Publié le 14 février 2024 08h36. Le secteur bancaire néerlandais est en pleine restructuration, avec des milliers d’emplois menacés par des plans d’économies et l’essor de l’intelligence artificielle. Ces suppressions d’effectifs interviennent malgré des bénéfices records pour certaines institutions financières.
- Plus de 5 000 postes vont être supprimés chez ABN AMRO entre 2024 et 2028.
- ING prévoit de réduire ses effectifs de près de 1 000 personnes d’ici fin 2026.
- La Banque centrale néerlandaise (DNB) entend réaliser des économies allant jusqu’à 10 % dans les années à venir.
Une vague de restructurations secoue le paysage bancaire néerlandais. ABN AMRO prévoit de se séparer de plus de 5 000 collaborateurs entre 2024 et 2028, tandis qu’ING entend supprimer près de 1 000 emplois d’ici la fin de l’année 2026. Même ASN, qui fusionne avec SNS et BLG Wonen, est concernée par ces réductions d’effectifs.
La Banque centrale néerlandaise (DNB) a également annoncé son intention de réduire ses dépenses, avec une cible d’économies allant jusqu’à 10 % dans les prochaines années. Le nombre exact de postes qui seront supprimés reste pour l’instant inconnu. Ces mesures interviennent alors que plusieurs banques, dont ING, ABN AMRO et Triodos, ont récemment fait état de bénéfices nets considérables l’année dernière.
Selon Frank Eskes, conseiller en marché du travail à l’agence de prévoyance sociale UWV, ces réorganisations sont principalement motivées par une volonté de réduire les coûts. « Chaque restructuration a sa propre raison, mais la similitude la plus importante est que les banques se concentrent sur la réduction des coûts », explique-t-il. Il souligne que les suppressions d’emplois sont une constante dans le secteur bancaire, et que les précédentes vagues de restructurations étaient déjà axées sur l’automatisation.
L’intelligence artificielle (IA) est désormais au cœur des discussions, mais M. Eskes nuance son rôle. « Les banques investissent massivement dans l’IA et l’automatisation pour réaliser ces économies. L’IA pourrait être en mesure d’effectuer les tâches des personnes travaillant dans des services de soutien, tels que les services de contact client et de lutte contre le blanchiment d’argent », précise-t-il. La question de savoir si l’IA est réellement capable de remplacer l’humain reste cependant ouverte.
L’UWV constate d’ailleurs une augmentation plus rapide du nombre de personnes bénéficiant d’allocations de chômage dans le secteur financier. « Pour un certain nombre de professions spécifiques telles que l’analyste CDD et l’agent de contact client, le taux de chômage augmente encore plus vite », indique l’agence. L’UWV s’attend à ce que cette tendance se poursuive dans les années à venir, malgré la création de certains emplois, notamment dans le secteur informatique.
Ces restructurations suscitent une inquiétude croissante parmi les salariés, selon le syndicat CNV. « Les salariés voient disparaître des milliers d’emplois dans le secteur financier. Des réorganisations ont lieu presque partout ou des réorganisations sont encore en cours », déclare Erik Maas, représentant de CNV. Il cite les grandes banques, mais aussi l’assureur Achmea et l’organisme de retraite APG comme des entreprises où le personnel est touché.
Une enquête menée par CNV révèle que de nombreux salariés sont préoccupés par leur emploi et craignent de devoir quitter le secteur financier.
« Ce que nous constatons très clairement dans les réponses, c’est le double agenda entourant l’utilisation de l’IA. Les employés disent : elle est désormais présentée par la direction comme un outil pour faire notre travail mieux et plus rapidement, mais l’objectif ultime est principalement de réduire les coûts et de supprimer des emplois. Nous tuons nos propres emplois. »
Erik Maas, CNV
M. Maas souligne qu’il n’est pas forcément facile pour les salariés de se reconvertir dans d’autres secteurs. « Cela nécessite une reconversion et signifie également renoncer aux bonnes conditions de travail actuelles », explique-t-il. Il plaide pour des mesures d’accompagnement, telles que des programmes de départ volontaire et un soutien individuel.
M. Eskes nuance ces propos, soulignant que l’IA pourrait également créer de nouveaux emplois.