Publié le 2025-11-07 14:05:00. La région Asie-Pacifique est en première ligne face aux dérèglements climatiques, aux conflits pour les ressources et aux catastrophes environnementales, avec des conséquences dévastatrices pour ses populations. Alors que la 30e Conférence des parties (COP30) approche, la nécessité d’une action climatique concrète et d’une justice environnementale accrue se fait sentir avec une urgence grandissante.
- L’Asie-Pacifique subit de plein fouet les effets du changement climatique, avec des millions de personnes touchées et des milliers de morts depuis 1970.
- La région devient un foyer majeur de migration internationale, exacerbé par l’instabilité et les catastrophes naturelles.
- La COP30 doit transformer les promesses climatiques en actions tangibles, renforcer le multilatéralisme et ancrer l’action climatique dans la vie quotidienne des citoyens.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2023 et 2024, des centaines de milliers de familles ont été affectées, s’ajoutant aux plus de deux millions de décès liés aux catastrophes enregistrés dans la région depuis 1970, soit 60 % du total mondial. Les dix premiers mois de 2024 ont vu près de 6 000 morts suite à plus de 140 catastrophes, principalement des inondations, des cyclones, des vagues de chaleur et des séismes. Sur la période 1970-2022, la région a vu en moyenne 132 millions de personnes touchées chaque année, un chiffre dix fois supérieur à celui du reste du monde (22 millions). L’intensification des événements météorologiques extrêmes exacerbe l’insécurité et alimente les conflits armés, particulièrement dans les zones déjà fragilisées par une gouvernance défaillante et des troubles sociaux.
Avec 4,8 milliards d’habitants, soit 60 % de la population mondiale, l’Asie-Pacifique est également une source majeure de migration internationale, représentant plus de 40 % des migrants mondiaux. L’année 2024 a été particulièrement meurtrière pour les migrants dans la région, avec au moins 2 514 décès recensés sur des routes migratoires périlleuses. Les groupes les plus vulnérables, tels que les Rohingyas fuyant le Myanmar et les Afghans, sont les plus durement touchés.
De la parole aux actes : la mission de la COP30
La prochaine Conférence des parties (COP30) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques aura pour objectif principal de passer des engagements à la mise en œuvre concrète. Il s’agira de renforcer le multilatéralisme, de relier l’action climatique aux réalités vécues par les populations et de honorer les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris. Ce sommet mondial appelle à une coopération internationale renforcée tout en donnant aux communautés locales les moyens de bâtir leur résilience.
En prévision de la COP30, plusieurs pistes s’ouvrent pour l’Asie-Pacifique afin de progresser vers la résilience climatique, l’équité et le développement durable.
L’amélioration de l’adaptation et de la résilience des communautés constitue une priorité. L’intégration d’initiatives d’adaptation locales, telles que la restauration des écosystèmes de mangroves et des zones riveraines, permet de protéger les littoraux, de réduire les risques de catastrophes et de préserver la biodiversité. Ces actions sont souvent menées par des groupes de femmes, des collectifs de jeunes et des communautés autochtones.
Il est également crucial d’étendre les systèmes d’alerte précoce pour les communautés vulnérables face aux aléas naturels comme les cyclones, les tsunamis et les crues des lacs glaciaires. L’anticipation est d’autant plus nécessaire que le changement climatique rend de nouvelles zones vulnérables. Des abris adéquats, pourvus en nourriture et en produits essentiels, sont également indispensables pour faire face aux crises.
Investir dans des secteurs résilients au climat devient impératif. Cela inclut l’agriculture résiliente aux inondations, la sécurisation des moyens de subsistance, le développement des infrastructures d’énergies renouvelables et l’amélioration de la planification urbaine face à une urbanisation rapide. Une attention particulière doit être portée aux modes de vie traditionnels et durables, comme le pastoralisme, la pêche et l’agriculture, dont les services écosystémiques doivent être reconnus et rémunérés équitablement.
Enfin, le renforcement du financement climatique sera déterminant pour le développement durable de la région. Les négociations préparatoires à la COP30 se concentrent sur la feuille de route Bakou-Belem, visant à mobiliser au moins 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour les pays en développement, afin d’atteindre le nouvel objectif de financement climatique.
Relier les enjeux locaux aux agendas mondiaux
La région Asie-Pacifique joue un rôle central dans la définition de l’agenda climatique mondial. Elle contribue à éclairer les priorités de la COP30 et à accélérer les progrès vers les objectifs de développement durable.
La COP30 représente une opportunité clé pour les pays de présenter des plans climatiques plus ambitieux pour 2035, alignés sur l’objectif de 1,5°C de l’Accord de Paris. Les initiatives régionales aident les pays à intégrer les priorités d’adaptation, notamment dans le secteur agricole, dans leurs stratégies nationales.
Sans politiques solides de justice climatique au niveau national, axées sur la résilience, la préparation et une indemnisation adéquate des pertes et dommages, la fixation de ces objectifs risque de rester lettre morte.
Un programme pour la justice climatique
La justice climatique redéfinit le changement climatique comme une question multidimensionnelle intégrant des aspects sociaux, éthiques et juridiques, au-delà de la seule préoccupation environnementale. Cette perspective met l’accent sur la protection des droits humains, particulièrement pour les populations les plus vulnérables.
De récentes discussions ont souligné les défis des accords de transition juste, regrettant que les intérêts des entreprises aient souvent sapé ces efforts, négligeant des facteurs critiques tels que la classe sociale, la caste, le genre et l’origine ethnique.
Les communautés marginalisées sont touchées de manière disproportionnée, subissant les pressions accrues d’industries perpétuant des pratiques énergétiques polluantes. Pour assurer une transition équitable hors des énergies fossiles, il est essentiel d’impliquer les minorités ethniques et les peuples autochtones dans les processus décisionnels, en veillant à ce que leurs besoins et les conséquences de la transition soient reconnus et pris en compte.
Les gouvernements, organisations et militants doivent œuvrer pour les résultats suivants lors de la COP30 :
- Pour répondre efficacement à la crise climatique, le financement climatique doit être accru et fourni sous forme de subventions, plutôt que de prêts conditionnels. La priorité doit être donnée aux communautés les plus vulnérables : femmes rurales productrices, éleveurs, pêcheurs, travailleurs informels urbains, qui sont les plus affectés par le changement climatique.
- Des engagements clairs en matière d’indemnisation des pertes et dommages sont nécessaires, rendant les grands pollueurs responsables de leurs responsabilités historiques. Le Nord doit offrir une compensation équitable aux communautés autochtones et locales souffrant des impacts du changement climatique, reconnaissant que les plus touchés sont souvent les moins responsables de la dégradation environnementale.
- Le lien entre changement climatique et conflits doit être reconnu, car une mauvaise gouvernance, les inégalités et la raréfaction des ressources peuvent alimenter les migrations et exacerber les tensions.
- La souveraineté alimentaire doit être promue par le soutien à l’agroécologie paysanne et à d’autres modèles de production et de distribution durables, comme alternatives viables aux systèmes alimentaires industriels. Les initiatives locales devraient autonomiser les femmes et les petits agriculteurs, avec un soutien inconditionnel des ressources nationales et internationales.
- Les gouvernements doivent améliorer les budgets agricoles et sauvegarder les systèmes semenciers locaux, en respectant le principe du consentement libre, préalable et éclairé des petits producteurs et consommateurs.
- Favoriser l’adaptation communautaire en impliquant les jeunes, les femmes et les leaders communautaires des zones vulnérables pour restaurer la santé écologique des écosystèmes fragiles (littoraux, collines). Cela peut inclure la restauration des mangroves, la plantation d’espèces indigènes et la promotion de moyens de subsistance traditionnels et durables.
- Renforcer la résilience des communautés au-delà des infrastructures en augmentant le financement de la réduction des risques de catastrophe (RRC) dans les budgets publics et internationaux. Tous les investissements, privés comme publics, doivent être éclairés par des évaluations des risques et conçus pour être résilients. Les programmes actuels négligent souvent des aspects critiques de la résilience communautaire au-delà des infrastructures physiques, tels que les moyens de subsistance alternatifs, l’indemnisation des journées de travail perdues, les systèmes d’alerte précoce communautaires et les garanties d’emploi pendant les périodes creuses.
- Le Nord comme le Sud, ainsi que les financiers des secteurs pétrolier, gazier et charbonnier, doivent cesser toute nouvelle exploration de combustibles fossiles. Les gouvernements devraient prioriser un programme de souveraineté axé sur l’élimination progressive des combustibles fossiles et sur une transition énergétique juste. Les droits des femmes, des peuples autochtones et de leurs communautés à donner un consentement libre, préalable, éclairé et continu concernant les projets d’extraction et de combustion de combustibles fossiles sur leurs territoires doivent être respectés, avec une compensation équitable pour toute perte ou tout dommage subi.
Pour permettre une transition rapide vers une société plus équitable et respectueuse de l’environnement, il est nécessaire d’adopter des concepts tels que la suffisance énergétique pour tous, la souveraineté énergétique et la démocratie énergétique. Promouvoir les technologies énergétiques gratuites, considérer l’énergie comme un bien commun et œuvrer pour une énergie 100 % renouvelable via des initiatives communautaires et des solutions à faible impact sont des étapes essentielles de cette transformation.
Le Nord doit mettre fin au « colonialisme des déchets » en cessant le déversement de déchets dans le Sud et en excluant l’incinération des déchets de ses plans d’action climatiques. L’expansion de la pétrochimie doit être stoppée, la production de plastique réduite et les plastiques et emballages à usage unique éliminés progressivement dans tous les secteurs. Les investissements devraient se concentrer sur la réduction des déchets et sur des systèmes d’économie circulaire zéro déchet, tout en tenant les entreprises polluantes responsables de leurs contributions à la pollution plastique et au réchauffement climatique, conformément au principe du « pollueur-payeur ».
Debabrat Patra est directrice associée et responsable humanitaire chez ActionAid Association India. Les opinions exprimées sont personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de l’organisation ou de Terre à terre.