Des chercheurs canadiens ont identifié le mécanisme précis qui, dans de très rares cas, conduit à la formation de caillots sanguins et de saignements potentiellement mortels après la vaccination avec des vaccins à adénovirus, comme ceux d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson. Cette découverte ouvre la voie à des stratégies pour améliorer la sécurité de ces vaccins, largement utilisés dans le monde.
L’équipe de l’Université McMaster, au Canada, a publié ses conclusions dans la prestigieuse revue New England Journal of Medicine le 11 mai. Leur travail porte sur la « thrombocytopénie et thrombose immunitaires induites par le vaccin » (VITT), un effet secondaire exceptionnel survenu chez certaines personnes vaccinées contre la COVID-19.
Selon les données disponibles, environ une personne sur 200 000 vaccinées avec un vaccin à adénovirus développe cette complication. Les chercheurs ont découvert que la protéine de l’adénovirus, utilisée comme vecteur pour délivrer l’information génétique du vaccin, peut interagir avec une mutation spécifique des cellules B, des éléments clés du système immunitaire.
Cette interaction conduit à la production d’anticorps qui se fixent sur une protéine impliquée dans la coagulation sanguine, la PF4. « L’anticorps mutant, qui a une forte charge négative, se combine facilement avec la protéine PF4, qui a une forte charge positive, et les plaquettes activées », expliquent les chercheurs. L’activation des plaquettes libère alors davantage de PF4, déclenchant une réaction en chaîne qui provoque la formation de caillots et, paradoxalement, une diminution des plaquettes disponibles, entraînant des saignements incontrôlables.
Pour confirmer leur hypothèse, l’équipe a reproduit en laboratoire les anticorps problématiques issus de 21 patients atteints de VITT et a observé qu’ils pouvaient induire des symptômes similaires chez des souris. En modifiant un acide aminé spécifique dans ces anticorps, ils ont pu réduire significativement la formation de caillots.
Les recherches ont également révélé que les patients atteints de VITT avaient souvent déjà été exposés à un adénovirus, ce qui suggère que leurs cellules B étaient prédisposées à réagir à la protéine pVII de ce virus.
L’Agence européenne des médicaments (EMA) a recensé environ 900 cas de VITT en Europe après l’administration des vaccins AstraZeneca ou Johnson & Johnson, dont 200 ont été fatals. Malgré ces rares complications, plus de 3 milliards de doses du vaccin AstraZeneca ont été administrées à travers le monde, contribuant à sauver de nombreuses vies.
Les vaccins à adénovirus présentent l’avantage d’être peu coûteux à produire et de ne pas nécessiter de chaîne du froid complexe, ce qui facilite leur distribution. Ils sont également en cours de développement pour d’autres maladies infectieuses, telles qu’Ebola, le paludisme et le virus Nipah. Les scientifiques espèrent que ces nouvelles connaissances permettront de prévenir l’apparition de la VITT avec les futures générations de vaccins à adénovirus et d’accroître leur sécurité globale.