La dixième semaine de compétition universitaire de football américain a été marquée par deux surprises majeures dans la conférence ACC, relançant le suspense quant aux prétendants aux College Football Playoff. Tandis que la Géorgie Tech a subi sa première défaite de la saison face à NC State, SMU a créé la sensation en battant Miami, déclenchant une célébration mémorable parmi ses supporters. Parallèlement, des performances individuelles exceptionnelles continuent d’illuminer la saison, notamment celles des receveurs de l’Ohio State, Jeremiah Smith et Carnell Tate, et du quarterback de l’Arizona State, Jeff Sims.
### La course folle dans l’ACC
La conférence Atlantique Coast Conference (ACC) traverse une période de turbulence. Les équipes autrefois dominantes, à l’image de Florida State et Clemson, qui avaient intenté des poursuivis judiciaires pour réclamer une meilleure répartition des revenus de la conférence, affichent désormais un bilan combiné de 7 victoires pour 9 défaites. Elles semblent reléguées au second plan dans la course au titre de l’ACC et hors course pour les College Football Playoff (CFP). Miami, après une nouvelle déconvenue face à SMU, voit ses espoirs s’amenuiser alors que le mois décisif de la saison vient de commencer.
La défaite de Georgia Tech à NC State a soulevé des interrogations sur sa légitimité en tant que prétendant sérieux aux CFP. Dans ce contexte, Pitt, malgré une défaite antérieure face à West Virginia (3 victoires, 6 défaites), a enchaîné cinq victoires consécutives. Les Panthers pourraient jouer un rôle de « spoiler » majeur dans la conférence, avec trois rencontres cruciales contre Notre Dame, Georgia Tech et Miami.
Ce qui avait débuté comme une saison pleine de promesses semble se diriger vers une ligue où une seule équipe aura sa place en CFP. Il est possible que le champion de l’ACC se retrouve classé en dehors du top 12 par le comité de sélection pour la deuxième année consécutive. Bien que le paysage puisse encore évoluer, la tendance actuelle suggère que l’ACC a besoin de se redresser pour retrouver sa place parmi l’élite.
### L’Ohio State, un duo de receveurs d’élite
L’Ohio State pourrait bien placer un de ses receveurs au gala du Biletnikoff Award, récompensant le meilleur receveur universitaire, et il pourrait ne pas s’agir uniquement de Jeremiah Smith. Son coéquipier, Carnell Tate, connaît une saison sophomore exceptionnelle qui mérite d’être soulignée.
Lors de la victoire 38-14 contre Penn State, le duo offensif a brillé : 11 réceptions sur 11 ciblages, pour un total de 247 yards et trois touchdowns. Carnell Tate a inscrit un touchdown spectaculaire de 45 yards, le plaçant ainsi troisième au niveau national (FBS) avec cinq réceptions de plus de 20 yards aériens, selon ESPN Research. Jeremiah Smith, de son côté, continue de performer, avec notamment une réception acrobatique à une main ce samedi. Depuis le début de la saison précédente, il totalise 24 touchdowns à la réception, le plus élevé parmi les joueurs actifs de la FBS.
Cependant, Carnell Tate, dont la cote pour la draft NFL 2026 ne cesse de grimper, a signé quatre matchs à plus de 100 yards et un touchdown, égalant ainsi le meilleur total de la FBS. Historiquement, deux receveurs de la même équipe n’ont jamais été finalistes du Biletnikoff Award la même année. Cette année pourrait marquer une exception.
### Pourquoi pas SMU ?
Dans les heures suivant la victoire de SMU face à Miami (26-20, prolongation), l’entraîneur Rhett Lashlee a posté un simple message sur les réseaux sociaux, accompagné de photos des supporters envahissant le terrain et démontant les poteaux de but : « Pourquoi pas SMU ? ». Cette question, plus qu’une interrogation, semblait être une réponse aux dernières nouvelles. Lashlee venait de prolonger son contrat de deux ans, le liant à SMU jusqu’en 2032, faisant de lui l’un des entraîneurs les mieux payés du pays et écartant ainsi toute spéculation sur un départ vers des postes plus prestigieux.
Dans l’ère actuelle du football universitaire, il n’est plus indispensable de rejoindre une « blue-blood school » pour prouver sa valeur. Rhett Lashlee a réitéré ce message, à l’instar de Curt Cignetti quelques semaines plus tôt en signant sa prolongation à Indiana. Dans les deux cas, les universités ont cru en leurs entraîneurs, leur ont donné les moyens de gagner, et ces derniers semblent épanouis et capables de rivaliser pour des titres sans avoir à changer d’air.
SMU bénéficie de ressources financières quasi illimitées grâce à une base de donateurs engagée dans la réussite sportive. Le programme tire également parti d’un vivier de talents texan, attirant non seulement des lycéens locaux, mais aussi des transferts désireux de jouer près de chez eux. La victoire contre Miami, équipe ayant disputé autant de finales de conférence ACC que les Mustangs, démontre leur potentiel. Malgré un classement inférieur et un effectif potentiellement moins talentueux, Lashlee a su déjouer les plans de Miami grâce à des choix tactiques audacieux. Ses joueurs ont fait preuve d’un cœur immense, d’une ténacité et d’une agressivité remarquables, résistant à chaque assaut des Hurricanes.
Il n’est donc pas surprenant que les supporters de SMU aient envahi le terrain après le touchdown de la victoire. Le programme, en quête de reconnaissance depuis des décennies, l’a enfin trouvée. Plus important encore, les Mustangs disposent d’un entraîneur engagé et qui ne cherche pas à quitter le navire pour une écurie plus médiatisée. Finalement, pourquoi pas SMU ?
### Arizona State : Jeff Sims et les Sun Devils ne lâchent rien
Malgré une saison semée d’embûches pour Arizona State, le quarterback Jeff Sims a livré une performance remarquable. L’équipe des Sun Devils, qui avait surpris en remportant la Big 12 et en atteignant les College Football Playoff en 2024 après avoir été annoncée dernière de la conférence, connaît une année 2025 bien plus compliquée. Les blessures se sont accumulées dès le début, et le coup dur est arrivé vendredi avec l’annonce du forfait de Sam Leavitt, quarterback titulaire et élu meilleur joueur offensif de la Big 12 en présaison, pour le reste de la saison suite à une opération du pied. Jordyn Tyson, receveur vedette, et d’autres joueurs majeurs étaient déjà indisponibles.
C’est donc Jeff Sims, un vétéran, qui a pris les rênes. Son parcours est atypique : un début prometteur à Georgia Tech, un transfert à Nebraska, puis Arizona State. Il n’avait pas remporté un match comme titulaire depuis 2022, passant par différentes attaques et coordinators, et vivant plus de moments difficiles que de succès sur le terrain. Son expérience avait jusqu’alors été mouvementée.
Cependant, Sims n’a jamais abandonné sa carrière. Ce samedi, il a répondu présent pour ASU. Avec 228 yards à la course et deux touchdowns, il a battu le record du quarterback le plus prolifique en une seule rencontre pour Arizona State, le dépassant de près de 100 yards. Il a également ajouté 177 yards à la passe et un touchdown. Malgré trois pertes de balle, un de ses points faibles récurrents, son bilan positif l’a emporté.
« C’était la définition même du combat, mec », a déclaré un Kenny Dillingham ému après le match. « Ce gamin a choisi de rester ici ; de faire partie de cette équipe. C’est fou. » L’entraîneur a accordé une semaine de repos à son équipe avant la dernière ligne droite de la saison. Malgré les obstacles, Jeff Sims et les Sun Devils ne baissent pas les bras.
### Et que dire de San Diego State ?
L’histoire la plus discrète mais significative de la saison se déroule à San Diego, où l’entraîneur Sean Lewis, pour sa deuxième année, place San Diego State en lice pour une place en playoff. Lewis avait quitté son poste à Kent State en 2022 pour devenir le premier coordinateur offensif de Deion Sanders à Colorado, avant d’être rétrogradé en milieu de saison et de finalement atterrir à SDSU. Après une première année soldée par un bilan de 3 victoires pour 9 défaites, il mène désormais les Aztecs à la victoire.
L’équipe affiche un bilan de 7 victoires pour 1 défaite, avec une seule défaite à Washington State lors de la deuxième semaine. Sur leurs six derniers matchs, les Aztecs n’ont encaissé plus de 10 points qu’à une seule reprise et ont privé leurs adversaires de touchdown dans quatre rencontres cette saison. L’équipe qui remportera la Mountain West Conference sera probablement favorite pour accéder aux playoff. Si SDSU parvient à gagner tous ses matchs restants pour terminer avec un bilan de 12 victoires pour 1 défaite, un débat sérieux sur leur qualification sera légitime.
Les Aztecs ont encore trois adversaires déjà qualifiés pour un bowl au programme : Hawai’i, Boise State et New Mexico.