Publié le 2024-10-27 14:35:00. Des avancées récentes laissent entrevoir la possibilité de détecter la maladie d’Alzheimer jusqu’à vingt ans avant l’apparition des premiers symptômes, ouvrant la voie à des interventions potentiellement salvatrices pour préserver les fonctions cognitives.
- Des tests sanguins innovants atteignent une précision de plus de 92 % dans la détection précoce de la maladie.
- La recherche identifie une phase « cachée » de la maladie, caractérisée par la perte précoce de neurones inhibiteurs.
- Jusqu’à 45 % des cas de démence pourraient être évités par des modifications du mode de vie.
La maladie d’Alzheimer, responsable de 65 % à 80 % des cas de démence selon le rapport mondial 2024 d’Alzheimer’s Disease International, ne se manifeste pas brutalement. Les dernières découvertes scientifiques révèlent un processus lent et insidieux, débutant bien avant les troubles de la mémoire et du raisonnement qui caractérisent la phase symptomatique.
Les chercheurs de l’Allen Institute for Brain Science décrivent une progression en deux étapes. Une première phase, silencieuse et prolongée, affecte initialement un nombre limité de neurones particulièrement vulnérables. C’est seulement lorsque la maladie entre dans une seconde phase, plus rapide et agressive, que les symptômes cliniques se manifestent.
Au cœur de ce processus pathologique se trouve l’accumulation de deux protéines clés : l’amyloïde, qui forme des plaques entre les cellules nerveuses et perturbe leur communication, et la protéine tau, qui s’accumule à l’intérieur des neurones, contribuant à leur destruction. Une étude récente met en lumière un élément crucial : la perte précoce des neurones inhibiteurs, des cellules essentielles à la régulation de l’activité cérébrale. Ce déséquilibre entre les neurones excitateurs et inhibiteurs pourrait constituer un signal d’alarme précoce, détectable avant même les premiers signes de démence.
L’espoir réside désormais dans le développement de thérapies ciblées, capables de protéger les neurones avant que les dommages ne deviennent irréversibles. Dans cette optique, l’identification de biomarqueurs fiables est primordiale. Une avancée majeure a été réalisée avec la mise au point de tests sanguins capables de détecter une forme spécifique de la protéine tau, la p-tau217. Une équipe internationale de chercheurs a démontré que ce biomarqueur permet de prédire la maladie d’Alzheimer avec une précision allant jusqu’à 92 %, y compris dans sa phase présymptomatique.
Des organisations comme la Société Alzheimer travaillent activement à l’intégration de ces biomarqueurs sanguins dans les systèmes de santé publique, notamment au Royaume-Uni avec le National Health Service (NHS). Cependant, le risque de développer la maladie d’Alzheimer est également influencé par des facteurs génétiques, en particulier la présence de la variante du gène APOE4. Les personnes porteuses de deux copies de cette variante présentent un risque jusqu’à dix fois plus élevé de développer la maladie, bien que la présence du gène ne soit pas une condamnation et son absence ne garantisse pas une protection totale.
Il est important de souligner que jusqu’à 45 % des cas de démence pourraient être évités grâce à des changements de mode de vie. Les spécialistes recommandent notamment de contrôler sa tension artérielle et son cholestérol, de pratiquer une activité physique régulière, de réduire sa consommation d’alcool, d’arrêter de fumer, de gérer son diabète et de corriger les problèmes d’audition et de vision. La santé cardiaque et la santé cérébrale sont étroitement liées, et de bons soins cardiovasculaires peuvent réduire significativement le risque de déclin cognitif.
Les chercheurs insistent sur le fait que la démence ne doit pas être perçue comme une fatalité inéluctable du vieillissement. À l’instar des maladies cardiovasculaires, qui peuvent être prévenues et traitées plus efficacement grâce à une détection et une intervention précoces, la maladie d’Alzheimer pourrait bénéficier d’une approche similaire. Comprendre la phase « cachée » de la maladie et développer des méthodes de diagnostic précoce accessibles pourraient offrir à des millions de personnes la possibilité de vivre plus longtemps en pleine possession de leurs facultés.