Publié le 21 février 2026 18:04:00. Des accusations de violences, allant de harcèlement verbal à agressions sexuelles, impliquant des animateurs du périscolaire se multiplient en France, suscitant l’inquiétude des parents et poussant les autorités à agir, notamment à Paris où des dizaines d’agents ont été suspendus.
- Plus de 50 animateurs du périscolaire à Paris ont été mis à pied ces trois dernières années suite à des soupçons d’agressions sexuelles.
- La Défenseure des enfants de Paris a reçu 150 signalements depuis mi-décembre, dont une part importante concerne les activités périscolaires.
- Des parents, confrontés à un climat de méfiance, se disent contraints de réorganiser leur vie pour éviter de laisser leurs enfants au périscolaire.
L’onde de choc se propage au-delà de la capitale. Si certaines écoles ne sont pas directement concernées par les soupçons, l’accumulation de témoignages glaçants pousse de nombreux parents à la prudence. Angèle L., mère de deux jeunes enfants scolarisés dans l’Essonne, a ainsi décidé de les garder avec elle pendant les vacances d’hiver, malgré les contraintes professionnelles que cela implique. « Avec tout ce qu’on entend aujourd’hui, je serai plus rassurée de les savoir en sécurité à mes côtés », confie-t-elle.
Cette inquiétude est d’autant plus forte que les parents soulignent un manque de transparence et un sentiment d’incertitude quant au personnel encadrant leurs enfants. Angèle L. relève par exemple des changements de personnel inexpliqués dans l’école de ses enfants. « À force d’entendre des histoires sordides dans d’autres écoles, on devient méfiants », explique-t-elle. Elle s’inquiète notamment de l’absence des enseignants ou de la direction pendant le temps périscolaire, laissant les enfants sous la responsabilité de personnes parfois inconnues et potentiellement non formées.
« Je suis mal à l’aise depuis que je sais qu’ils sont capables d’embaucher des personnes pas spécialement formées pour travailler avec les jeunes enfants, voire des gens dangereux pour leur sécurité », déplore Angèle L. Elle n’a pourtant pas toujours le choix, son emploi l’obligeant parfois à laisser ses enfants à la cantine ou en garderie.
L’affaire a été relancée par une enquête de Cash Investigation, qui a mis en lumière des cas de violences sexuelles et physiques dans plusieurs établissements parisiens. Suite à cette enquête, la mairie de Paris a suspendu plusieurs animateurs. Cependant, Juliette*, une cadre parisienne, témoigne d’un manque de suivi et d’une gestion chaotique des signalements. Elle raconte qu’un animateur mis en cause a même été temporairement transféré dans une autre école sans mesures de précaution particulières.
Face à cette situation, de nombreux parents se retrouvent contraints de recourir à des solutions de fortune pour assurer la sécurité de leurs enfants. « C’est vraiment le système D », témoigne Juliette. « On se débrouille pour être en télétravail et les récupérer à la cantine, on met des réunions tôt le matin ou tard le soir pour ne pas les laisser à la garderie. » Un système de solidarité s’est également mis en place entre les parents d’une école du centre de Paris, qui se relaient pour garder les enfants en fonction de leurs disponibilités.
« On se les garde les uns les autres par petits groupes, en fonction de nos congés respectifs, heureusement qu’il y a de la générosité entre les parents. Avec cette histoire beaucoup de familles se sont rapprochées. »
Juliette*, mère d’élève (nom modifié)
D’autres parents, comme Laura*, ont pris la décision radicale de retirer complètement leurs enfants de tous les temps périscolaires, « tant que toute la lumière n’a pas été faite sur tout ce qui s’est passé au sein de l’établissement ». « Aujourd’hui beaucoup de parents retirent leurs enfants du périscolaire: pas parce qu’ils sont paniqués, mais parce que la sécurité n’est pas démontrée et qu’ils – la mairie de Paris, du VIIe – ne répondent pas à nos questions », s’indigne-t-elle.
Laura* dénonce un manque de transparence et une illusion de sécurité. Elle évoque une journée « parent observateur » où elle a pu constater des dysfonctionnements. « On découvre petit à petit que la sécurité qu’on nous a promis, c’était une illusion », affirme-t-elle. Elle regrette que « le bien-être des enfants n’ait jamais été la priorité » et que « la parole des enfants » n’ait pas été prise au sérieux.
La mairie de Paris a annoncé avoir demandé une enquête administrative suite à l’émission de France 2 et a déposé plainte. Un signalement au Parquet a également été effectué dans le cadre de l’article 40 du code de procédure pénale.
* Les interlocutrices ont préféré conserver leur anonymat en raison du contexte extrêmement tendu au sein de l’établissement scolaire parisien.