Face à l’inflation galopante et à la pénurie de main-d’œuvre, l’Autriche intensifie sa lutte contre la fraude sociale, concentrant notamment ses efforts d’investigation aux portes de l’aéroport de Vienne-Schwechat.
Le généreux système de protection sociale autrichien, pilier du soutien aux personnes malades, au chômage ou nécessitant des soins, est sous pression. Ces dernières années, il a suscité des inquiétudes quant à d’éventuels abus, alimentant un débat public récurrent. Dans un contexte de hausse des coûts et de difficultés de recrutement, la découverte de cas de fraude a ravivé la vigilance des autorités pour préserver l’intégrité de ce modèle.
Les forces de l’ordre de Basse-Autriche renforcent ainsi leurs contrôles, en particulier à l’aéroport de Schwechat. Des opérations ont permis de mettre au jour des situations où des individus continuaient de percevoir indûment des allocations sociales autrichiennes tout en résidant à l’étranger.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour la seule Basse-Autriche, près de 550 affaires de fraude à la sécurité sociale ont été débusquées cette année, représentant un préjudice estimé à 3,5 millions d’euros. Il ne s’agirait pas de petits délits, mais de cas de criminalité organisée et sérieuse, impliquant des détournements d’allocations de chômage, d’indemnités de soins ou de pensions d’invalidité.
L’un des cas les plus médiatisés concerne un homme de 59 ans, originaire de Bosnie, résidant dans le district de Neunkirchen. Accusé d’avoir escroqué le fonds d’assurance retraite autrichien de près de 50 000 euros sur plusieurs années, il est en détention depuis juin dernier. Le directeur de la police de Basse-Autriche, Franz Popp, souligne que ces fraudes impliquent souvent des personnes prétendant être inaptes au travail pour des raisons de santé, tout en passant la majeure partie de leur temps hors d’Autriche, une situation illégale si elle s’accompagne de la perception d’aides sociales.
Une task force dédiée pour traquer la fraude
Pour contrer ce phénomène, l’Autriche a mis en place la cellule « Solbe » (Sicherungs- und Leistungsbetrug – Fraude aux prestations sociales) dès 2019. Ce réseau d’envergure réunit policiers, procureurs, administrations fiscales et de l’immigration, ainsi que les organismes d’assurance sociale. Son objectif : surveiller les demandes suspectes, tant sur le territoire autrichien qu’à l’étranger.
Depuis sa création, « Solbe » a traité près de 3 000 dossiers, représentant un préjudice global estimé à 25 millions d’euros. En Basse-Autriche, quelque 200 policiers sont désormais mobilisés sur ces enquêtes, épaulés par cinq spécialistes à temps plein de la police judiciaire nationale. D’autres groupes de travail similaires existent à travers le pays, mais celui de Basse-Autriche opère à une échelle particulièrement significative, selon les autorités.
L’enquêteur principal Marcel Höhenberger insiste sur la nécessité de contrôles réguliers et de mesures de prévention accrues : « La fraude à la sécurité sociale nuit à la société et met en péril la stabilité du système », martèle-t-il.
L’aéroport, un terrain d’action privilégié
L’aéroport de Vienne-Schwechat s’est avéré être un lieu particulièrement efficace pour débusquer la fraude sociale. Douaniers, policiers et inspecteurs financiers y ont mené jusqu’à présent 30 contrôles coordonnés, identifiant un nombre conséquent de personnes percevant illégalement des prestations autrichiennes tout en résidant à l’étranger. Les autorités ne précisent pas le mode opératoire exact ni les profils ciblés, mais il semble que des informations ciblées jouent un rôle clé, plutôt qu’un contrôle systématique de tous les passagers.
Environ un tiers des personnes interpellées sont des citoyens autrichiens, les deux autres tiers provenant d’autres pays de l’Union européenne ou de pays tiers. Les contrôles visent particulièrement les voyageurs censés résider en Autriche de manière permanente pour toucher des allocations, mais qui sont interceptés lors de leur départ ou à leur retour après un long séjour à l’étranger.
Ces inspections aéroportuaires sont qualifiées de « succès » par les autorités, avec de nombreux suspects interceptés. Cependant, les enquêteurs estiment que le nombre réel de cas non détectés demeure élevé, compte tenu de la complexité de vérifier la résidence et l’état de santé des individus.
Le gouvernement met en avant ces initiatives comme un moyen essentiel de préserver la confiance dans l’État-providence autrichien. Néanmoins, des voix critiques s’élèvent pour mettre en garde contre une stigmatisation généralisée des bénéficiaires d’aides sociales. Les autorités espèrent qu’un renforcement de la surveillance et un meilleur partage des données dissuaderont les abus, sans pour autant ébranler la confiance du public dans ce système, perçu par de nombreux Autrichiens comme un pilier de la stabilité sociale.