Les décès liés à la consommation d’alcool aux États-Unis restent supérieurs aux niveaux d’avant la pandémie, en particulier chez certains groupes d’âge et démographiques, malgré une légère baisse récente. Les nouvelles données soulignent un problème de santé publique persistant, aggravé par un manque de sensibilisation aux risques et des obstacles à l’accès aux soins.
Selon une analyse récente des données du CDC WONDER de 2014 à 2024, les décès directement imputables à l’alcool, tels que les maladies du foie liées à l’alcool, ont augmenté progressivement avant 2020, ont connu un pic pendant la pandémie, puis ont légèrement diminué. En 2024, ils demeurent néanmoins 50 % plus élevés qu’il y a dix ans et 20 % plus élevés qu’en 2019.
Les disparités démographiques sont marquées. En 2024, les décès liés à l’alcool étaient les plus fréquents chez les adultes de 45 à 64 ans, les Amérindiens et les Autochtones de l’Alaska (AIAN), et les hommes. Les AIAN présentent un taux de mortalité lié à l’alcool plus de quatre fois supérieur à celui des Blancs, bien que le nombre total de décès soit plus élevé parmi cette dernière population.
L’analyse révèle également des variations importantes d’un État à l’autre. En 2024, le taux de mortalité variait de 6,1 pour 100 000 habitants dans le New Jersey à 35,9 pour 100 000 au Nouveau-Mexique. La plupart des États affichent des taux supérieurs à ceux de 2019, avec des augmentations particulièrement notables dans le Mississippi (+80 %) et le Dakota du Sud (+63 %).
Il est important de noter que ces chiffres ne représentent qu’une partie du problème. Lorsque l’alcool est considéré comme un facteur contributif, même non sous-jacent, le nombre total de décès augmente considérablement, atteignant 93 118 en 2024. Selon cette définition plus large, les décès liés à l’alcool dépassent désormais ceux liés aux surdoses d’opioïdes (55 535 décès).
Malgré la gravité de la situation, seuls 7,6 % des personnes de 12 ans et plus souffrant d’un trouble lié à la consommation d’alcool (TCA) ont reçu un traitement en 2022. Seulement 2,1 % d’entre elles ont bénéficié d’un traitement médicamenteux fondé sur des données probantes. Les obstacles à l’accès aux soins incluent un manque de confiance ou de connaissances des prestataires, une faible sensibilisation du public aux risques, et des contraintes financières et logistiques.
Par ailleurs, moins de 40 % des adultes américains savent que l’alcool est cancérigène, alors que plus de 90 % connaissent le lien entre le tabac et le cancer. Cette faible sensibilisation contribue à la sous-estimation des risques et à la difficulté de mettre en œuvre des stratégies de prévention efficaces.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) a récemment publié ses nouvelles Directives diététiques pour les Américains (DGA) pour 2025-2030, abandonnant les recommandations de plafonds quotidiens spécifiques pour la consommation d’alcool au profit d’un conseil plus général : « boire moins pour une meilleure santé globale ». Cette approche, bien qu’elle vise à réduire les risques, pourrait rendre plus difficile l’identification des personnes nécessitant un dépistage ou un traitement.