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cela détermine où les scorpions se sentent chez eux

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Publié le 16 février 2024 15h00. Une nouvelle approche combinant études de terrain et intelligence artificielle permet de mieux anticiper les zones à risque de piqûres de scorpion, notamment au Maroc où ces accidents sont fréquents, et d’optimiser la prise en charge médicale.

  • Plus de 2 millions de personnes sont piquées par des scorpions chaque année dans le monde, avec un bilan de plus de 3 000 décès d’enfants.
  • Le type de sol apparaît comme un facteur déterminant dans la présence des espèces les plus dangereuses.
  • Cette méthode de prédiction peut être appliquée à diverses régions, même en l’absence de données locales exhaustives.

Les piqûres de scorpion, souvent perçues comme une simple douleur, peuvent avoir des conséquences graves, voire mortelles, dans certaines régions du monde. Une équipe de chercheurs internationaux a développé une méthode innovante pour identifier les zones où les scorpions les plus venimeux sont susceptibles de se trouver, permettant ainsi une meilleure prévention et une prise en charge plus rapide et adaptée.

L’étude s’est concentrée sur le centre du Maroc, un pays où les piqûres de scorpion sont un problème de santé publique récurrent. Cependant, les chercheurs soulignent que cette approche peut être généralisée à d’autres régions, même celles où les données sur les espèces locales sont limitées. Les résultats de cette recherche sont disponibles dans Communications on Environmental Research.

Chaque année, plus de 2 millions de personnes sont victimes de piqûres de scorpion. Si la plupart se traduisent par des douleurs et des gonflements, certaines espèces possèdent un venin potentiellement mortel. À l’échelle mondiale, ces piqûres sont à l’origine du décès de plus de 3 000 enfants chaque année. Un défi majeur réside dans le fait que les médecins ne connaissent souvent pas rapidement l’espèce responsable de la piqûre, ce qui complique le choix de l’antidote approprié.

Des chercheurs de l’Université de Galway (Irlande) et de l’Université Ibn Zohr (Maroc) se sont donc penchés sur la question suivante : est-il possible de prédire à l’avance la présence des espèces dangereuses afin d’améliorer la prévention et les soins ? La réponse est affirmative, à condition d’observer attentivement l’environnement dans lequel vivent les scorpions.

Pour mener à bien cette étude, l’équipe a combiné des travaux de terrain avec des modèles écologiques. Sur le terrain, les chercheurs ont exploré différents sites au Maroc à la recherche de scorpions, en soulevant des pierres et des écorces, en examinant des terriers et en effectuant des recherches nocturnes à l’aide de lampes UV (les scorpions étant souvent visibles sous cette lumière). Ces observations ont été complétées par l’analyse de données provenant de vastes bases de données sur la biodiversité.

Ces données ont ensuite été utilisées pour entraîner un modèle informatique, appelé MaxEnt, capable d’estimer la probabilité de présence d’une espèce en fonction des endroits où elle a déjà été observée. L’analyse a révélé une tendance frappante : le type de sol semble être le facteur déterminant pour la majorité des espèces. En d’autres termes, le type de sol influence grandement le choix d’un scorpion pour un habitat donné.

Pour certaines espèces, la température joue également un rôle important, notamment la température moyenne ou l’amplitude des variations thermiques tout au long de l’année. Le modèle indique donc qu’il est possible d’évaluer le risque de piqûre de scorpion dans une zone en disposant de cartes des types de sols et de données climatiques.

Il est important de noter que toutes les espèces de scorpions ne se comportent pas de la même manière : certaines sont très adaptables et présentes dans de nombreux environnements, tandis que d’autres sont plus exigeantes. L’étude révèle par exemple l’existence d’une espèce particulièrement généraliste qui pourrait vivre dans une grande partie du Maroc, selon le modèle. D’autres espèces, en revanche, ont une répartition très limitée, presque « insulaire ». Cette particularité est encourageante pour la prévention, car elle suggère que les risques peuvent être très localisés. En connaissant précisément ces habitats restreints, il est possible de diffuser des avertissements et de prendre des mesures de préparation plus ciblées.

Le professeur Michel Dugon, directeur du Laboratoire des systèmes de venins à l’Université de Galway et chercheur principal, explique :

« Les résultats pourraient sauver des vies. Savoir où des scorpions dangereux sont susceptibles d’apparaître permet aux services de santé de concentrer leurs efforts d’éducation et de formation sur les zones les plus à risque. Ces connaissances peuvent être appliquées dans toutes les régions où les scorpions constituent une menace, du Brésil au Moyen-Orient en passant par l’Inde. »

Fouad Salhi, membre de l’équipe, partage cet enthousiasme :

« Cette recherche démontre comment les données sur la biodiversité peuvent contribuer à la protection de la santé publique. En combinant le travail de terrain avec des modèles informatiques, nous pouvons identifier les zones où les espèces dangereuses sont les plus susceptibles d’être présentes. Notre objectif est de faire une réelle différence : une meilleure prévention, une meilleure préparation médicale et, à terme, moins de victimes. »

Les chercheurs espèrent que ces cartes des risques aideront à prendre des décisions éclairées, par exemple en mettant en place des campagnes de sensibilisation ciblées dans les villages isolés où le risque de présence d’espèces dangereuses est élevé. L’étude souligne également que notre connaissance des scorpions est encore incomplète, et qu’il est donc essentiel de renforcer la collaboration entre médecins, biologistes, experts en santé publique et communautés locales.

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