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Convulsions dans la SEP liées à la démyélinisation de l’hippocampe

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Une étude novatrice de l’Université de Californie à Riverside pourrait enfin expliquer pourquoi certains patients atteints de sclérose en plaques (SEP) souffrent de convulsions. Les recherches précliniques révèlent un lien direct entre la perte de la gaine protectrice des neurones et l’activité épileptique, ouvrant la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.

  • La recherche établit un lien clair entre la démyélinisation, caractéristique de la SEP, et la survenue de crises épileptiques.
  • L’hippocampe, zone cérébrale cruciale pour la mémoire, apparaît comme particulièrement vulnérable dans ce processus.
  • Ces découvertes pourraient mener à des traitements ciblant la cause des convulsions sans affecter l’ensemble de l’activité cérébrale.

La sclérose en plaques (SEP), maladie auto-immune chronique, attaque la myéline, cette enveloppe protectrice des axones neuronaux. Cette attaque entraîne une cascade de symptômes, allant des troubles de la vision à la fatigue, en passant par des difficultés de coordination et un déclin cognitif. Une complication moins connue, mais particulièrement débilitante, est l’apparition de convulsions, qui aggravent le pronostic cognitif et accélèrent la progression de la maladie.

Des chercheurs en sciences biomédicales de l’Université de Californie à Riverside (UCR) ont mené une étude préclinique pour élucider ce phénomène. Publiés dans la revue Neurobiology of Disease, leurs travaux mettent en évidence une corrélation directe entre la démyélinisation progressive et l’activité épileptique. En utilisant un modèle murin de la SEP, les scientifiques ont observé que la détérioration de la myéline, notamment dans l’hippocampe, une région du cerveau essentielle à la mémoire et connue pour être un foyer d’activité épileptique, augmentait significativement la probabilité de convulsions.

« Environ 4 à 5 % des personnes atteintes de SEP développent des convulsions. C’est un domaine peu étudié, mais ces patients ont tendance à connaître de moins bons résultats cognitifs et une progression plus rapide de la maladie. Comprendre ce qui se passe dans le cerveau est crucial. »

Seema Tiwari-Woodruff, professeure de sciences biomédicales à l’UCR School of Medicine et auteure principale de l’étude

Pour reproduire les effets de la démyélinisation, les chercheurs ont eu recours à un modèle murin basé sur le régime cuprizone. Après 12 semaines d’exposition, près de 80 % des souris ont manifesté une activité épileptique, contre 40 % à un stade antérieur du processus pathologique. Ces observations ont été corroborées par des enregistrements cérébraux et des évaluations comportementales.

L’étude révèle un déséquilibre neurotransmetteur clé. « À mesure que la démyélinisation progressait, les niveaux de glutamate, un neurotransmetteur excitateur, augmentaient, tandis que le GABA, le principal neurotransmetteur inhibiteur du cerveau, semblait diminuer », explique Seema Tiwari-Woodruff. « Ce déséquilibre rend le cerveau plus excitable – une caractéristique de l’épilepsie. »

L’hippocampe se révèle être une zone particulièrement touchée, avec une vulnérabilité accrue des neurones inhibiteurs, dont certains sont myélinisés. « La myéline n’accélère pas seulement la transmission du signal ; elle aide également à maintenir la santé des neurones », précise la chercheuse. « Les dommages causés aux neurones producteurs de GABA dans l’hippocampe dus à la démyélinisation pourraient expliquer la susceptibilité aux crises dans la SEP. »

Contrairement aux modèles d’épilepsie traditionnels qui reposent sur des lésions cérébrales, cette nouvelle approche simule la perte progressive de myéline, offrant ainsi un modèle plus fidèle de la maladie. « Nous ne détruisons pas les tissus cérébraux », souligne Tiwari-Woodruff. « Nous modélisons la lente perte de myéline qui se produit dans la SEP. Cela en fait un outil puissant pour les recherches futures. »

Ces résultats ouvrent des perspectives thérapeutiques prometteuses. « Maintenant que nous savons que le glutamate augmente et que le GABA diminue, nous pouvons étudier les cellules spécifiques impliquées », ajoute la professeure. « Nous sommes particulièrement intéressés par les astrocytes, des cellules de soutien qui éliminent normalement l’excès de glutamate de l’espace extracellulaire. S’ils sont altérés, le glutamate s’accumule, les signaux cérébraux ne sont pas contrôlés et des convulsions se produisent. »

La cible est claire : une modulation ciblée, plutôt qu’une suppression globale de l’activité cérébrale. « Le bloquer complètement fermerait le cerveau », met en garde Tiwari-Woodruff. « Nous visons une modulation ciblée, et non une suppression généralisée. »

Cette recherche apporte un nouvel espoir aux personnes vivant avec la SEP. « Beaucoup de personnes dans le monde de la SEP ne comprennent pas pourquoi elles ont des convulsions – ce n’est pas un symptôme largement connu », rappelle Seema Tiwari-Woodruff. « Notre étude propose une explication, qui constitue la première étape vers un meilleur traitement. »

L’équipe de recherche explore actuellement les modifications des circuits neuronaux et des récepteurs dans l’hippocampe, ainsi que le rôle du dysfonctionnement des astrocytes dans le risque de crise. Des comparaisons entre tissus cérébraux de souris et d’humains sont déjà en cours. « Si les mêmes transporteurs et récepteurs sont affectés chez l’homme, ils pourraient devenir des cibles thérapeutiques claires », conclut la chercheuse.

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