Publié le 8 novembre 2025. La psychologue clinicienne Jolanda Maas plaide pour une intégration accrue de la nature dans les pratiques de soins de santé, arguant que son impact bénéfique sur la santé mentale est scientifiquement prouvé et prêt à être appliqué concrètement.
Selon Jolanda Maas, psychologue clinicienne spécialisée dans l’étude des environnements naturels et de leurs effets sur la santé, le moment est venu de passer de la théorie à la pratique. Ses recherches, menées sur près de vingt ans, démontrent de manière incontestable que la nature joue un rôle crucial dans le rétablissement, le traitement et la prévention des troubles de santé mentale. « Nous savons désormais que la nature peut améliorer la santé mentale des gens. Il est temps d’agir dans la pratique des soins de santé », affirme-t-elle.
Les travaux de Maas ont débuté par une thèse pionnière en 2005, révélant une corrélation directe entre la proximité d’espaces verts et une meilleure santé perçue, ainsi qu’une diminution des recours aux soins médicaux. Depuis, ses recherches se sont étendues à divers contextes, incluant les cours d’école, les hôpitaux et les structures de santé mentale, toutes axées sur l’importance fondamentale de la nature pour le bien-être, de l’enfance à la vieillesse.
Afin de faciliter l’application de ces découvertes, Jolanda Maas, en collaboration avec Annette Postma, experte en nature et santé, a conçu le manuel « Nature et santé ». Cet ouvrage propose une synthèse des recherches scientifiques et, surtout, une boîte à outils destinée aux professionnels de la santé. L’objectif est de démontrer que les approches liées à la nature ne sont pas des interventions « douces » mais des stratégies de santé dont l’efficacité est avérée. « Le manuel fournit la science ; la boîte à outils qui l’accompagne traduit cela en pratique », explique Maas.
« L’objectif de ce manuel est de montrer aux professionnels de la santé que la nature n’est pas une intervention ‘douce’, mais un facteur de santé dont l’efficacité a été prouvée. »
Jolanda Maas, psychologue clinicienne
L’une des conclusions majeures de leurs travaux est que de nombreuses thérapies et traitements n’ont pas nécessairement à se dérouler en intérieur. « Ce que vous faites à l’intérieur peut souvent aussi être fait à l’extérieur. Pensez aux psychologues qui réalisent leurs séances à l’extérieur en marchant dans la nature, ou aux physiothérapeutes qui aident leurs patients avec des exercices de rééducation en plein air », suggère Maas. La recherche indique que les patients rapportent souvent un sentiment de plus grand confort, une sensation de dynamisme accru, une relaxation améliorée et une participation plus active à leur traitement lorsque celui-ci se déroule en extérieur.
Jolanda Maas souligne par ailleurs les bienfaits de la biodiversité pour la santé humaine et planétaire. Un environnement riche en diversité végétale et animale favorise notre bien-être en exposant notre système immunitaire à des substances bénéfiques et des micro-organismes produits par les plantes. De surcroît, les espaces verts jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le changement climatique, en absorbant le CO₂ et en contribuant à réduire les îlots de chaleur urbains.
Dans le cadre du programme national « Green Mental Health Care », auquel participent des chercheurs de la Vrije Universiteit (VU) en tant que coordinateurs, des initiatives visent à accroître la présence de végétation au sein des établissements de santé mentale. « Si nous rendons les zones de soins des établissements de santé mentale plus diversifiées en termes de biodiversité, les hommes et la nature en bénéficieront », assure Maas.
Pour la psychologue, la nature est également une source de ressourcement personnel. Elle pratique quotidiennement des marches lors de sa pause déjeuner pour se vider l’esprit et retrouver du plaisir au travail. Parmi ses lieux de prédilection figurent le Bois d’Amsterdam et les espaces verts proches de son domicile le long de l’A2.
Maas observe également l’impact positif de la végétalisation sur le campus de la VU, citant en exemple une nouvelle place particulièrement réussie qui favorise le bien-être et les interactions. Elle espère par ailleurs la préservation du Jardin botanique VU, le considérant comme un lieu unique d’apprentissage et de rencontre pour les étudiants, où les cours en plein air laisseraient des souvenirs durables.
Malgré les avancées, Maas constate une sous-utilisation de la nature dans le secteur de la santé. Pour pallier ce manque, le programme « GreenIT ! » a été développé afin d’identifier les obstacles à une meilleure intégration de la verdure et de proposer des solutions. La formation des professionnels de santé est un axe central : « Les professionnels doivent apprendre à l’utiliser – par exemple en discutant à l’extérieur ou en orientant les patients vers des activités vertes. » Des formations pratiques, encourageant l’expérimentation de l’usage de la nature durant le parcours éducatif, sont également préconisées.
Pour en savoir plus, consultez le Manuel Nature et Santé.