Un des fondateurs de Ben & Jerry’s a lancé une campagne contre Unilever, propriétaire de la marque de glaces, qu’il accuse d’avoir bloqué la création d’une nouvelle saveur destinée à soutenir la Palestine. Ben Cohen, co-fondateur de la célèbre marque, a annoncé sur Instagram qu’il développait un sorbet au goût de pastèque, symbole de la Palestine, via sa société indépendante « Ben’s Best ».
Depuis que Ben & Jerry’s appartient à Unilever en 2000, via sa branche glaces Magnum (qui deviendra bientôt une entité indépendante), les co-fondateurs Ben Cohen et Jerry Greenfield bénéficient d’un accord d’acquisition leur permettant un certain degré d’activisme indépendant via un conseil d’administration. Cependant, les tensions avec le géant agroalimentaire s’intensifient, en particulier dans le contexte du conflit israélo-palestinien.
Dans une vidéo diffusée depuis sa cuisine, Ben Cohen a déclaré : « Il y a quelque temps, Ben & Jerry’s a tenté de donner le ton pour appeler à la paix en Palestine, pour défendre la justice et la dignité pour tous. Mais ils n’en ont pas eu le droit, ils ont été arrêtés par Unilever Magnum, la société propriétaire de Ben & Jerry’s. » Il ajoute vouloir faire ce qu’ils n’ont pas pu : « Je prépare une glace au goût de pastèque qui appelle à une paix permanente en Palestine et appelle à réparer tous les dégâts qui y ont été causés. »
La pastèque est devenue un symbole fort pour les habitants de Gaza et de Cisjordanie, en raison de la ressemblance entre les couleurs du fruit et le drapeau palestinien. En 2021, Ben & Jerry’s avait refusé de vendre ses produits dans les zones de Cisjordanie occupées par Israël, mais Unilever avait ensuite vendu sa branche à un licencié local pour permettre la distribution dans la région. Par le passé, Ben & Jerry’s avait également intenté des actions en justice contre Unilever, arguant que le groupe restreignait sa capacité à faire campagne contre Donald Trump et Israël.
En septembre dernier, Jerry Greenfield avait annoncé son départ de l’entreprise après près de 50 ans, exprimant sa crainte qu’Unilever ne limite son activisme social. Depuis, Cohen et Greenfield mènent une campagne publique pour demander à Unilever et Magnum de « libérer l’entreprise » et de la rendre à nouveau indépendante. Leur objectif est simple : « demander à The Magnum Ice Cream Company de permettre à Ben & Jerry’s de devenir une entreprise indépendante, avec des investisseurs socialement alignés et une fois de plus libre d’honorer sa mission sociale et de vivre selon les valeurs de sa marque, sans compromis », peut-on lire sur leur page activiste.
Ben Cohen a confié à la BBC que le conflit avec Unilever pesait lourdement sur Jerry Greenfield. « Mon cœur me pousse à continuer à travailler au sein de l’entreprise pour défendre son indépendance afin qu’elle puisse concrétiser la mission sociale, les valeurs sur lesquelles elle a été fondée et qu’elle maintient depuis plus de 40 ans », a-t-il expliqué.

Contacté, Unilever a déclaré que les membres indépendants du conseil d’administration de Ben & Jerry’s avaient soumis une proposition qui a été rejetée. « Les membres indépendants du conseil d’administration de Ben & Jerry’s ne sont pas, et n’ont jamais été, responsables de la stratégie commerciale et de l’exécution de Ben & Jerry’s », a précisé un porte-parole. « Les recommandations sont prises en compte par la direction de Ben & Jerry’s, et celle-ci a déterminé que ce n’était pas le bon moment pour investir dans le développement de ce produit. » Ben & Jerry’s n’a pas encore commenté cette nouvelle prise de position.