Publié le 4 novembre 2025. À un moment où la Corée du Sud se concentre sur la réussite du sommet de l’APEC, une proposition législative du Parti Démocrate sur la suspension des procès présidentiels a suscité des tensions avec la présidence, le chef du parti semblant vouloir affirmer son leadership.
- Une proposition de loi visant à suspendre les procès de l’ancien président a été introduite par le Parti Démocrate, sans consensus préalable avec le gouvernement.
- Cette initiative intervient peu après le sommet de l’APEC, auquel le président a consacré des efforts importants, soulevant des critiques internes sur le calendrier et les motivations.
- Le chef du Parti Démocrate, Jeong Cheong-rae, multiplie les marques d’approbation publique envers le président Lee Jae-myung, tout en étant accusé de « politique personnelle » visant à renforcer sa position pour les futures élections à la tête du parti.
Le président Lee Jae-myung a rencontré le chef du Parti Démocrate, Jeong Cheong-rae, à l’Assemblée Nationale le 4 novembre. À l’issue d’un discours de M. Lee sur le budget gouvernemental, M. Jeong a vivement applaudi et qualifié la prestation de « niveau A ». Cette démonstration d’unité intervient au lendemain du retrait par le Parti Démocrate de sa proposition de « Loi sur la suspension des procès » (amendement à la loi sur la procédure pénale), visant à interrompre les procédures judiciaires en cours contre l’ancien président. Cette initiative avait été accueillie par une réaction défavorable du bureau présidentiel, interprétée comme une tentative de freiner une action jugée prématurée et non concertée.
Au sein de la majorité, des voix s’élèvent pour critiquer le timing de la proposition législative, jugée inopportune alors que les efforts devaient se concentrer sur la consolidation des résultats du sommet de l’APEC. « C’est comme si le chef du parti cherchait uniquement l’approbation de sa base, s’opposant au président qui doit convaincre l’ensemble du peuple », a confié un élu du Parti Démocrate. Le vice-président principal des opérations du parti, Moon Jin-seok, a reconnu que le bureau présidentiel n’avait pas apprécié la discussion « inutile » au sein du parti concernant cette loi, soulignant qu’aucune décision n’avait été prise quant à son adoption par l’Assemblée Nationale.
Le débat sur la suspension des procès a été soulevé par le clan de M. Jeong à un moment où l’unité entre le parti et le gouvernement est cruciale pour la promotion des succès de l’APEC. Cette démarche est perçue par certains comme une sur-motivation du chef du parti et un manque de coordination avec la présidence et le ministère public. Le calendrier des initiatives du représentant Jeong, axées sur la réforme judiciaire, a coïncidé avec les déplacements diplomatiques du président Lee, notamment à l’Assemblée Générale des Nations Unies, au sommet de l’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) et à l’APEC. Un haut responsable du Parti Démocrate a regretté un « manque de communication » et une « surmotivation » de la part de M. Jeong.
Une autre analyse suggère que M. Jeong chercherait à consolider son influence auprès des membres influents du parti en vue de sa potentielle réélection à la tête du Parti Démocrate lors de la convention nationale de l’année prochaine. « Le représentant Jeong a probablement pensé qu’en se présentant comme celui qui a ‘sauvé le président’, il renforcerait sa candidature », a indiqué un élu de la région métropolitaine. Cette stratégie pourrait mener à des déclarations publiques affirmant des consensus inexistants avec le bureau présidentiel.
Le chef de cabinet présidentiel, Kang Hoon-sik, est également critiqué pour être intervenu publiquement auprès du parti, ce qui a pu donner l’impression d’une mainmise de la présidence sur les affaires internes du parti. « J’ai été déçu de voir que le chef de cabinet s’exprimait, plutôt que le porte-parole, donnant l’impression que le parti était contrôlé », a avoué un parlementaire.
Malgré ces tensions, le représentant Jeong Cheong-rae a publiquement salué les réussites du président Lee, notamment l’accord sur les négociations tarifaires entre la Corée et les États-Unis, tout en appelant au silence sur des sujets sensibles comme l’immobilier. Sur les réseaux sociaux, le 4 novembre, il a qualifié l’APEC et le discours présidentiel de « niveau A », promettant l’adoption du budget de 728 000 milliards de wons (environ 500 milliards d’euros) dans les délais impartis. Il a également partagé une photo le montrant serrant la main du président Lee, commentant : « Aujourd’hui, c’est photogénique ».
Concernant la relation avec le bureau présidentiel, l’entourage de M. Jeong explique que le chef du parti endosse le rôle de « méchant » pour faciliter la tâche du président Lee, qui ne peut pas constamment prôner une « réforme forte » publiquement. Il s’agirait donc d’une « division des rôles » plutôt que d’un conflit d’opinions. « Le rôle du parti, qui consiste à maintenir le rythme des réformes, n’est-il pas en avance sur celui de l’administration ? », s’est interrogé un proche collaborateur du représentant Jeong.