Publié le 10 octobre 2025. Des chercheurs allemands ont mis en lumière un lien préoccupant entre la consommation de boissons gazeuses et la santé mentale. Leur étude suggère que même une consommation modérée pourrait altérer le microbiote intestinal, augmentant ainsi le risque de dépression, particulièrement chez les femmes.
- Une consommation accrue de boissons gazeuses est associée à un risque plus élevé de dépression majeure, notamment chez les femmes.
- Cette association serait en partie médiatisée par une augmentation de la bactérie intestinale *Eggerthella*.
- Les chercheurs appellent à une meilleure éducation et à des politiques visant à réduire la consommation de ces boissons.
Les boissons gazeuses, largement consommées à travers le monde, sont souvent pointées du doigt pour leurs effets néfastes sur la santé physique, contribuant à l’obésité, au diabète, aux maladies cardiaques, aux AVC et à certains cancers. Une nouvelle recherche, publiée dans la revue JAMA Psychiatry, vient jeter une lumière crue sur leur impact potentiel sur la santé mentale.
Ces sodas sont particulièrement riches en sucres simples, tels que le glucose et le fructose, qui provoquent une élévation rapide de la glycémie. Un excès de sucre non absorbé par l’intestin favorise la prolifération de certaines bactéries intestinales. Ces dernières peuvent engendrer une inflammation et altérer l’intégrité de la barrière intestinale, affaiblissant ainsi le système immunitaire de la muqueuse. L’inflammation systémique et la neuroinflammation qui en découlent sont déjà connues pour être liées à l’anxiété et aux troubles cognitifs, surtout chez les adolescents.
À l’inverse, une alimentation riche en fibres, propice à la production d’acides gras à chaîne courte (AGCC) par les « bonnes » bactéries intestinales, protège l’intestin et combat l’inflammation. Les études antérieures avaient déjà établi un lien entre une consommation élevée de boissons gazeuses et un risque accru de dépression, une corrélation qui ne semblait pas s’appliquer aux aliments solides, même riches en sucre.
Le rôle du microbiote intestinal dans le développement de la dépression majeure est de plus en plus reconnu. Des greffes de microbiote fécal issues de personnes dépressives peuvent induire des comportements dépressifs chez les rongeurs. Plus spécifiquement, des bactéries comme Atopium, Eggerthella et Bifidobacterium ont été retrouvées en plus grande quantité chez les personnes atteintes de dépression majeure comparativement aux témoins sains. L’analyse a même permis d’isoler Eggerthella et Hungella comme des coupables potentiels.
L’excès de sucre dans l’intestin pourrait bénéficier à Eggerthella, une bactérie anaérobie à Gram positif habituellement présente en faible quantité dans un intestin sain. Cette bactérie est associée à la dépression majeure, produisant des métabolites comme l’acétate, dont des taux élevés sont liés aux symptômes dépressifs. Chez la souris, Eggerthella a été associée à une diminution des niveaux de butyrate (un SCFA), à une immunosénescence accrue et à une réduction du tryptophane, précurseur de la sérotonine, un neurotransmetteur clé de l’humeur.
Contexte de l’étude et résultats clés
L’étude allemande a porté sur 405 patients diagnostiqués avec un trouble dépressif majeur (TDM) et 527 témoins sains, issus de la cohorte affective de Marburg-Münster. La majorité des participants étaient des femmes. Grâce à des modèles de régression multivariée et d’analyse de variance (ANOVA), les chercheurs ont examiné les associations entre le TDM, la sévérité des symptômes et la consommation de boissons gazeuses. Des analyses de médiation ont également exploré le rôle des bactéries intestinales Eggerthella et Hungella dans ce lien.
Les résultats révèlent que la consommation de boissons gazeuses est un prédicteur d’un taux plus élevé de diagnostics de dépression majeure. Pour chaque unité d’augmentation de la consommation de ces boissons, le risque de TDM augmentait d’environ 8 %. Les consommateurs réguliers étaient également plus susceptibles de présenter une dépression plus sévère.
Cette association était particulièrement marquée chez les participantes féminines, qui présentaient un risque accru d’environ 16 %. Aucun lien significatif n’a été observé chez les hommes. Bien que les patients dépressifs aient un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé en moyenne, cette tendance s’est maintenue même après ajustement pour l’IMC et la prise d’antidépresseurs.
Fait notable, les femmes consommant davantage de boissons gazeuses présentaient une abondance accrue d’*Eggerthella*. L’augmentation de la présence de cette bactérie expliquait en partie l’association entre dépression et consommation de sodas, représentant environ 4 % de l’association avec le diagnostic et 5 % avec la sévérité de la dépression. L’IMC n’a pas influencé ce lien chez les femmes, et il est resté absent chez les hommes. De plus, le microbiote intestinal des femmes dépressives était globalement moins diversifié et moins homogène.
Les auteurs soulignent l’importance de cette étude, menée sur des patients cliniquement diagnostiqués. Bien que les effets observés soient statistiquement faibles, ils pourraient avoir une portée significative compte tenu de l’ampleur de la consommation de boissons gazeuses. Ils appellent à une éducation accrue des consommateurs sur les dangers de ces boissons pour la santé mentale et soutiennent les politiques visant à restreindre leur commercialisation et leur disponibilité.
Il est important de noter qu’une consommation même modérée, de une à deux boissons gazeuses par jour, a été associée à des résultats de santé moins favorables. Les chercheurs suggèrent que l’activité physique seule ne peut compenser les effets négatifs de ces boissons. Ils mentionnent également que la fiscalité sur les sodas, comme celle mise en place au Royaume-Uni, a eu un impact positif sur la consommation et l’obésité, mais a entraîné une augmentation des ventes de boissons édulcorées artificiellement, qui nécessitent une étude approfondie.
La raison pour laquelle cet effet indésirable touche majoritairement les femmes reste floue. Néanmoins, ces découvertes soulignent l’urgence de briser le cycle entre consommation de boissons gazeuses et dépression, d’autant plus que ces deux facteurs affectent le métabolisme. Il est cependant crucial de noter que la relation pourrait être bidirectionnelle : les personnes souffrant de dépression pourraient être plus enclines à consommer des boissons gazeuses, empêchant ainsi de confirmer la causalité par cette étude observationnelle.
« L’éducation, les stratégies de prévention et les politiques visant à réduire la consommation de boissons gazeuses sont nécessaires de toute urgence pour atténuer les symptômes dépressifs. »
Auteurs de l’étude
D’autres interventions visant à modifier le microbiote intestinal devraient être explorées. Toutefois, les chercheurs insistent sur la nécessité de recherches supplémentaires, y compris des essais randomisés, afin de déterminer si une réduction de la consommation de boissons gazeuses peut directement diminuer le risque de dépression.