À Liloan, localité proche de Cebu City, 35 corps ont été retrouvés dans un paysage de désolation où des voitures s’empilaient, soulevées par la force des eaux, et où des toits d’immeubles avaient été arrachés. Les survivants tentent de se relever de cette tragédie. Michelle, 29 ans, a raconté avec une émotion poignante la détresse vécue au moment où sa sœur handicapée, coincée dans sa chambre, était emportée par la montée des eaux. « Nous avons essayé d’ouvrir sa porte avec un couteau de cuisine et un pied-de-biche, mais rien n’a bougé… Puis le réfrigérateur a commencé à flotter », a-t-elle témoigné, expliquant avoir réussi à s’échapper avec son père par une fenêtre, laissant sa sœur derrière elle par une décision déchirante : « Mais mon père m’a dit que nous ne pouvions rien faire pour elle, que nous pourrions finir tous les trois morts. »
Pour Chyros Roa, père de deux enfants, ce sont les aboiements de leur chien qui ont sonné l’alerte, permettant à sa famille de trouver refuge sur le toit de leur maison alors que l’eau envahissait leur logement au petit matin. « Le courant était très fort. Nous avons essayé d’appeler les secours mais personne n’est venu. On nous a dit que les sauveteurs avaient été emportés par le courant », a-t-il relaté.
Face à l’ampleur des dégâts, le président Ferdinand Marcos a décrété l’« état de calamité nationale », ouvrant la voie à la mobilisation de fonds pour l’aide d’urgence et à la mise en place de prix plafonds sur les biens de première nécessité.
« Une fois tous les 20 ans »
Les météorologues qualifient les précipitations liées à Kalmaegi d’exceptionnelles. Benison Estareja, du service météorologique d’État, a indiqué à l’AFP que les pluies enregistrées étaient 1,5 fois supérieures à ce qui tombe habituellement en un mois de novembre complet à Cebu, parlant d’un événement « une fois tous les 20 ans ». La forte urbanisation des zones touchées autour de Cebu City a accentué la catastrophe. Hier encore, les habitants s’affairaient à déblayer les rues transformées en véritables torrents la veille. Reynaldo Vergara, 53 ans, propriétaire d’un petit magasin à Mandaue, a déclaré ne jamais avoir rien vu de tel : « Vers quatre ou cinq heures du matin, l’eau était si forte qu’on ne pouvait même pas sortir. » Son commerce a été entièrement détruit par le débordement d’une rivière voisine : « Rien de tel ne s’est jamais produit. L’eau était déchaînée. »
La gouverneure provinciale, Pamela Balicuatro, a qualifié la situation de « sous-développée », soulignant l’insuffisance des infrastructures face à un tel événement. Les scientifiques rappellent que le changement climatique anthropique intensifie la puissance des tempêtes. Des océans plus chauds favorisent un renforcement rapide des typhons, tandis qu’une atmosphère plus chaude retient davantage d’humidité, générant des pluies plus abondantes.
« Urgent et dangereux »
Après avoir frappé les Philippines, Kalmaegi a pris la direction du Vietnam. Les autorités vietnamiennes craignent que le typhon n’aggrave une situation déjà critique, après une semaine d’inondations ayant déjà causé 47 morts dans le pays. Le typhon devait toucher terre dans le centre du Vietnam tard dans la journée, avec des vagues pouvant atteindre huit mètres et des ondes de tempête puissantes. Le vice-Premier ministre Tran Hong Ha a demandé aux autorités locales de traiter Kalmaegi comme une tempête « urgente et dangereuse », la qualifiant de « très anormale ».
Des milliers de personnes ont été évacuées des zones côtières. À Quy Nhon, ville située au sud de la zone d’impact prévue, des responsables ont été vus frappant aux portes pour alerter la population et l’inciter à fuir. Le Vietnam est habituellement touché par dix typhons ou tempêtes tropicales par an. Kalmaegi représente le 13ème de l’année 2025. Les Philippines, quant à elles, ont déjà atteint leur moyenne annuelle de 20 tempêtes avec Kalmaegi, et Charmagne Varilla, spécialiste météorologique de l’État, a indiqué à l’AFP qu’au moins « trois à cinq tempêtes supplémentaires » étaient attendues avant la fin décembre. La 21ème tempête est déjà en formation : la tempête tropicale Fung-wong, située à plus de 1 500 kilomètres à l’est des Philippines, gagne lentement en puissance en direction de l’île de Luçon et pourrait atteindre le statut de super typhon avant d’y accoster lundi.