Publié le 9 février 2026 à 00h05 | Mis à jour le 8 février 2026 à 16h21. Le ministère de l’Éducation des Philippines (DepEd) intensifie ses efforts pour combler le déficit criant d’infrastructures scolaires et améliorer les compétences de base des élèves, en mettant l’accent sur la décentralisation et un retour aux fondamentaux de l’apprentissage.
- Le DepEd adopte une stratégie de décentralisation pour accélérer la construction d’écoles, en confiant la supervision des projets aux collectivités locales (LGU).
- Une réforme du système éducatif vise à renforcer l’apprentissage préscolaire, notamment la maîtrise de la lecture, et à éliminer les pratiques qui abaissent les normes, comme la transmutation des notes et la promotion automatique.
- Pour garantir le succès de ces initiatives, le ministère insiste sur l’importance des données, de la coordination inter-agences et de la continuité des politiques éducatives.
L’état de l’éducation aux Philippines est une question centrale pour le développement national. Des décennies de sous-investissement, une croissance démographique rapide et des disparités locales ont laissé le pays avec un important déficit d’infrastructures scolaires, compromettant l’accès à l’éducation pour de nombreux enfants. Face à cette urgence, le ministère de l’Éducation (DepEd) met en œuvre une série de mesures ambitieuses pour améliorer la situation.
La décision récente du DepEd de décentraliser la construction d’écoles est une réponse pragmatique à ce défi. En donnant aux unités gouvernementales locales (LGU) le pouvoir de superviser directement les projets, le ministère espère accélérer le processus, réduire la bureaucratie et adapter les solutions aux besoins spécifiques de chaque communauté. Cependant, cette approche n’est pas sans risques. Sans normes nationales rigoureuses, des règles de passation des marchés transparentes et un contrôle strict, la construction d’écoles décentralisées pourrait être inégale, retardée ou sujette à des inefficacités.
Pour éviter ces écueils, le DepEd doit renforcer sa structure de gestion de projet. Cela implique la mise en place d’un tableau de bord en temps réel et accessible au public, permettant de suivre les besoins en salles de classe et l’avancement des travaux, ainsi que le déploiement d’équipes d’assistance technique auprès des LGU les plus faibles. Le ministère doit également appliquer strictement les délais et les critères de qualité, en considérant la résorption du déficit d’infrastructures scolaires comme une réponse d’urgence nécessitant une responsabilité claire.
Au-delà des infrastructures, le secrétaire au DepEd, Sonny Angara, s’engage à remodeler l’apprentissage préscolaire. Cette initiative vise à donner la priorité à la maîtrise de la lecture, à la formation des valeurs et aux compétences fondamentales des jeunes apprenants. De nombreux éducateurs mettent en garde depuis longtemps contre le risque que les élèves progressent dans le système sans maîtriser les bases. Un enfant incapable de lire et de comprendre dès la troisième année est gravement désavantagé, quel que soit le nombre de salles de classe construites par la suite.
Cette focalisation renouvelée sur les fondamentaux s’accompagne de la suppression progressive de pratiques de longue date, telles que la transmutation des notes et la « promotion de masse » automatique. Bien que ces politiques aient souvent été motivées par de bonnes intentions, elles ont involontairement abaissé les normes et masqué de profondes lacunes en matière d’apprentissage. Une promotion sans maîtrise n’est pas de la gentillesse, mais une forme de négligence qui accable les étudiants de frustration et d’échec à long terme.
Cependant, la suppression de ces dispositifs d’aide doit s’accompagner de systèmes de soutien plus solides. Les enseignants ont besoin d’une formation continue en matière d’enseignement précoce de la lecture, de l’écriture et du calcul. Les écoles doivent avoir accès à des outils de diagnostic permettant d’identifier rapidement les élèves en difficulté. Les programmes de rattrapage, tels que les camps de lecture d’été, le tutorat après l’école et les centres d’apprentissage communautaires, doivent être intensifiés, en particulier dans les zones défavorisées.
Pour renforcer l’action du DepEd, trois impératifs se dégagent. Tout d’abord, les décisions doivent être guidées par les données. Les pénuries de salles de classe, les niveaux de lecture, le déploiement des enseignants et les risques d’abandon scolaire doivent être cartographiés avec précision, afin de cibler les ressources là où elles sont le plus nécessaires. Ensuite, la coordination inter-agences et avec les LGU doit être institutionnalisée, et non laissée à l’improvisation. Les résultats scolaires dépendent du logement, de la santé, de la nutrition et de la connectivité, des domaines qui dépassent le champ d’action exclusif du DepEd. Enfin, la dynamique des réformes doit être protégée des aléas des caprices et des opportunistes politiques.
La politique éducative exige de la continuité, de la cohérence et le courage de poursuivre des réformes difficiles, même lorsque les résultats tardent à se manifester. Combler le déficit d’infrastructures scolaires et améliorer l’apprentissage de base ne sont pas des tâches distinctes, mais les deux faces d’une même obligation nationale. Si ces efforts sont couronnés de succès, ils pourront restaurer la confiance dans l’éducation publique et réaffirmer une vérité simple : chaque enfant philippin mérite non seulement une place dans une salle de classe, mais une réelle chance d’apprendre, de grandir et de réussir.