Publié le 25 février 2026 à 01:03:00. Un journaliste nord-irlandais, Vincent Kearney, poursuit le PSNI (Police Service of Northern Ireland) et les services de renseignement britanniques devant les tribunaux, alléguant une surveillance systématique de ses activités journalistiques et de ses sources.
- Le MI5 a reconnu avoir accédé illégalement aux données de son téléphone à plusieurs reprises entre 2006 et 2014.
- L’affaire soulève des questions sur la protection des sources journalistiques et la liberté de la presse en Irlande du Nord.
- La BBC exprime sa vive préoccupation face à cette ingérence illégale dans le travail de son ancien employé.
Le journaliste, actuellement rédacteur en chef pour le Nord de RTÉ News, affirme avoir été traité comme un suspect plutôt que comme un professionnel de l’information. Selon lui, cette surveillance a eu un « effet dissuasif » sur sa capacité à exercer son métier et a compromis ses relations avec ses sources.
« Cette affaire a établi que j’étais la cible d’un système systématique et étalé sur des années par les forces de l’ordre accédant illégalement à mes sources journalistiques et cartographiant mon activité professionnelle », a déclaré M. Kearney. « J’ai été traité comme un suspect plutôt que comme un journaliste. Les concessions faites révèlent une illégalité répétée et constante de la part de plusieurs autorités publiques sur une période de plusieurs années. »
L’affaire est examinée par le Tribunal des pouvoirs d’enquête (Investigatory Powers Tribunal), une instance chargée d’enquêter sur les plaintes relatives à la surveillance clandestine. Une partie de l’audience se déroulera à huis clos.
La BBC a exprimé sa « sérieuse préoccupation » quant à l’ampleur de l’ingérence illégale.
« Cela touche au cœur des protections en place pour le journalisme d’intérêt public. Ce qui s’est produit dans ce cas-ci était erroné et ne doit jamais se reproduire. L’indépendance de ce que nous faisons est durement gagnée et c’est quelque chose que nous nous battrons pour protéger – ce qui reflète le rôle vital que joue le journalisme d’intérêt public dans une société libre. »
Porte-parole de la BBC
Cette affaire intervient dans un contexte de préoccupations croissantes concernant la surveillance des journalistes en Irlande du Nord. Un rapport publié l’année dernière a révélé que le PSNI avait illégalement utilisé des pouvoirs secrets à 21 reprises pour tenter d’identifier les sources journalistiques, notamment dans le cadre d’une enquête sur le massacre de Loughinisland en 1994. Les documentaristes Barry McCaffrey et Trevor Birney, impliqués dans un film sur ce massacre, avaient été arrêtés puis libérés, et le Tribunal des pouvoirs d’enquête avait jugé que la police avait agi illégalement en tentant de découvrir leur source.
Amnesty International a souligné l’importance de protéger le droit des journalistes à préserver la confidentialité de leurs sources.
« Le droit d’un journaliste à protéger ses sources est le fondement d’une presse libre et intrépide et est essentiel au droit du public à l’information. Sans cela, le journalisme d’investigation ne peut pas fonctionner. »
Patrick Corrigan, directeur d’Amnesty Irlande du Nord
M. Kearney a appelé à ce que les responsables soient tenus de rendre des comptes et à ce que des mécanismes soient mis en place pour éviter que de tels agissements ne se reproduisent.