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Des décennies de consommation d’alcool modifient l’activité des gènes dans le cerveau

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Publié le 9 février 2026 à 18h40. Des recherches menées en Espagne révèlent que des décennies de consommation d’alcool entraînent des modifications profondes de l’activité génétique dans le cerveau, ouvrant de nouvelles pistes pour comprendre et traiter la dépendance.

  • La consommation chronique d’alcool modifie l’expression des gènes liés au système endocannabinoïde, un réseau de signalisation cérébrale impliqué dans l’humeur, le stress et la mémoire.
  • L’activité du récepteur CB1, associé au renforcement des comportements addictifs, est significativement accrue dans certaines zones du cerveau des personnes dépendantes à l’alcool.
  • L’activité du récepteur CB2, aux fonctions neuroprotectrices, est quant à elle diminuée, suggérant une vulnérabilité accrue du cerveau aux dommages liés à l’alcool.

Des chercheurs de l’Université Miguel Hernández d’Elche (UMH) ont publié une étude approfondie sur les effets à long terme de l’alcool sur le cerveau. Leur travail, basé sur l’analyse de tissus cérébraux post-mortem, permet de mieux cerner les mécanismes biologiques sous-jacents à la dépendance alcoolique et d’identifier de potentielles cibles thérapeutiques.

L’étude s’est concentrée sur le système endocannabinoïde (SEC), un réseau complexe de messagers chimiques et de récepteurs présents dans tout le corps, et particulièrement actif dans le cerveau. Ce système joue un rôle crucial dans la régulation de nombreuses fonctions, notamment l’humeur, la réponse au stress et les capacités mnésiques.

« La dépendance à l’alcool est l’une des principales causes de morbidité et de mortalité dans le monde. Cependant, malgré son impact social et sanitaire considérable, les options de traitement restent limitées. Comprendre les changements qui se produisent dans le cerveau après des décennies de consommation d’alcool est essentiel pour développer des traitements plus efficaces. »

Chercheurs de l’Université Miguel Hernández d’Elche

Les chercheurs ont analysé les tissus cérébraux de personnes décédées après avoir consommé de l’alcool de manière chronique pendant une moyenne de 35 ans. L’absence de consommation d’autres drogues chez ces individus a permis d’isoler spécifiquement les effets de l’alcool.

« Cette approche nous fournit une image beaucoup plus claire de la manière dont l’alcool seul modifie l’expression des gènes dans les régions du cerveau centrales à la dépendance. »

Chercheurs de l’Université Miguel Hernández d’Elche

L’étude a révélé des modifications significatives de l’activité génétique des récepteurs CB1 et CB2, deux composants clés du système endocannabinoïde. Dans le cortex préfrontal et le noyau accumbens – des zones du cerveau impliquées dans la dépendance – l’expression du gène du récepteur CB1 était significativement plus élevée chez les personnes alcooliques chroniques. À l’inverse, l’activité génétique du récepteur CB2 était significativement plus faible dans ces mêmes régions.

« CB1 est étroitement lié au renforcement des comportements addictifs et au risque de rechute. »

Chercheurs de l’Université Miguel Hernández d’Elche

« Comme CB2 possède des fonctions neuroprotectrices et anti-inflammatoires, sa réduction suggère un affaiblissement des mécanismes de défense du cerveau contre les dommages liés à l’alcool. »

Chercheurs de l’Université Miguel Hernández d’Elche

Les chercheurs ont également observé des modifications du récepteur GPR55, un récepteur orphelin dont le rôle dans la dépendance à l’alcool était jusqu’alors peu connu. Chez les personnes ayant consommé de l’alcool de manière chronique, l’activité de ce récepteur était légèrement augmentée dans le cortex préfrontal, mais significativement diminuée dans le noyau accumbens. Cette observation est une première dans le contexte de la dépendance alcoolique.

Selon les scientifiques, ces découvertes pourraient expliquer pourquoi les anciens alcooliques présentent un risque accru de rechute et des difficultés à contrôler leurs impulsions. Une meilleure compréhension des mécanismes moléculaires impliqués dans la dépendance à l’alcool pourrait conduire au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques plus efficaces.

Sources :

Étude publiée dans la revue spécialisée Addiction, doi : 10.1111/add.70293

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