L’intelligence artificielle (IA) s’invite de plus en plus dans le secteur de la santé, promettant des avancées majeures en matière de diagnostic, de suivi des patients et de développement de traitements. Mais cette révolution technologique soulève des questions cruciales concernant la protection des données personnelles et la confidentialité des informations médicales.
Le marché de l’IA appliquée à la santé est déjà estimé à 40 milliards de dollars et devrait atteindre les 500 milliards de dollars (environ 457 milliards d’euros) d’ici 2032, avec l’arrivée de centaines de millions d’agents d’IA. Si l’efficacité et l’innovation offertes par ces technologies sont indéniables, leur prolifération rapide exige une réflexion approfondie sur la sécurité des données.
Comment garantir que les informations sensibles des patients ne soient pas utilisées à mauvais escient, même involontairement, dans un système complexe composé de multiples IA semi-autonomes ? La solution pourrait résider dans l’identité auto-souveraine (SSI), une approche basée sur la blockchain qui permet aux patients de reprendre le contrôle de leurs données de manière sécurisée.
Dès aujourd’hui, l’IA peut optimiser les processus et faciliter l’accès aux soins. Des agents d’IA peuvent ainsi aider les patients à prendre rendez-vous, à préparer les documents nécessaires ou à recevoir des instructions personnalisées avant une consultation. D’autres, plus spécialisés, peuvent analyser les demandes de remboursement, coordonner les paiements avec les assureurs ou assister les médecins dans l’interprétation des diagnostics.
Cependant, cette interconnexion croissante des systèmes d’IA crée un réseau complexe et potentiellement opaque, impliquant des interfaces de programmation (API) tierces, des solutions basées sur le cloud et des structures de gouvernance floues. Chaque agent a besoin d’accéder à des données sensibles pour fonctionner efficacement, ce qui expose les informations personnelles à des risques accrus. Les récentes cyberattaques aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, qui ont compromis des données personnelles et médicales, illustrent cette vulnérabilité.
Le manque de transparence de certaines IA rend également difficile l’identification des acteurs ayant accès aux données des patients. Sans une évolution majeure dans la gestion des données de santé, des millions de personnes pourraient perdre le contrôle sur l’une des facettes les plus privées de leur vie.
L’identité auto-souveraine (SSI) offre une alternative prometteuse. Basée sur la technologie blockchain décentralisée, elle garantit que les données sensibles ne sont partagées qu’avec le consentement explicite du patient, lui conférant un contrôle total et permanent sur ses informations.
La SSI combine la sécurité de la blockchain avec des techniques cryptographiques avancées, créant un cadre robuste pour protéger les données dans un écosystème de santé piloté par l’IA. Au cœur de ce système se trouvent les identifiants décentralisés (DID), qui garantissent que seuls les propriétaires légitimes peuvent accéder ou partager leurs données. Contrairement aux jetons non fongibles (NFT) ou aux attestations immuables, ces structures de données ne peuvent être ni vendues, ni échangées, préservant ainsi leur intégrité.
Les données sensibles sont stockées hors chaîne, dans un portefeuille numérique privé associé au DID, sous forme d’informations d’identification vérifiées (VC) – des fichiers signés cryptographiquement pour garantir leur authenticité. Ce stockage hors chaîne minimise le risque d’exposition sur une blockchain publique tout en maintenant le contrôle des données entre les mains du patient.
Les « preuves à connaissance nulle » (ZKP) offrent une couche de confidentialité supplémentaire. Ce protocole cryptographique permet de valider des informations spécifiques sans révéler de détails inutiles. Par exemple, un ZKP pourrait confirmer à un radiologue qu’un patient est éligible à un examen sans divulguer son diagnostic précis. Ainsi, les agents d’IA et les tiers n’accèdent qu’aux données strictement nécessaires, protégeant les informations sensibles telles que les dossiers de santé mentale ou les maladies chroniques.
Ensemble, ces solutions garantissent que les agents d’IA accèdent uniquement aux données nécessaires à la tâche en cours, réduisant ainsi le risque de surexposition. Cette approche offre également transparence et contrôle aux patients, qui peuvent surveiller l’accès à leurs données et révoquer les autorisations à tout moment.
Au-delà de la protection de la vie privée, les systèmes basés sur la SSI peuvent réduire la dépendance aux bases de données centralisées, qui sont des cibles privilégiées pour les cyberattaques. Ils peuvent également simplifier le partage de données, facilitant ainsi les interactions sécurisées entre les patients, les prestataires de soins, les assureurs et les agents d’IA.
À l’heure actuelle, le développement et la prolifération des agents d’IA dans le domaine de la santé ne montrent aucun signe de ralentissement. Il est donc impératif que le secteur prenne des mesures pour garantir la mise en place de protections robustes afin de préserver la confiance et la sécurité des individus. L’approche novatrice de la SSI offre une solution pour responsabiliser les patients, protéger leurs données et garantir que l’IA opère dans un cadre sécurisé et transparent.
L’avenir des soins de santé est numérique, interconnecté et axé sur l’IA, mais il doit également être privé, sécurisé et centré sur le patient. L’identité auto-souveraine pourrait bien être la clé pour transformer cette vision en réalité.