Publié le 2024-02-29 14:35:00. Une étude récente souligne le décalage entre la définition des « soins fondés sur la valeur » pour les établissements de santé et les attentes des patients en matière de traitement du cancer, appelant à une intégration plus poussée des priorités du patient dans les modèles de soins.
- Les patients privilégient des soins alignés sur leurs valeurs, avec des coûts directs, temporels et émotionnels maîtrisés.
- Les professionnels de santé, les payeurs et l’industrie ont des perspectives différentes sur la qualité et la rentabilité des soins.
- Les infirmières jouent un rôle clé dans la promotion de soins centrés sur le patient et fondés sur la valeur, notamment par la coordination des soins et la défense des intérêts des patients.
La notion de « soins fondés sur la valeur » suscite des interprétations divergentes selon les acteurs du système de santé. Pour les hôpitaux, elle se traduit généralement par une amélioration des résultats cliniques, une maîtrise des coûts et le maintien d’une qualité de soins élevée. Pour les patients, elle signifie avant tout que les soins dispensés correspondent à leurs valeurs et à leurs priorités. Une question cruciale se pose : est-il possible de concilier ces deux perspectives dans le contexte spécifique de la lutte contre le cancer ?
Une analyse récemment publiée dans le Journal clinique des soins infirmiers en oncologie par Irene Guterman, MS, RN, CNL®, coordinatrice de soins au Comprehensive Cancer Center de l’Université de Virginie, met en lumière les enjeux liés aux soins fondés sur la valeur et leur lien avec les soins centrés sur le patient. L’étude détaille les définitions de la qualité et du coût selon les différentes parties prenantes : les patients recherchent des soins personnalisés et peu coûteux en termes de temps et d’énergie, tandis que les fournisseurs visent des soins conformes aux recommandations, efficaces et optimisés en termes de ressources. Les organismes d’assurance se concentrent sur la maîtrise des coûts à grande échelle et la réduction des risques financiers, l’industrie sur les bénéfices cliniques et le retour sur investissement, et les décideurs politiques sur l’accès équitable aux soins, les résultats en matière de santé publique, ainsi que sur la pérennité du système de santé.
Cependant, la plupart des modèles de soins fondés sur la valeur se concentrent sur les politiques institutionnelles et les mécanismes de remboursement, au détriment de l’impact direct sur les parcours de soins et des retours d’expérience des patients. Il est donc difficile de les intégrer dans la pratique infirmière quotidienne. L’auteure souligne néanmoins que les infirmières contribuent déjà à la fois aux soins fondés sur la valeur et aux soins centrés sur le patient, notamment en matière de sécurité, d’équité, d’efficacité clinique et de prise de décision partagée. Plusieurs exemples illustrent cette contribution : les infirmières navigatrices facilitent la coordination des soins et réduisent la charge logistique pour les patients, les infirmières en pratique avancée explorent des options thérapeutiques innovantes au-delà des protocoles établis, les responsables d’équipe infirmière partagent les bonnes pratiques en matière de documentation pour optimiser les contrats basés sur la valeur et gérer les risques, les infirmières chercheuses informent les patients sur les essais cliniques et veillent au respect de leur consentement éclairé, et enfin, les infirmières collaborent pour promouvoir les lois et les réglementations favorables aux soins centrés sur le patient.
Mme Guterman critique en particulier les modèles actuels de soins fondés sur la valeur pour leur manque de considération envers les aspects les plus importants pour les patients. Ces modèles tendent à orienter les décisions thérapeutiques vers des considérations politiques, sans accorder suffisamment d’importance aux paramètres subjectifs tels que les symptômes, la qualité de vie, le nombre de jours passés à domicile et la coordination des soins. Sans intégration de ces éléments, les soins contre le cancer se basent par défaut sur des indicateurs difficiles à atteindre (survie, maîtrise des coûts) qui ne reflètent pas toujours la complexité des traitements modernes et les besoins spécifiques des patients. À titre d’exemple, le Modèle de soins en oncologie mis en place par le Centers for Medicare & Medicaid Services Innovation Center, un programme de paiement alternatif basé sur la valeur, s’est révélé coûteux et peu performant, en raison notamment de sa dépendance excessive aux données administratives et de son manque d’attention aux résultats centrés sur le patient.
Pour promouvoir des soins oncologiques véritablement axés sur les valeurs des patients, les infirmières doivent continuer à plaider pour l’intégration et la priorisation des retours d’expérience des patients. Investir dans les infrastructures, la formation et la mise en œuvre de systèmes de recueil de ces données permettra de transformer les priorités des patients en indicateurs de performance pertinents, susceptibles d’être intégrés dans les politiques de santé et les modèles de financement.