La situation à Cuba se détériore rapidement, marquée par une crise économique et politique sans précédent qui ravive les espoirs de changement parmi une population de plus en plus désespérée. L’instabilité au Venezuela, et notamment les événements récents, ont contribué à exacerber les tensions sur l’île.
Les pénuries de carburant paralysent le pays, affectant tous les secteurs d’activité. Même les quartiers touristiques de La Havane et le quartier diplomatique de Miramar ne sont plus épargnés par l’accumulation des déchets, faute de pouvoir faire fonctionner les camions de collecte. Les stations-service, affichées comme étant ouvertes 24 heures sur 24, restent souvent fermées, et de longues files d’attente se forment devant les rares points de distribution où le paiement se fait exclusivement en devises fortes.
La situation économique est particulièrement alarmante pour la majorité de la population. Les salaires, oscillant entre 6 euros (environ 6,50 USD) par mois pour un enseignant et 30 euros (environ 32,50 USD) pour un médecin ou un ingénieur sur le marché noir, rendent la vie quotidienne extrêmement difficile. De nombreux professionnels qualifiés abandonnent leurs métiers pour se lancer dans des activités commerciales privées, bien que celles-ci soient strictement réglementées.
Le système de rationnement, autrefois pilier de l’approvisionnement, est désormais dysfonctionnel, avec des distributions inexistantes ou accusant des retards considérables. Mais ce sont surtout les coupures d’électricité, pouvant atteindre vingt-deux heures par jour dans les provinces et douze heures à La Havane (à l’exception des zones touristiques et diplomatiques), qui exaspèrent la population et pourraient être à l’origine de troubles.
Le système de santé, autrefois considéré comme un modèle, est également en crise, confronté à un manque criant de matériel médical et de médicaments essentiels. Le paracétamol, un médicament de base, se trouve difficilement, et souvent uniquement sur le marché noir.
Cuba dépend désormais de trois sources d’approvisionnement en pétrole – le Mexique, la Russie et l’Algérie – après la défaillance du Venezuela, qui était autrefois son principal fournisseur en échange de l’envoi de médecins cubains. Cette situation rappelle la « période spéciale » qui a suivi l’effondrement de l’URSS, une époque de grande austérité que beaucoup considèrent comme moins difficile que la situation actuelle, car tous les Cubains ne sont plus logés à la même enseigne.
Le tourisme, qui avait permis au régime de survivre pendant quatre décennies, est également en baisse, en raison des tensions politiques, de la qualité médiocre des services et de la dégradation générale du pays. Malgré la présence de nombreux touristes russes, cela ne suffit pas à compenser l’effondrement du secteur en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord.
Dans les conversations privées, le nom de l’ancien président américain Donald Trump revient souvent. Si le régime a salué la mort de 32 soldats cubains qui protégeaient Nicolás Maduro au Venezuela, une partie de la population aspire à une intervention militaire américaine, malgré les sanctions économiques imposées par Washington qui contribuent aux difficultés quotidiennes. Beaucoup estiment que la responsabilité des pénuries et de la vie chère incombe entièrement au régime communiste, le dernier de la planète avec la Corée du Nord.
Un attachement nostalgique à Fidel Castro persiste chez certains retraités, mais il est moins fort envers son frère Raúl et les dirigeants actuels. Ces derniers touchent des pensions oscillant entre 6 et 10 euros (environ 6,50 à 11 USD) par mois et sont souvent contraints de chercher un emploi, même à un âge avancé.
L’avenir du régime cubain est incertain. La Chine, qui dispose de bases de surveillance des télécommunications américaines à Cuba, pourrait intervenir pour le soutenir, mais ne semble pas disposée à s’engager pleinement ni à provoquer les États-Unis. La question à La Havane n’est plus de savoir si le régime tombera, mais quand et par quoi il sera remplacé, à moins que les dirigeants cubains ne parviennent à un accord avec Washington.
Pendant ce temps, la population souffre, et les façades néocoloniales du Malecón, le célèbre front de mer de La Havane, s’effritent peu à peu, symbolisant la fragilité du régime.