Publié le 26 février 2026 à 20h35. L’accord surprise entre Disney et OpenAI, qui permet l’utilisation de personnages emblématiques dans l’intelligence artificielle, redéfinit les enjeux de la propriété intellectuelle et pousse les acteurs japonais du divertissement à s’adapter rapidement.
- En décembre 2025, Disney a investi 1 milliard de dollars dans OpenAI et a concédé une licence pour l’utilisation de plus de 200 personnages de ses franchises (Disney, Marvel, Pixar, Star Wars).
- Cet accord marque un revirement stratégique pour Disney, qui s’opposait auparavant à l’apprentissage et à la reproduction de son contenu par les IA.
- Les entreprises japonaises doivent désormais évaluer leur propre position et leur capacité à négocier avec OpenAI pour protéger leurs droits d’auteur.
En décembre 2025, un partenariat inattendu a vu le jour entre le géant américain du divertissement Walt Disney et le développeur d’intelligence artificielle OpenAI. Après des relations initialement conflictuelles concernant l’utilisation de contenus protégés par le droit d’auteur pour l’apprentissage des IA, les deux entreprises ont conclu un accord de licence et un investissement de Disney dans OpenAI. Cet accord autorise OpenAI à créer des contenus basés sur la propriété intellectuelle de Disney, notamment des personnages issus de ses franchises les plus populaires.
Quel impact cette décision aura-t-elle sur l’ensemble de l’industrie du contenu, et plus particulièrement sur les entreprises japonaises ? Pour répondre à cette question, nous avons interrogé Kensaku Fukui, avocat spécialisé dans la propriété intellectuelle au sein du cabinet juridique Kotodori et conseiller du gouvernement japonais sur les questions liées à l’IA et aux droits d’auteur.
Un partenariat qui redessine les contours de l’industrie
Disney a donc opéré un changement de cap majeur en investissant dans OpenAI et en autorisant l’utilisation de sa propriété intellectuelle dans des plateformes comme Sora 2 et ChatGPT. Comment interpréter ce revirement, au regard des politiques passées de Disney en matière de protection de la propriété intellectuelle ?
« Je pense qu’il y a deux façons de voir les choses. Il est indéniable que Disney a modifié sa position initiale, passant d’une attitude conflictuelle à une collaboration avec OpenAI. »
Kensaku Fukui, avocat spécialisé en propriété intellectuelle
Disney, à l’instar de nombreux autres détenteurs de droits, avait jusqu’alors insisté pour que les entreprises d’IA interdisent l’apprentissage non autorisé de leurs contenus et la création d’œuvres similaires. Concernant Sora 2, ils s’étaient fermement opposés à la proposition initiale d’OpenAI, qui consistait à permettre aux détenteurs de droits de se désinscrire uniquement après la publication de contenus potentiellement problématiques. Disney estimait, et estime toujours, qu’une telle approche est juridiquement contestable.
L’Union européenne et d’autres pays ont adopté une règle d’« opt-out » pour l’apprentissage, permettant l’étude des contenus à condition que les titulaires de droits puissent s’opposer à leur utilisation. En revanche, aucune législation n’autorise actuellement la production libre d’œuvres similaires, avec la possibilité pour les détenteurs de droits de se désinscrire a posteriori. L’accord entre OpenAI et Disney stipule que seules les créations basées sur plus de 200 personnages pour lesquels une autorisation préalable a été obtenue seront autorisées. Il s’agit donc d’un système d’« opt-in », qui ne permet la diffusion que des contenus expressément autorisés, et qui pourrait exclure tout nouvel apprentissage futur.
En d’autres termes, cet accord peut être interprété comme une avancée vers une utilisation de l’IA basée sur l’autorisation, telle que demandée par Disney, par une entreprise qui avait jusqu’alors privilégié une approche d’apprentissage et de production sans autorisation, avec des options de désinscription non conformes aux règles internationales.
Pourquoi OpenAI a-t-elle choisi de conclure cet accord ? Et quelles stratégies les entreprises japonaises de contenu, détentrices de droits d’auteur, devraient-elles adopter en réponse ? Comment les relations entre les entreprises d’IA et les créateurs de contenu évolueront-elles à l’avenir, et comment l’IA transformera-t-elle la gestion des droits d’auteur ?