Les chantiers de construction dans le secteur de la santé, particulièrement complexes, sont rarement pris au dépourvu en matière de sécurité. Le véritable défi réside dans l’adaptation constante des plans de prévention aux réalités changeantes du terrain.
Les projets hospitaliers se caractérisent par des contraintes fortes : espaces réduits, accès limités, calendriers serrés et exigences sanitaires en constante évolution. Les équipes doivent composer avec la poursuite des activités cliniques à proximité des travaux, créant un environnement où les conditions peuvent se modifier rapidement et où les hypothèses de sécurité doivent être régulièrement réévaluées.
Une analyse de plus de 75 000 incidents de sécurité survenus entre 2018 et 2024 dans le secteur de la construction (commerciale, industrielle et civile) révèle des tendances significatives. L’étude, menée par HammerTech et intitulée « La sécurité à l’échelle 2025 », ne se concentre pas sur des événements isolés, mais sur les moments, les circonstances et l’évolution des signalements de blessures.
Bien que basée sur des données issues de divers secteurs, cette analyse est pertinente pour tout environnement de travail complexe où la coordination est essentielle et où les conditions évoluent rapidement, notamment dans les établissements de santé en activité.
L’étude met en lumière un pic de blessures enregistré à 9 heures du matin. Ce chiffre, en soi, est moins important que les questions qu’il soulève : quelles activités sont en cours au début de la journée, lors du passage de la planification à la mise en œuvre ? Les équipes sont-elles pleinement opérationnelles ? Les superviseurs sont-ils présents et attentifs ? Les conditions sur le terrain correspondent-elles aux prévisions initiales ?
Sur les chantiers hospitaliers, le démarrage des travaux peut impliquer la mobilisation simultanée de plusieurs équipes, le début d’activités parallèles et des ajustements de l’organisation ou de l’accès. Les conditions peuvent donc différer rapidement des hypothèses initiales.
Il est important de souligner que l’analyse temporelle ne vise pas à établir des liens de causalité, mais à fournir une base d’investigation.
Au-delà du moment où elles surviennent, l’étude examine la nature des blessures. Sur l’ensemble de la période analysée, trois mécanismes sont responsables de plus de 60 % des incidents : heurter un objet, être heurté par un objet en mouvement et les chutes de même niveau. Ces mécanismes se répètent dans différents secteurs et régions, bien que les circonstances varient en fonction du contexte.
Comprendre comment les blessures se produisent est, selon le rapport, plus efficace que de se concentrer uniquement sur leurs conséquences. Dans les hôpitaux, ces mécanismes peuvent se manifester lors de tâches courantes réalisées dans des espaces restreints, notamment en raison des mesures temporaires mises en place pour gérer les risques d’infection.
Les barrières, les équipements temporaires et les restrictions d’accès peuvent entraver les mouvements. Les revêtements de sol, les canalisations, les câbles et les voies d’accès peuvent être installés et retirés au fur et à mesure de l’avancement des travaux. La proximité de différentes équipes dans des zones limitées crée des dangers potentiels.
Ces risques ne sont pas spécifiques aux hôpitaux, mais reflètent les conditions courantes sur les chantiers complexes où l’aménagement du site et l’organisation du travail évoluent constamment.
La plupart des systèmes de sécurité reposent sur des points de contrôle structurés tels que les plans de travail, les permis, les réunions de sécurité quotidiennes et les inspections. Ces processus sont essentiels, mais ils sont souvent considérés comme des étapes fixes plutôt que comme des outils adaptatifs. L’analyse temporelle révèle un décalage potentiel entre le moment où les plans sont examinés et le début effectif des travaux. Une fois les équipes sur le terrain, les conditions peuvent changer rapidement.
Les tâches peuvent prendre plus de temps que prévu, les voies d’accès peuvent être modifiées pour protéger les patients ou maintenir les opérations. Si les contrôles ne sont pas mis à jour en fonction de ces changements, ils risquent de ne plus refléter la réalité du chantier. Ce décalage est rarement intentionnel, mais il peut favoriser l’accumulation des risques si les hypothèses initiales ne sont pas vérifiées.
Les équipes performantes considèrent les données comme une source d’information et de réflexion plutôt que comme un simple tableau de bord. Les informations temporelles peuvent renforcer la supervision et la communication dès le début des travaux. Les données sur les mécanismes de blessure peuvent aider à identifier les zones où les mesures de prévention sont les plus importantes. Le suivi des tendances permet de détecter les problèmes potentiels avant qu’ils ne s’aggravent.
Entre 2018 et 2024, le taux de blessures/incidents chez les utilisateurs de HammerTech a diminué de 23 %, malgré une augmentation du nombre de signalements. Cette évolution suggère qu’une meilleure visibilité sur les événements mineurs et les quasi-accidents peut encourager une intervention précoce.
Dans le secteur de la santé, cette approche peut être renforcée par une coordination étroite avec les équipes cliniques et les responsables du contrôle des infections, qui influencent l’accès, l’organisation et le calendrier des travaux. Un alignement précoce peut contribuer à réduire les modifications tardives et les risques non maîtrisés.
La construction dans le secteur de la santé exige une coordination constante en raison de la complexité des environnements de travail, des contraintes de temps et des priorités concurrentes. Ce qui est évitable, c’est de considérer le risque comme statique. En prêtant attention au moment où les blessures surviennent, à leur nature et à la manière dont les incidents sont signalés, les équipes peuvent concentrer leurs efforts là où ils sont le plus nécessaires. Lorsque les processus de sécurité évoluent en même temps que les conditions du chantier, les équipes sont mieux placées pour protéger les travailleurs, les patients et les installations sans compromettre les délais.