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Comment les choix passés ont rendu Sumatra sujette aux inondations

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Publié le 10 février 2026 à 05h29. Les inondations dévastatrices qui ont frappé Sumatra fin 2025, faisant de nombreuses victimes et détruisant des communautés entières, ne sont pas uniquement imputables aux changements climatiques. Une analyse plus approfondie révèle un problème structurel lié à des décennies de gestion forestière défaillante en Indonésie.

  • Les forêts jouent un rôle crucial dans la régulation des systèmes hydrologiques, et leur dégradation augmente considérablement le risque d’inondations.
  • L’Indonésie a historiquement considéré ses forêts comme une ressource économique sous contrôle de l’État, une approche qui a conduit à une exploitation forestière intensive et à une négligence des droits fonciers locaux.
  • Le changement climatique agit comme un facteur aggravant, amplifiant les conséquences de la déforestation et de la mauvaise gestion des terres.

Les inondations soudaines qui ont ravagé Sumatra à la fin de l’année 2025 ont été attribuées aux précipitations extrêmes liées au changement climatique. Les fortes pluies ont provoqué le débordement des rivières et des glissements de terrain, affectant les provinces d’Aceh, le nord de Sumatra et l’ouest de Sumatra, et entraînant des pertes humaines et des destructions matérielles considérables. Les survivants sont confrontés à des défis considérables pour reconstruire leur vie.

Si les conditions climatiques ont joué un rôle important, se concentrer uniquement sur la météo occulte un problème structurel plus profond. Pour comprendre l’ampleur de ces inondations, il est essentiel d’examiner les arrangements institutionnels de longue date qui régissent le secteur forestier indonésien.

Les forêts sont essentielles à l’équilibre des systèmes hydrologiques. Les écosystèmes forestiers intacts absorbent les précipitations, améliorent l’infiltration de l’eau dans le sol, stabilisent les terrains et régulent le débit des rivières. Des études empiriques menées dans les régions tropicales confirment que la déforestation augmente le ruissellement de surface, la sédimentation et la probabilité de crues soudaines, en particulier dans les bassins versants en amont, souvent escarpés. Ces résultats sont cohérents avec de nombreuses recherches scientifiques.

En Indonésie, et plus particulièrement à Sumatra, des études montrent que les bassins versants en amont ont subi des décennies de dégradation forestière. L’exploitation forestière – légale et illégale – combinée à l’expansion des plantations, à l’exploitation minière et au développement des infrastructures, a fragmenté le couvert forestier et compacté les sols. Les pluies intenses entraînent alors un ruissellement rapide vers le bas des pentes, emportant terre et débris dans des rivières qui ne peuvent absorber ces volumes d’eau importants.

La présence importante de débris de bois observée lors des récentes inondations n’est pas fortuite. Elle témoigne des changements d’utilisation des terres en amont, plutôt que d’événements naturels exceptionnels. Les autorités indonésiennes enquêtent sur un éventuel lien entre l’exploitation illégale de bois et ces débris.

L’institutionnalisme historique offre un cadre pour comprendre pourquoi certains problèmes persistent dans le temps. Cette approche examine comment les systèmes politiques et les décisions actuelles sont façonnés par les choix, les traditions et les structures de pouvoir du passé. Elle met en évidence l’influence des intérêts des groupes puissants, des idées préconçues sur le fonctionnement des choses et de la conception initiale des institutions gouvernementales. Les choix politiques initiaux peuvent enfermer les pays dans des trajectoires institutionnelles qui se renforcent avec le temps, rendant les réformes difficiles. Cette théorie permet d’analyser la complexité des systèmes politiques.

L’Indonésie a longtemps considéré ses forêts comme des ressources économiques sous contrôle de l’État. Durant la période coloniale néerlandaise, la réglementation forestière visait principalement l’extraction des ressources et le contrôle territorial. Après l’indépendance en 1945, cette logique a été consolidée plutôt que remise en question. La Loi fondamentale sur les forêts de 1967 a placé de vastes zones forestières sous l’autorité de l’État central et a permis l’expansion de concessions forestières à grande échelle dans le cadre d’une stratégie nationale de développement. Ce document détaille l’évolution de la stratégie de développement forestier en Indonésie.

Au fil du temps, le système s’est caractérisé par une autorité centralisée, une gestion basée sur les concessions et une négligence systématique des droits fonciers locaux. Les agences forestières ont développé des procédures administratives axées sur la délivrance de licences et la génération de revenus, plutôt que sur la protection des écosystèmes. Ces pratiques, une fois bien établies, se sont avérées difficiles à inverser, même lorsque leurs conséquences environnementales sont devenues évidentes.

La transition de l’Indonésie vers la démocratie à la fin des années 1990 a entraîné des changements politiques qui ont remodelé certains aspects de la gouvernance forestière, mais n’ont pas fondamentalement modifié son orientation générale. La décentralisation a transféré certains pouvoirs administratifs aux gouvernements de district, mais a également créé de nouvelles incitations à l’exploitation forestière, les autorités locales cherchant à augmenter leurs revenus grâce à la délivrance de permis. Cet ouvrage analyse les enjeux politiques et économiques des ressources naturelles en Indonésie.

En pratique, la décentralisation a davantage modifié les acteurs que le fonctionnement du système. Les mécanismes d’extraction sont restés largement intacts, même si de nouveaux acteurs sont entrés en jeu. Les ministères centraux ont conservé une autorité importante, tandis que les gouvernements locaux opéraient dans des cadres réglementaires qui se chevauchaient et étaient parfois contradictoires. Cette complexité institutionnelle a souvent affaibli l’application des règles et la responsabilisation, en particulier dans les zones reculées en amont, qui sont essentielles à la protection des bassins versants.

D’un point de vue institutionnaliste historique, il s’agit d’une superposition institutionnelle plutôt que d’un remplacement : de nouvelles règles ont été ajoutées sans supprimer les anciennes, permettant aux pratiques extractives de persister dans des structures administratives modifiées. Cette situation a ensuite renforcé les arguments en faveur d’une recentralisation, conduisant à l’adoption de lois et de réglementations visant à soutenir ce changement, notamment la Loi sur l’autonomie régionale de 2014, qui a encore réduit l’autorité régionale dans ce secteur.

Au cours des vingt dernières années, l’Indonésie a lancé plusieurs initiatives pour renforcer la gouvernance forestière, notamment des programmes de foresterie sociale, des moratoires sur le défrichage des forêts primaires, des programmes de certification et la participation à des initiatives internationales sur le climat telles que la réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+). Bien que ces mesures aient permis d’obtenir des résultats significatifs, leur impact sur les risques d’inondation a été variable.

L’un des principaux défis réside dans la coexistence de priorités politiques concurrentes. Les programmes de conservation se déroulent parallèlement à des politiques de développement qui continuent d’encourager la croissance des plantations, l’exploitation minière et les projets d’infrastructures dans ou autour des zones de bassins versants fragiles. L’aménagement du territoire donne souvent la priorité à la croissance économique, considérant les aspects environnementaux comme des contraintes secondaires plutôt que comme des éléments essentiels de l’utilisation des terres. Cette étude analyse les défis de la politique climatique indonésienne.

La capacité à faire respecter les règles reste inégale selon les régions. La gouvernance forestière a longtemps été influencée par des considérations politiques et des intérêts particuliers, tandis que les communautés locales, bien qu’elles soient les plus touchées par les impacts environnementaux, n’ont souvent pas l’autorité nécessaire pour protéger les forêts environnantes. En conséquence, les incitations institutionnelles continuent de favoriser l’extraction à court terme plutôt que la réduction des risques à long terme. Ce rapport examine le rôle des communautés locales dans la gestion forestière.

Le changement climatique ne fonctionne pas de manière isolée. À Sumatra, l’augmentation de l’intensité des précipitations interagit avec des paysages dégradés, produisant des conséquences disproportionnées. Les forêts qui modéraient autrefois les extrêmes hydrologiques ont été détruites, et les systèmes fluviaux, modifiés par la sédimentation et les changements d’affectation des terres, réagissent désormais plus violemment aux chocs pluviométriques. Une analyse de Mongabay explique comment la déforestation a transformé un cyclone rare en catastrophe.

En ce sens, le changement climatique agit comme un multiplicateur de menaces plutôt qu’une cause première. Il expose les vulnérabilités créées par des décennies de décisions de gouvernance et amplifie leurs conséquences. Sans changement institutionnel, les mesures d’adaptation risquent de rester réactives, coûteuses et insuffisantes pour prévenir de futures catastrophes. Ce document explore le concept de multiplicateur de menaces.

La réduction des risques d’inondation à Sumatra nécessite plus que des solutions techniques ou des réponses post-catastrophe. Elle exige une évolution de la gouvernance forestière vers la prévention et la résilience écologique, allant au-delà de l’attribution des terres basée sur les concessions vers une gestion intégrée des paysages.

La politique forestière doit être alignée sur l’aménagement du territoire, la gouvernance de l’eau et la gestion des catastrophes. Les forêts, en particulier dans les bassins versants en amont, doivent être considérées comme une infrastructure de sécurité publique et non comme une question environnementale distincte. Le renforcement de la gestion forestière communautaire et des droits fonciers locaux peut améliorer la protection.

Par-dessus tout, la responsabilisation doit être assurée en amont, en évaluant les risques d’inondation avant de délivrer les permis d’utilisation des terres. Les inondations de Sumatra ne sont pas de simples catastrophes provoquées par le climat. Elles mettent en évidence les choix institutionnels de longue date dans la gouvernance forestière indonésienne qui ont privilégié l’extraction plutôt que la résilience écologique. La manière dont l’Indonésie réorientera ses institutions forestières déterminera la manière dont les futurs événements climatiques extrêmes seront vécus.

Initialement publié sous Creative Commons par 360info™.

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