Plus de 70 % des aliments pour bébés vendus aux États-Unis sont considérés comme ultra-transformés, une proportion alarmante qui soulève des inquiétudes quant à l’impact sur la santé des jeunes enfants. Une nouvelle étude met en lumière la prédominance d’ingrédients artificiels et de sucres ajoutés dans ces produits, avec des conséquences potentielles à long terme.
Les chercheurs du George Institute for Global Health (Australie) ont analysé 651 produits pour bébés et tout-petits issus des dix principales chaînes de supermarchés américaines. Leur évaluation, basée sur le système de classification NOVA, révèle que 71 % de ces aliments entrent dans la catégorie des aliments ultra-transformés (AUP). Ces produits sont caractérisés par une fabrication industrielle intensive, l’utilisation d’additifs et d’ingrédients hautement transformés, et un manque de nutriments essentiels.
Selon le Dr Elizabeth Dunford, chercheuse au George Institute et professeure associée à l’Université de Caroline du Nord, cette tendance est particulièrement préoccupante : « L’enfance est une étape cruciale pour acquérir des habitudes alimentaires qui dureront toute la vie. Présenter aux bébés des aliments excessivement sucrés, salés et contenant de nombreux additifs peut conduire à des préférences malsaines qui perdurent au-delà de l’enfance. » Elle souligne également le lien établi entre une consommation élevée d’AUP chez les enfants et un risque accru de maladies cardiaques et métaboliques à l’âge adulte.
L’étude précise que les additifs sont présents dans 71 % des aliments pour bébés analysés. Parmi ceux-ci, les exhausteurs de goût (36 %), les épaississants (29 %), les émulsifiants (19 %) et les colorants (19 %) sont les plus fréquemment utilisés, avec plus de 105 ingrédients additifs uniques identifiés. Le Dr Dunford met en garde : « Nous constatons de plus en plus de preuves selon lesquelles certains additifs peuvent être nocifs pour la santé. » Elle précise que les émulsifiants, les épaississants et les stabilisants pourraient perturber la fonction intestinale, tandis que les colorants synthétiques pourraient affecter le comportement des nourrissons.
Les AUP contiennent deux fois plus de sucre que les aliments non transformés (14,0 g contre 7,3 g pour 100 g), et les sucres ajoutés ne se trouvent que dans les produits ultra-transformés. La différence est particulièrement marquée dans les snacks et les apéritifs, où les AUP affichent un taux de sucre 2,5 fois supérieur à celui des produits non transformés (14,4 g contre 5,6 g pour 100 g). La teneur en sodium est également plus élevée dans les AUP (70 mg contre 41 mg/100 g), et ces produits ont tendance à être plus caloriques en raison de l’utilisation de sucres ajoutés et d’ingrédients raffinés, pauvres en fibres.
L’étude révèle que les collations (94 %) sont les aliments pour bébés les plus souvent ultra-transformés, suivies des portions individuelles (86 %) et des sachets (73 %). Or, les ventes de sachets ont augmenté de près de 900 % depuis 2010, reflétant une demande croissante pour des aliments pratiques pour bébés et tout-petits. « Même si les sachets et les collations peuvent sembler pratiques, ils ont tendance à être les options les plus transformées et les moins saines », ajoute le Dr Dunford.
Les autorités américaines ont récemment publié de nouvelles recommandations nutritionnelles, incluant pour la première fois des conseils pour éviter les aliments hautement transformés et limiter la consommation de sucres ajoutés et de glucides raffinés. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’un étiquetage plus clair et de réglementations spécifiques pour les aliments pour bébés, afin d’aider les parents à faire des choix éclairés. En attendant, ils conseillent de vérifier attentivement la liste des ingrédients et d’éviter les produits contenant des composants inconnus.
Des recherches antérieures du George Institute avaient déjà montré que les deux tiers des aliments pour bébés vendus dans les supermarchés américains ne respectent pas les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, et que 19 % contiennent des colorants synthétiques.