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De nombreux petits gènes augmentent le risque

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Publié le 2024-02-29 14:15:00. Une vaste étude génétique révèle que les troubles anxieux ne sont pas le fruit du hasard, mais sont liés à une vulnérabilité biologique présente dès la naissance, ouvrant de nouvelles perspectives pour la prévention et le traitement.

  • Plus de 359 millions de personnes dans le monde sont touchées par des troubles anxieux, soit plus de 4 % de la population mondiale.
  • La recherche démontre que de multiples variantes génétiques, chacune ayant un faible impact individuel, peuvent collectivement augmenter la susceptibilité à l’anxiété.
  • L’étude établit des liens génétiques entre les troubles anxieux et d’autres affections mentales, comme la dépression et le trouble de stress post-traumatique.

La peur, une émotion fondamentale, joue un rôle essentiel dans notre survie en nous alertant face aux dangers et en nous aidant à évaluer les risques. Cependant, lorsque la peur devient omniprésente, irrationnelle ou incontrôlable, elle peut se transformer en trouble anxieux, affectant profondément la qualité de vie. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 4 % de la population mondiale, soit environ 359 millions de personnes, en souffrent.

Pendant longtemps, les explications concernant l’origine des troubles anxieux se sont concentrées sur des facteurs environnementaux tels que la personnalité, l’éducation ou les événements traumatisants. Mais une nouvelle étude génétique, l’une des plus importantes jamais menées sur le sujet, suggère que la vulnérabilité à l’anxiété pourrait être enracinée dans notre biologie, présente dès la naissance. Cette découverte remet en question les conceptions traditionnelles de la maladie et ouvre la voie à des approches préventives et thérapeutiques innovantes.

Quels gènes sont impliqués dans la peur ?

Les résultats de cette recherche, publiés récemment dans la revue Nature Genetics (étude), sont le fruit d’une collaboration internationale impliquant des équipes des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni et de l’Allemagne, dont l’équipe de l’Hôpital universitaire de Wurtzbourg. Les chercheurs ont analysé les données génétiques de plus de 120 000 personnes diagnostiquées avec des troubles anxieux et celles d’environ 730 000 personnes sans diagnostic correspondant, en intégrant un total de 36 ensembles de données indépendantes.

L’analyse a révélé qu’il n’existe pas un seul « gène de l’anxiété », mais plutôt une multitude de variantes génétiques qui interagissent entre elles. Chacune de ces variantes n’augmente que légèrement le risque, mais leur combinaison peut expliquer pourquoi certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres. Les experts parlent de risque polygénique, c’est-à-dire d’une interaction de nombreux petits effets génétiques.

« Les troubles anxieux et leurs facteurs de risque génétiques sous-jacents ont jusqu’à présent été insuffisamment étudiés »,

John Hettema, professeur à l’Université A&M du Texas

Pourquoi les troubles anxieux sont-ils souvent associés à d’autres problèmes ?

Une découverte particulièrement intéressante concerne le chevauchement avec d’autres troubles mentaux. Les schémas génétiques des troubles anxieux présentent de fortes similitudes avec ceux de la dépression, du trouble de stress post-traumatique et de certains traits de personnalité, comme le névrosisme. Les chercheurs ont également identifié des liens avec les tentatives de suicide.

Ces similitudes génétiques apportent une explication biologique aux observations cliniques. La peur se manifeste rarement de manière isolée. De nombreuses personnes souffrant de troubles anxieux sont également confrontées à plusieurs formes de stress psychologique. L’étude suggère que ces combinaisons ne sont pas le fruit du hasard, mais sont profondément ancrées dans la biologie.

Il est important de souligner que :

  • Les gènes ne déterminent pas si une personne développera un trouble anxieux, mais plutôt sa vulnérabilité.
  • Les facteurs environnementaux, tels que le stress, les traumatismes ou les maladies, restent cruciaux.
  • La constitution génétique explique pourquoi des expériences similaires peuvent avoir des conséquences très différentes d’une personne à l’autre.

Mécanismes d’action connus et nouvelles pistes biologiques

Les chercheurs ont identifié 58 variantes génétiques associées aux troubles anxieux, dont beaucoup étaient jusqu’alors inconnues. Ils ont également confirmé l’implication de gènes impliqués dans la voie de signalisation GABAergique. Le GABA est un neurotransmetteur essentiel dans le cerveau, qui a un effet inhibiteur sur les cellules nerveuses et joue un rôle clé dans la régulation de la peur.

De nombreux médicaments utilisés pour traiter les troubles anxieux agissent sur ce système. La confirmation de ce mécanisme par l’étude génétique renforce la confiance dans les traitements existants et ouvre la voie à de nouvelles approches thérapeutiques ciblant d’autres voies de signalisation biologique.

« Les résultats fournissent la preuve de voies de signalisation moléculaire jusqu’alors inconnues dans le développement de l’anxiété. »

Jürgen Deckert, professeur à l’Université de Wurtzbourg

Pas de tests génétiques, mais de nouvelles opportunités de traitement

Malgré ces résultats détaillés, les chercheurs mettent en garde contre les fausses attentes. Les données ne sont pas adaptées aux tests génétiques visant à diagnostiquer les troubles anxieux, car les effets individuels des gènes sont trop faibles. L’intérêt réside plutôt dans une meilleure compréhension des mécanismes biologiques sous-jacents.

Cette meilleure compréhension peut contribuer à réduire la stigmatisation associée aux troubles anxieux et à améliorer l’accès aux soins. Elle soutient également le développement de thérapies plus ciblées, adaptées aux risques individuels et aux mécanismes biologiques impliqués.

À long terme, ces résultats pourraient permettre d’identifier plus tôt les personnes particulièrement à risque. Thalia Éley, du King’s College de Londres, souligne : « À une époque où l’anxiété est en augmentation chez les jeunes, il est crucial de comprendre ce qui rend les gens biologiquement vulnérables. »

Une recherche de longue date à Wurtzbourg

La participation de l’hôpital universitaire de Wurtzbourg à cette étude s’inscrit dans une longue tradition de recherche sur l’anxiété, la peur et les troubles anxieux. Les équipes médicales, psychologiques et neurobiologiques travaillent en étroite collaboration, soutenues par des programmes de financement nationaux.

Cette approche interdisciplinaire permet de combiner l’expertise clinique avec les avancées de la recherche génétique moderne. L’étude récemment publiée s’appuie sur cette tradition et l’étend à une échelle internationale sans précédent.

Ce que les personnes concernées doivent retenir de l’étude

Pour les personnes souffrant de troubles anxieux, le principal bénéfice de cette étude est une nouvelle perspective sur leur maladie. La peur n’est pas le signe d’une faiblesse ou d’un manque de volonté, mais a des racines biologiques que personne n’a choisies. Cette compréhension peut apporter un soulagement et faciliter l’accès au traitement.

L’étude souligne également l’importance d’une approche globale, tenant compte à la fois de la prédisposition génétique et des facteurs environnementaux. Les thérapies modernes visent à mieux prendre en compte ces différents aspects pour améliorer les résultats.

En résumé :

  • Les troubles anxieux ont des causes biologiques claires : une vaste étude génétique montre que de nombreux petits facteurs génétiques se combinent pour augmenter la susceptibilité, et non un seul « gène de l’anxiété » ou une faiblesse personnelle.
  • Les gènes expliquent également les comorbidités : les schémas génétiques se chevauchent fortement avec la dépression et d’autres troubles mentaux, c’est pourquoi l’anxiété survient rarement seule.
  • La connaissance aide au traitement : les tests génétiques ne conviennent pas au diagnostic, mais une meilleure compréhension des voies de signalisation biologique ouvre de nouvelles approches pour des thérapies plus ciblées et une aide plus précoce.

À lire également : La peur peut apparemment être spécifiquement atténuée dans le cerveau si l’équilibre de certaines cellules nerveuses est rétabli – des expériences montrent à quel point le comportement change en conséquence. Découvrez comment les chercheurs influencent la peur à son point de contrôle biologique dans cet article.

Image : © Freepik

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