Home Santé Des chercheurs allemands découvrent un anticorps efficace contre le VIH – DW – 14 octobre 2025

Des chercheurs allemands découvrent un anticorps efficace contre le VIH – DW – 14 octobre 2025

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Publié le 2025-10-14 17:00:00. Une équipe de chercheurs de l’hôpital universitaire de Cologne a identifié un anticorps prometteur, le 04_A06, capable de neutraliser une large majorité des variants du VIH. Cette découverte pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies de traitement et de prévention contre le virus qui a causé 44 millions de décès depuis son apparition.

Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) continue de représenter un défi majeur pour la santé mondiale. Bien que les progrès en matière d’éducation et de prévention aient permis de réduire le nombre de décès, la maladie, le SIDA, a tout de même coûté la vie à environ 630 000 personnes en 2024. Dans ce contexte, l’espoir d’une avancée thérapeutique majeure est ravivé par la découverte d’un nouvel anticorps potentiellement révolutionnaire.

Plus de 800 anticorps passés au crible

Les travaux de recherche, menés par une équipe dirigée par Florian Klein, directeur de l’Institut de virologie, se sont concentrés sur l’analyse d’échantillons sanguins prélevés sur 32 individus. Ces personnes, toutes infectées par le VIH, présentaient une réponse immunitaire exceptionnelle caractérisée par la production d’anticorps particulièrement puissants et polyvalents, capables de neutraliser le virus sans recours à un traitement.

En laboratoire, plus de 800 anticorps différents issus de ces échantillons ont été testés pour leur capacité à inhiber le VIH. Parmi eux, un anticorps baptisé 04_A06 s’est distingué par son efficacité remarquable. Il agit en bloquant le site d’attachement du virus aux cellules humaines, empêchant ainsi l’infection. Le VIH, une fois entré dans une cellule, la détourne pour se multiplier, affaiblissant progressivement le système immunitaire.

Ce mécanisme est naturel : dans le système immunitaire, les lymphocytes B, lorsqu’ils rencontrent un pathogène, se transforment en plasmocytes qui sécrètent des anticorps. L’anticorps 04_A06 se forme de cette manière. Les chercheurs sont parvenus à décoder sa structure et à le reproduire artificiellement.

« Vous n’êtes donc pas obligé de prélever du sang sur les patients encore et encore, mais vous introduisez ce modèle dans une autre cellule et lui dites : s’il vous plaît, produisez cette protéine, c’est-à-dire cet anticorps. »

Florian Klein, directeur de l’Institut de virologie

Une personne se pique le doigt avec une seringue et l'emballage d'un autotest VIH se trouve devant lui
Analyse sanguine à domicile : les autotests VIH sont désormais disponibles dans de nombreux pays. (Image : ALICE/BSIP/IMAGO)

04_A06 : un allié potentiel pour le traitement et la prévention

Les expériences menées sur des souris dotées de systèmes immunitaires humains et infectées par le VIH ont démontré la capacité de l’anticorps 04_A06 à neutraliser la quasi-totalité des virus VIH testés, y compris des variants déjà résistants à d’autres traitements. Au total, près de 340 souches du virus ont été analysées.

« Les virus sont très diversifiés, ce qui rend le traitement du VIH particulièrement complexe en raison de leur grande diversité génétique », explique Florian Klein. L’anticorps nouvellement découvert a réussi à neutraliser 98 % des variants viraux étudiés.

Cette prouesse confère à 04_A06 un potentiel thérapeutique significatif pour les personnes déjà infectées par le VIH. En bloquant l’accès du virus aux cellules, il agit comme une barrière. « Il se positionne sur le récepteur du virus, l’empêchant ainsi d’infecter la cellule cible », précise le chercheur. De plus, les virus porteurs d’anticorps sont plus facilement reconnus et éliminés par le système immunitaire.

L’anticorps 04_A06 pourrait également offrir une protection préventive contre l’infection. Il agirait alors comme un agent de surveillance dans l’organisme, interceptant le virus avant qu’il ne puisse infecter les cellules.

L’absence de vaccin contre le VIH, un défi persistant

L’anticorps 04_A06 pourrait ainsi constituer une forme d’immunisation dite passive, distincte de la vaccination qui vise une immunisation active où l’organisme produit lui-même ses défenses. À ce jour, aucun vaccin efficace contre le VIH n’existe.

Des recherches sont en cours pour développer des vaccins à ARNm, dont l’objectif est de stimuler le système immunitaire à produire une réponse anticorps contre le virus. Cependant, ces approches n’ont été validées que sur des variants spécifiques du VIH.

Actuellement, divers médicaments, sous forme de comprimés ou d’injections, sont utilisés comme prophylaxie pour prévenir les infections par le VIH, avec un succès notable. Toutefois, les comprimés requièrent une prise quotidienne, tandis que les préparations à libération prolongée, comme celles à base de lénacapavir, bien qu’approuvées aux États-Unis et dans l’Union européenne, ne sont pas encore largement accessibles.

Une main tient une petite bouteille contenant l'ingrédient actif lenacapavir
Prophylaxie du VIH à effet de libération prolongée : le principe actif lénacapavir est désormais également autorisé dans l’UE. (Photo : Nardus Engelashern / AP / Picture Alliance)

L’approche par prophylaxie à anticorps, telle que proposée avec 04_A06, pourrait offrir une alternative alléchante. « Vous pourriez vous passer de comprimés, car vous auriez une probabilité de plus de 90 % qu’une infection soit évitée », explique Florian Klein, envisageant une administration trimestrielle de l’anticorps.

Un anticorps unique pour une efficacité accrue

Bien que d’autres anticorps largement neutralisants contre le VIH aient été découverts, le 04_A06 se distingue par sa puissance exceptionnelle. Alexandra Trkola, directrice de l’Institut de virologie médicale de l’Université de Zurich, salue les résultats de Cologne, soulignant que cet anticorps pourrait atteindre à lui seul une efficacité comparable à celle de combinaisons d’anticorps.

La notion de « puissance » ici renvoie à la capacité de quelques anticorps à exercer un effet significatif même en faible concentration. Ceci est crucial pour un éventuel médicament injectable, où la quantité administrée sera limitée. « S’injecter 20 fois ne serait pas seulement très désagréable. Le médicament serait alors très coûteux à produire », justifie Klein.

Un long chemin avant le médicament anti-SIDA

Cependant, la transformation du 04_A06 en un médicament commercialisable nécessitera encore du temps. Christoph Spinner, chef de l’infectiologie à la clinique Rechts der Isar de l’Université technique de Munich (TUM), rappelle que l’étude actuelle repose sur des données de laboratoire. « L’efficacité ne peut donc pas être directement transférée dans la vie réelle », met-il en garde, soulignant la nécessité d’études cliniques approfondies pour évaluer le dosage, la tolérabilité et l’efficacité de l’anticorps.

Alexandra Trkola partage cet avis, tout en reconnaissant le potentiel prometteur de la découverte. « Il n’est pas encore possible de prédire si l’anticorps s’avérera efficace en clinique », admet-elle, concluant que « les signes sont définitivement encourageants. »

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