Home Santé Comment (ne pas) mettre en œuvre des applications informatiques en santé des populations ! – par Nachiket Gudi, @GudiNachiket & Gaurav Pradhan, @GauravP_Tweets

Comment (ne pas) mettre en œuvre des applications informatiques en santé des populations ! – par Nachiket Gudi, @GudiNachiket & Gaurav Pradhan, @GauravP_Tweets

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Dans le sillage de la numérisation rapide du secteur de la santé, de nombreuses applications censées révolutionner les soins se heurtent à des écueils majeurs. Au-delà de la technologie, la réussite de ces outils dépend crucialement de la robustesse des processus humains et organisationnels qui les sous-tendent.

Les termes « informatique de santé », « santé numérique » et « applications mobiles de santé » résonnent avec insistance dans le paysage actuel des soins. Le XXIe siècle a vu une transformation sans précédent du secteur de la santé, portée par la digitalisation des dossiers médicaux, l’essor d’Internet et la démocratisation des smartphones. La récente pandémie de COVID-19 a d’ailleurs renforcé le soutien politique et l’élan vers le développement de ces outils.

En Inde, l’innovation et les investissements dans la santé numérique ont connu une croissance exponentielle ces dernières années. Une multitude d’applications mobiles ambitionnent de combler le fossé entre l’offre et la demande de soins – qu’il s’agisse de faciliter la prise de rendez-vous médicaux, de déployer la télémédecine ou de centraliser les informations de santé. Ces initiatives capitalisent sur la pénétration croissante des smartphones et l’accès à Internet.

Le gouvernement indien lui-même s’est engagé dans cette voie numérique post-pandémie, lançant des applications telles qu’« Aarogya Setu » pour le traçage des contacts et « CoWIN » pour la gestion de la campagne de vaccination. Cependant, dans cette course à la digitalisation, l’objectif initial semble parfois s’être perdu. Malgré leurs fonctionnalités, conçues pour encourager le suivi participatif, le respect des gestes barrières et simplifier l’enregistrement vaccinal, des applications comme « CoWIN » et « Aarogya Setu » ont rapidement rencontré des obstacles qui ont entravé leur efficacité. La situation s’est complexifiée avec la décision de certains gouvernements d’État, à l’instar du Maharashtra et de l’Assam, de développer leurs propres applications, ajoutant une couche de confusion.

Les leçons tirées de ces expériences :

Gérer l’échelle

Lorsqu’une application de santé critique est déployée, il est légitime d’anticiper une forte affluence d’utilisateurs simultanés. Pour répondre à cette demande, une conception solide, soutenue par une infrastructure numérique et réseau adéquate, est indispensable. Pourtant, de nombreuses applications ont connu des défaillances notables : blocages lors de l’ouverture des inscriptions à des tranches d’âge plus larges, difficulté à visualiser les centres de vaccination disponibles pour réserver des créneaux, ou encore lignes d’assistance téléphonique saturées. Ces incidents ont mis en lumière les limites de la gestion de l’échelle.

Améliorer l’accès

Bien que les initiatives numériques du gouvernement indien soient ambitieuses, elles peinent à résoudre l’un des défis les plus cruciaux : l’accès. En 2020, seuls 42 % des Indiens possédaient un smartphone, laissant une part significative de la population exclue de ces outils numériques. Cette fracture numérique accentue les inégalités et peut conduire à une surcharge des établissements de santé, faute de processus efficaces pour la gestion des patients, particulièrement en période de crise sanitaire.

Établir une gouvernance

La performance d’une application informatique ne saurait excéder celle des processus et des personnes qui la sous-tendent. Même une architecture numérique de pointe ne peut garantir le succès si les mécanismes de contrôle et d’équilibre humains et organisationnels font défaut. L’incident de la salle de crise du BBMP (Bruhat Bengaluru Mahanagara Palike), où des interférences humaines ont conduit à une pénurie de lits, illustre parfaitement cette réalité. Comme l’a souligné cet événement, « les applications informatiques ne valent que par la qualité de leurs développeurs et de leurs exécutants ».

Poursuivre l’amélioration continue

À mesure que l’adoption des applications progresse, il est essentiel de recueillir les retours des utilisateurs et d’optimiser continuellement l’architecture et l’infrastructure. Gérer une population aussi vaste constitue un défi où la technologie peut aider, mais seulement jusqu’à un certain point. En cas de débordement, il est crucial de revenir aux sources. L’amélioration des flux de travail intégrés à l’application passe par des évaluations périodiques et passives pour sonder les utilisateurs finaux. L’analyse des commentaires sur les réseaux sociaux, dans une optique d’amélioration collective, est une nécessité contemporaine. Le vieil adage « les chiffres ne mentent pas » s’applique rarement aux réalités complexes des applications informatiques à grande échelle.

Construire un réseau de services de santé et de canaux de communication

Aucune application de santé numérique ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes. Il est impératif d’aller au-delà et de promouvoir l’inclusion numérique, en assurant la fourniture de services de santé jusqu’au « dernier kilomètre » pour ceux qui sont limités par la culture numérique, l’accès aux smartphones ou la capacité d’utiliser ces outils. Des études d’utilisabilité rigoureuses, combinant le recours à des bénévoles pour l’aide à l’inscription en ligne, la lutte contre la désinformation par une communication ciblée, et la diffusion des innovations par des stratégies réfléchies, sont primordiales.

En conclusion, il est suggéré aux chercheurs de synthétiser les échecs des applications informatiques, en tenant compte de leur contexte, afin d’en tirer des leçons concrètes pour les niveaux individuel, communautaire et systémique. Les revues universitaires devraient s’ouvrir à la publication de ce type de littérature, au lieu de se limiter aux succès.

Les plateformes d’informations fragmentées constituent un problème historique pour le système de santé publique indien. Autoriser des applications indépendantes pour chaque État ne ferait qu’alourdir davantage l’agrégation de données et la communication sur la santé. L’utilisation de l’assistance vocale pourrait améliorer l’expérience des utilisateurs finaux dans la navigation des portails. Un dialogue quotidien avec les établissements de santé régionaux permettrait d’atténuer les engorgements, notamment en évitant que les citoyens ne se massent inutilement devant les hôpitaux en cas de rupture de stock de vaccins.

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