Alors que le sommeil devient un luxe recherché, les études récentes révèlent une tendance croissante à sacrifier temps et ressources pour en obtenir davantage. Une enquête souligne que pour de nombreux adultes, le repos est désormais une priorité au même titre que l’exercice physique et la nutrition.
Dans une société où le bien-être est de plus en plus valorisé, le sommeil émerge comme un pilier fondamental de la santé. Une étude mondiale de Kearney Consumer Institute, commandée pour le Consumer Goods Forum 2025, place d’ailleurs cette nécessité au cœur des préoccupations des consommateurs. Si l’activité physique, incluant la marche et les déplacements quotidiens, arrive en tête des facteurs considérés comme essentiels pour la santé globale, l’alimentation et la nutrition suivent de près, avec le sommeil occupant une place de choix dans ce trio vital.
Les chiffres américains mettent en lumière cette quête du repos. Une enquête d’une entreprise spécialisée dans les produits de sommeil révèle qu’en septembre dernier, plus d’un tiers des adultes aux États-Unis ont eu recours à des « jours de rattrapage » – c’est-à-dire des congés payés – pour combler leur manque de sommeil. Plus étonnant encore, 31 % des Américains ont même posé des vacances dédiées exclusivement au repos. Cette tendance concerne particulièrement les jeunes générations, les Millennials étant plus enclins à utiliser ces congés spéciaux pour récupérer, comparé aux générations précédentes.
L’enquête Amerisleep confirme que ces « vacances pour dormir » ne sont pas une simple lubie, mais une réalité tangible. Près de la moitié des sondés ont déclaré avoir utilisé deux à trois jours de congés payés au cours de l’année écoulée pour rattraper leur déficit de sommeil. Fait notable, cette pratique semble également concerner les foyers les plus aisés. Les Américains gagnant 100 000 dollars par an ou plus seraient plus susceptibles d’utiliser ces jours de congés pour dormir, comparativement à ceux dont le revenu est inférieur. Si les salariés à faibles revenus disposent souvent de moins de flexibilité pour profiter de telles mesures, ce phénomène souligne néanmoins une tendance : l’échange de temps contre du sommeil.
Parallèlement, l’intérêt pour les voyages axés sur le bien-être et le repos est en nette augmentation. Une analyse des données de Google Trends, présentée sous forme de graphique à barres, met en évidence cette tendance. Sur les deux dernières années, les recherches liées au « voyage bien-être » ont grimpé de 95 %. Les termes « station de sommeil », « vacances de sommeil » et « séjour tranquille » ont également connu des hausses significatives, respectivement de 44 %, 33 % et 21 %.
Il est donc clair qu’à l’échelle mondiale, un nombre croissant de personnes en bonne santé se sentent privées de sommeil. Ces citoyens sont de plus en plus disposés à sacrifier leur temps libre, que ce soit par le biais de congés payés, de vacances ou d’autres arrangements, pour s’offrir le repos dont ils ont besoin.
L’étude Amerisleep, menée auprès de 1 253 Américains en juin 2025, visait à explorer les stratégies de récupération du sommeil et l’intérêt pour les voyages dédiés au repos. Les données de Google Trends analysées couvrent la période du 12 juillet 2020 au 13 juillet 2025.
Cette notion du sommeil comme un « bien de luxe » résonne avec les recherches de Kearney, qui mettent en évidence l’élargissement de la conception du bien-être holistique par les individus, incluant désormais le sommeil au même titre que d’autres piliers de santé. Le consommateur actuel navigue entre un sentiment de rareté, une volonté d’optimisation et un esprit « YOLO » (You Only Live Once), recherchant occasionnellement des plaisirs simples, même dans un contexte budgétaire familial contraint. Cela se traduit par des choix d’optimisation dans les courses, comme privilégier les marques de distributeur, et par la recherche de substituts moins coûteux pour les protéines, qu’elles soient animales ou végétales.
Dans ce contexte, le sommeil apparaît comme un bien de luxe pour ceux qui peuvent se permettre d’échanger du temps ou de l’argent contre un espace dédié au repos et à la détente. La tendance des congés pour dormir illustre parfaitement ce compromis croissant.
Au cours d’une conférence récente sur le « système d’exploitation de la santé personnelle », l’idée de ce nouvel équilibre a été illustrée par une caricature représentant un individu hésitant entre s’informer sur une tragédie internationale ou sur une recette de cuisine saisonnière. De la même manière, certains choisissent désormais de privilégier leur repos, considérant le sommeil comme un médicament essentiel et étant prêts à faire des sacrifices pour l’obtenir.