Munich s’apprête à vibrer au rythme d’un affrontement attendu, mais loin des simplifications médiatiques. Le « Klassiker » entre le Bayern Munich et le Borussia Dortmund, bien que spectacle sportif de premier plan, ne correspond pas à une rivalité acharnée comparable aux grandes empoignades européennes. Une analyse nuancée s’impose pour comprendre la singularité de cette rencontre.
Certes, la confrontation entre le Bayern Munich et le Borussia Dortmund s’impose comme le rendez-vous phare de la Bundesliga aux yeux du monde entier. Elle met aux prises deux géants du football allemand, les clubs les plus suivis de la République Fédérale. Les matchs, souvent animés, comme en témoignent les scores de parité de la saison passée, offrent un aperçu fascinant du meilleur du football outre-Rhin, devant des tribunes pleines à craquer.
Cependant, réduire ce duel à une simple opposition « clash des titans » serait une erreur. Ce n’est ni la rivalité par excellence qui oppose le Real Madrid à Barcelone, le Celtic à Rangers, ou Galatasaray à Fenerbahçe. Les supporters du Bayern ne nourrissent pas une obsession quotidienne pour le BVB, et vice-versa pour les fans de Dortmund à l’égard du « Rekordmeister » (club recordman des titres). Certains iraient même jusqu’à qualifier de rivalité le fait de parler de cette opposition, bien qu’il s’agisse indubitablement d’un « Spitzenduell » (duel au sommet).
La montée en puissance de cette affiche remonte aux années 1990, lorsque le Bayern, alors moins dominant qu’aujourd’hui, faisait face à la concurrence industrielle de l’Ouest sous l’impulsion d’Ottmar Hitzfeld, qui rejoindra plus tard le club bavarois. À cette époque, les joueurs ne considéraient pas ce match comme une rencontre d’une importance capitale par rapport aux autres.
L’apogée de cette confrontation se situe sans doute sous la houlette de Jürgen Klopp au Borussia Dortmund. Les titres de champion d’Allemagne remportés par Dortmund en 2011 et 2012 ont ajouté une tension particulière, culminant avec la finale de la Ligue des Champions 100% allemande en 2013 à Wembley, où le Bayern s’était imposé dans un match haletant.
Depuis 2012, le Borussia Dortmund court après un nouveau titre de champion, un échec particulièrement cuisant en 2023, où le club a laissé échapper la victoire finale au profit du Bayern lors de la dernière journée, malgré un avantage conséquent. Au cours des deux dernières saisons, bien que restant le match le plus regardé de la « Oberhaus » (première division allemande), le « Klassiker » a été éclipsé sur le plan sportif par les rencontres entre le Bayern et le Bayer Leverkusen, champion 2024.
Cette saison, l’ordre établi semble à nouveau bouleversé. Sous la direction de Vincent Kompany, le Bayern Munich affiche une force impressionnante, posant la question de savoir si une équipe pourra rivaliser avec eux en Bundesliga. Les six premières journées suggèrent que le Borussia Dortmund pourrait être le seul véritable challenger au titre. Bien que leur qualité collective soit inférieure à celle du Bayern, les hommes de Niko Kovac font preuve d’une ténacité et d’une solidité défensive qui pourraient leur permettre, lors d’une excellente journée, de briser le bilan immaculé du Bayern toutes compétitions confondues.
Une idée reçue tenace veut que le Bayern batte systématiquement Dortmund, surtout à domicile. Pourtant, les deux dernières visites du BVB à Munich se sont soldées par une victoire 2-0 et un match nul 2-2, ce dernier étant largement mérité alors que Dortmund luttait pour une place en Ligue des Champions. Samedi, le Bayern sera néanmoins le favori incontestable, fort de dix victoires consécutives en matchs officiels cette saison et 38 buts marqués.
Les quelques lacunes de la première campagne de Kompany à la tête du club ont été corrigées, rendant difficile la détection d’un point faible. Même privés de Jamal Musiala, Alphonso Davies et Hiroki Ito, et avec un Thomas Müller moins central, le Bayern impressionne par son amélioration globale. Harry Kane, avec ses 11 buts en six matchs de championnat, est sur la bonne voie pour battre le record de Robert Lewandowski (41 buts). Sa polyvalence, sa capacité à délivrer des passes longues et à redescendre pour organiser le jeu ajoutent une dimension supplémentaire.
Il est également pertinent de souligner l’amélioration des statistiques collectives du Bayern en termes de distance parcourue et de sprints. Il est rare que l’équipe possédant le plus le ballon soit aussi celle qui court le plus, une catégorie généralement dominée par les équipes axées sur le « gegenpressing » (jeu contre le ballon). Le Borussia Dortmund ne pratique pas un pressing très haut, et il est probable que leur défense à trois adoptera une tactique similaire à l’Allianz Arena, cherchant à exploiter les « Umschaltmomente » (moments de transition) grâce à la vitesse de Karim Adeyemi et au leadership naturel de Serhou Guirassy.
Cette rencontre ne nécessite pas d’artifices superflus. Elle oppose un Bayern Munich parfait à un Dortmund invaincu, le premier contre le second, deux équipes lancées sur une trajectoire de collision pour un duel passionnant. Les mots allemands « richtungsweisend » (qui montre la voie à suivre) semblent tout indiqués pour décrire l’enjeu de ce match.