Home Économie Crise politique : les partis « ne doivent pas attendre un choc financier avant de réagir »

Crise politique : les partis « ne doivent pas attendre un choc financier avant de réagir »

0 comments 122 views

Publié le 2025-10-09 08:46:00. L’Hexagone navigue dans des eaux économiques potentiellement agitées, sous l’effet d’une instabilité politique qui perdure depuis plus d’un an. Si les indicateurs actuels ne dessinent pas encore une crise majeure, ils alertent sur un risque croissant de détérioration des finances publiques et de frein à l’activité.

  • La confiance des investisseurs, mesurée par les taux d’intérêt sur la dette souveraine, est le baromètre clé de la situation.
  • Une prime de risque accrue pèse sur le coût d’emprunt de l’État, et pourrait se répercuter sur les entreprises et les ménages.
  • Malgré une tendance haussière des taux, la situation reste sous contrôle, à condition d’un rétablissement d’une trajectoire budgétaire claire.

Depuis plus d’un an, la France traverse une période d’incertitude politique qui commence à se faire sentir sur son économie. Si la baisse du CAC 40 peut sembler anecdotique, c’est sur le marché obligataire que les véritables signaux d’alerte peuvent apparaître. « C’est cette réaction qu’il faut surveiller de près », explique Lucile Bembaron, économiste au cabinet de conseil Asterès. « Une baisse du CAC 40 reflète surtout le portefeuille d’investisseurs privés, alors que le marché obligataire dit beaucoup plus de la confiance accordée à la France ».

En période d’instabilité, les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour prêter de l’argent à un pays dont la trajectoire politique semble incertaine. C’est ce que l’on appelle une « prime de risque ». Ainsi, l’allongement de la crise politique se traduit directement par une augmentation de la charge de la dette publique française. Depuis la démission de Sébastien Lecornu, le taux d’emprunt à dix ans de la France a connu une nouvelle poussée, repassant la barre des 3,5 %, après avoir frôlé les 3,8 % au moment de son départ. Bien que ces niveaux demeurent globalement stables, ils confirment une tendance à la hausse entamée depuis plusieurs mois, suite notamment à la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024. « Lorsque le taux obligataire monte, la charge d’intérêts de l’État s’alourdit », rappelle Lucile Bembaron. « Cela signifie qu’une part croissante des finances publiques doit être consacrée au remboursement de la dette. »

Cette tension sur les marchés financiers pourrait avoir des répercussions concrètes sur l’économie réelle. Les banques françaises, qui détiennent une part non négligeable d’obligations d’État, pourraient être amenées à rehausser leurs taux d’intérêt pour les crédits accordés aux entreprises et aux ménages. Cela aurait pour effet de freiner l’activité économique et de réduire le pouvoir d’achat. « La situation pourrait finir par se traduire dans l’économie réelle, avec des taux durablement hauts et des entreprises qui reporteraient des investissements », observe Lucile Bembaron.

Les premiers signes de ce ralentissement potentiel sont déjà perceptibles. Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), l’incertitude politique persistante depuis juin 2024 pourrait coûter 0,5 point de croissance d’ici la fin de l’année 2025, soit près de 15 milliards d’euros. « Dans un moment d’incertitude, les entreprises gèlent un peu tout à la fois l’investissement et l’emploi et les ménages épargnent davantage », détaille auprès de l’AFP Éric Heyer, économiste à l’OFCE.

Toutefois, Lucile Bembaron invite à la prudence et à ne pas sombrer dans le catastrophisme. La remontée des taux français, bien qu’amorcée depuis plusieurs mois, ne signifie pas encore une perte de contrôle. « La hausse actuelle n’envoie pas un signal d’alerte majeur, mais elle constitue un avertissement », prévient l’économiste. « Les responsables politiques ne doivent pas attendre un choc financier pour reprendre la main ». Ce que les marchés attendent avant tout, c’est la visibilité d’un budget voté et d’une trajectoire financière lisible. « L’essentiel est d’avoir une ligne claire », conclut-elle, suggérant qu’un cap budgétaire crédible suffirait à rassurer les investisseurs.

La situation reste globalement sous contrôle, notamment grâce aux conditions d’emprunt historiquement favorables dont la France a bénéficié ces dernières années. « Ce n’est pas dramatique, ce n’est pas la Grèce, mais cela complique un peu plus l’effort budgétaire à venir », tempère auprès de l’AFP Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management.

Sur le plan politique, ce message semble être entendu. Le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, appelle à une sortie de crise rapide et concertée. « Il faut faire repartir le pays dans un climat apaisé, redonner confiance aux chefs d’entreprise », plaide le sénateur du Nord. « J’ai des chefs d’entreprise dans ma famille qui me disent : tant que ce n’est pas stabilisé, on ne réinvestit pas. Cela veut dire qu’il y a des emplois qui vont disparaître et des recettes fiscales qui ne rentreront pas. »

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.