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CHIMIOTHÉRAPIE À DOMICILE À MAJORQUE

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À Santa Ponça, en Espagne, Paul Barbaud, 88 ans, reçoit sa chimiothérapie directement chez lui, une pratique de plus en plus courante grâce à un programme innovant de l’hôpital Son Espases. Cette approche, qui permet aux patients de suivre leur traitement dans un environnement familier, gagne en popularité tant auprès des patients que des équipes médicales.

Depuis son lancement en 2015, l’unité d’hospitalisation à domicile de Son Espases a permis de traiter plus de 130 patients atteints de maladies hématologiques, notamment des syndromes myélodysplasiques, un myélome multiple, des leucémies et une amylosidose AL. En 2025 seulement, environ 450 administrations de médicaments ont été réalisées au domicile des patients.

Le principe est simple : apporter aux patients, en toute sécurité, des traitements spécifiques qui répondent à des critères précis. « Nous allons vers le patient, et non l’inverse », explique Manuel del Río, coordinateur régional de l’hospitalisation à domicile. Pour être éligible, le patient doit vivre à moins de 30 minutes de l’hôpital, être accompagné d’une personne qui peut assurer sa surveillance, et bénéficier d’une situation sociofamiliale stable. Cette solution est particulièrement adaptée aux personnes ayant des difficultés de déplacement ou nécessitant une ambulance pour se rendre à l’hôpital.

Le processus commence au service d’hématologie, où les médecins évaluent l’éligibilité du patient. L’équipe de l’hospitalisation à domicile vérifie ensuite la faisabilité du traitement dans l’environnement du patient. Enfin, la pharmacie de Son Espases prépare et conditionne les médicaments, en garantissant le maintien de la chaîne du froid, un défi initial majeur. « La stabilité du médicament pendant le transport était une des principales contraintes au lancement du projet », souligne Clara Martorell, responsable du service de pharmacie et l’une des initiatrices de l’initiative.

Les infirmières se rendent systématiquement au domicile des patients avec une glacière pour maintenir la température requise. La première dose est toujours administrée à l’hôpital afin de surveiller les effets secondaires et la tolérance du patient. Ensuite, une coordination étroite entre les services d’hématologie, d’hospitalisation à domicile et de pharmacie assure le suivi du traitement, avec des protocoles stricts concernant la gestion des déchets et les consignes en cas de réaction indésirable.

L’objectif est de réduire les déplacements souvent pénibles pour les patients, de leur permettre de recevoir leur traitement dans un environnement plus confortable, entourés de leur famille, et de limiter les risques d’infection liés aux établissements hospitaliers. L’hôpital bénéficie également de cette approche, en libérant des lits pour les patients nécessitant une hospitalisation complète et en réduisant les coûts : le traitement à domicile coûte environ la moitié de celui en hospitalisation de jour.

Selon le Dr José María Sánchez, hématologue et référent pour des patients comme Paul Barbaud, l’hôpital a réalisé plus de 1,5 million d’euros d’économies (environ 1 600 000 USD) et évité environ 4 500 déplacements de patients, y compris les transports en ambulance, depuis 2015. « Grâce aux protocoles mis en place, la sécurité est équivalente à celle de l’hôpital, et l’incidence des effets indésirables est similaire », affirme-t-il.

Au-delà des chiffres, le Dr Sánchez observe une tendance encourageante : « Nous avons constaté que les patients tolèrent mieux le traitement à domicile et peuvent suivre plus de cycles. Il est curieux de constater que certains patients, initialement plus fragiles, présentent une amélioration plus marquée que ceux hospitalisés. » Il attribue cela à la réduction de l’exposition aux infections, à la diminution de la fatigue liée aux déplacements et à l’impact psychologique positif de recevoir les soins à domicile.

Pour Paul Barbaud, diagnostiqué avec un syndrome myélodysplasique il y a huit ans, l’obstacle initial était surtout émotionnel. « Au début, le principal frein est souvent psychologique. Les patients ont peur lorsqu’on leur annonce qu’ils vont être traités à domicile. Puis, ils réalisent que c’est aussi sûr qu’à l’hôpital et ils sont ravis », explique Margarita Vallejo, son infirmière, qui se rend chez lui quotidiennement depuis près de quatre ans.

Jacqueline Fullana, 84 ans, l’épouse de Paul, témoigne de la tranquillité d’esprit que procure ce dispositif : « Il va beaucoup mieux depuis qu’il reçoit son traitement à la maison. » Elle se souvient des difficultés rencontrées pour se rendre à l’hôpital les jours où Paul était particulièrement fatigué.

Paul Barbaud souligne quant à lui l’importance de maintenir une routine active pendant son traitement. « J’essaie de faire de l’exercice aussi souvent que possible. Si je suis trop fatigué, je me repose, mais je m’efforce de rester actif », explique-t-il, utilisant un vélo d’appartement et effectuant des exercices de renforcement musculaire ou des promenades lorsqu’il en a la force.

Les autorités sanitaires envisagent d’étendre ce modèle d’hospitalisation à domicile à d’autres traitements et à d’autres établissements. Outre Son Espases, les hôpitaux Son Llàtzer et Manacor proposent déjà ce service, et l’objectif est de l’implémenter également à Inca. « C’est une alternative très intéressante pour les patients et également pour le système de santé. Cela permet d’augmenter la capacité d’accueil sans compromettre la sécurité », conclut Manuel del Río.

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