Publié le 12 octobre 2025. À l’occasion de la Journée mondiale de l’arthrite, les experts soulignent la prévalence accrue de certaines formes de cette maladie chez les femmes, expliquant les mécanismes hormonaux et physiologiques qui en sont la cause.
L’arthrite, une pathologie articulaire touchant des millions de personnes dans le monde, se manifeste par des douleurs, des raideurs et des inflammations. Cette maladie chronique, qui évolue généralement avec l’âge, présente des formes variées dont l’arthrose et la polyarthrite rhumatoïde (PR) sont les plus répandues. Il est toutefois notable que les femmes sont disproportionnellement plus affectées par certaines variantes, telles que la PR ou l’arthrite lupique.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 73 % des personnes atteintes d’arthrose ont plus de 55 ans, et 60 % d’entre elles sont des femmes. De même, on estime que 70 % des patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde sont de sexe féminin.
« Cette différence est largement influencée par les changements hormonaux qui se produisent tout au long de la vie d’une femme, pendant la puberté, la grossesse et la ménopause, lesquels peuvent avoir un impact sur la santé des articulations, la fonction immunitaire et les niveaux d’inflammation », explique le Dr Ashwani Maichand, directeur du département d’orthopédie de l’hôpital CK Birla à Delhi.
Arthrite : pourquoi les femmes sont-elles plus à risque ?
Plusieurs facteurs expliquent cette prédisposition féminine accrue à l’arthrite :
Le rôle déterminant des hormones
Les hormones féminines, en particulier les œstrogènes, jouent un rôle crucial dans la régulation de l’inflammation et le maintien de la santé osseuse et articulaire. Les œstrogènes contribuent à la protection du cartilage et au soutien de la densité osseuse. Lorsque leurs niveaux fluctuent, cela peut altérer la réaction inflammatoire du corps.
« Par exemple, les formes d’arthrite auto-immunes comme la PR éclatent ou s’aggravent souvent lorsque les niveaux d’œstrogènes sont bas, comme après l’accouchement ou pendant la ménopause. À l’inverse, des niveaux d’œstrogènes plus élevés peuvent avoir un effet protecteur, réduisant l’activité de la maladie chez certaines femmes », précise le Dr Maichand.
L’impact de la grossesse
La grossesse entraîne des bouleversements hormonaux qui peuvent modifier temporairement le cours de l’arthrite. De nombreuses femmes atteintes de polyarthrite rhumatoïde signalent une amélioration notable de leurs symptômes durant cette période, souvent attribuée à l’augmentation des œstrogènes et de la progestérone. Ces hormones ont un effet immunosuppresseur et anti-inflammatoire. Cependant, après l’accouchement, la chute brutale des taux hormonaux peut entraîner une réapparition ou une intensification des symptômes arthritiques.
« D’un autre côté, des affections comme l’arthrite liée au lupus peuvent s’aggraver pendant la grossesse en raison de l’activation du système immunitaire, ce qui souligne la nécessité d’une surveillance médicale attentive avant et pendant la grossesse », ajoute-t-il.
Ménopause et postménopause : une transition sensible
La ménopause constitue une étape charnière pour la santé articulaire des femmes et est un facteur de risque reconnu pour l’ostéoporose. La diminution des œstrogènes peut engendrer une augmentation de l’inflammation, une raideur articulaire accrue et un risque plus élevé de développer de l’arthrose. Les femmes ménopausées rapportent souvent des douleurs articulaires plus intenses et une moindre régénération du cartilage. Par ailleurs, la baisse des œstrogènes contribue à la perte osseuse, augmentant le risque d’ostéoporose, ce qui peut exacerber l’inconfort et la gêne fonctionnelle liés à l’arthrite.
Gérer l’arthrite tout au long de la vie
La prise en charge de l’arthrite vise à soulager les symptômes et à améliorer la mobilité articulaire. Il est recommandé aux femmes de privilégier une activité physique régulière, de maintenir un poids sain et d’adopter une alimentation équilibrée, riche en acides gras oméga-3 et en antioxydants, pour favoriser la santé de leurs articulations. L’hormonothérapie substitutive (THS) peut être une option pour certaines femmes ménopausées, sous stricte surveillance médicale. Un diagnostic précoce, un traitement adapté et des ajustements du mode de vie sont essentiels pour améliorer significativement la qualité de vie.
Comprendre l’influence des transitions hormonales sur l’arthrite permet aux femmes d’adopter une approche proactive pour préserver la santé de leurs articulations à chaque étape de leur vie, de la période reproductive à la ménopause et au-delà.
(Dr Ashwani Maichand, directeur du département d’orthopédie de l’hôpital CK Birla, Delhi)