Home Accueil Des milliers de personnes prises au piège dans le siège d’El Fasher sont « à la limite de la survie », selon un rapport | Développement mondial

Des milliers de personnes prises au piège dans le siège d’El Fasher sont « à la limite de la survie », selon un rapport | Développement mondial

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La ville soudanaise d’El Fasher, en proie à un siège dévastateur depuis 549 jours, est désormais classée « inhabitable ». De nouvelles données révèlent une destruction massive des habitations et des niveaux critiques de malnutrition parmi les 250 000 habitants piégés au cœur de cette enclave assiégée par les Forces de soutien rapide (FSR). Ces forces paramilitaires tentent d’arracher aux mains de l’armée le dernier bastion de l’ouest du Soudan, intensifiant depuis des semaines les attaques d’artillerie et de drones.

Des témoignages recueillis auprès de près de 900 personnes ayant réussi à fuir la ville, confrontées à une violence omniprésente, des maisons détruites et des pénuries drastiques de nourriture et d’eau, dressent un tableau effroyable. « À El Fasher, je sens la mort plutôt que la vie et l’espoir », confie une femme, résumant le désespoir qui règne.

Selon une étude menée le mois dernier par MedGlobal, une organisation médicale humanitaire américaine, plus de 90 % des foyers ont vu leurs maisons détruites, endommagées ou pillées. Un quart de ces familles ont connu un décès au cours des trois derniers mois précédant leur fuite. Les examens médicaux pratiqués sur les rescapés ayant atteint la ville d’Al Dabbah, dans l’État du Nord, après des jours de marche, ont mis en évidence une malnutrition aiguë généralisée. Trois quarts des survivants déclarent avoir « rarement ou jamais » eu accès à de la nourriture, et la moitié à de l’eau potable, en raison du blocus imposé par les FSR.

« Le siège d’El Fasher, qui dure depuis 500 jours, a poussé ses habitants au bord de la survie », affirme Joseph Belliveau, directeur exécutif de MedGlobal. La ville est le théâtre d’une violence incessante : le week-end dernier, une salve d’artillerie et de drones des FSR a frappé un camp de déplacés, faisant au moins 57 morts, dont 22 femmes et 17 enfants. Trois quarts des résidents interrogés par MedGlobal ont été contraints de déménager au moins trois fois, tandis que 81 % d’entre eux ne se sentent « jamais en sécurité » lorsqu’ils se déplacent dans la ville.

La destruction des habitations et des infrastructures de santé a rendu El Fasher « inhabitable », selon MedGlobal. L’espoir d’une accalmie avait brièvement émergé le mois dernier suite à des affirmations selon lesquelles un accord aurait été conclu pour permettre l’acheminement de l’aide, mais ces efforts semblent avoir échoué. Les FSR ont renforcé leur encerclement, élevant d’immenses remblais de terre, rendant toute fuite de civils encore plus périlleuse. Les parachutages sporadiques de l’armée soudanaise ont offert un répit temporaire aux défenseurs de la ville, mais la nourriture demeure une denrée rare.

La malnutrition infantile atteint des niveaux alarmants : un enfant de moins de cinq ans sur cinq souffre de malnutrition aiguë, les moins de 18 mois étant les plus touchés (27,5 %). Chez les femmes enceintes et allaitantes, le taux de malnutrition s’élève à 38 %, compromettant la santé maternelle et augmentant les risques pour les nouveau-nés. Ce chiffre atteint 60 % chez les adolescentes de 15 à 19 ans, qualifié par MedGlobal d’« émaciations ».

Malgré des coupures de communication généralisées – 86 % des personnes interrogées n’ont « aucun accès ou un accès rare » au téléphone ou à Internet – des témoignages parviennent à filtrer. Abdessalam Kitir, 50 ans, raconte avoir utilisé le lait de sa chèvre survivante pour nourrir un nourrisson dont toute la famille a péri dans l’effondrement de leur maison suite à un obus des FSR. « Le bébé a perdu sa mère, son père et trois frères et sœurs », explique M. Kitir. L’hôpital Al Saudi, le dernier en activité à El Fasher, est lui-même régulièrement pris pour cible, ayant déploré 13 morts la semaine dernière lors de bombardements des FSR.

Ces bombardements aveugles contraignent de nombreuses familles à passer leurs journées dans des tranchées ou des bunkers. La moitié des personnes interrogées ont été victimes de violences, et 71 % ont été témoins d’actes de violence à l’encontre de leurs voisins. Le haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a condamné ces massacres à répétition. Parallèlement, l’armée soudanaise fait l’objet d’accusations de crimes de guerre, notamment suite à une attaque de drones ayant causé la mort d’au moins 16 personnes dans une ville à l’est d’El Fasher.

Le Centre Raoul Wallenberg pour les droits de l’homme a qualifié le conflit soudanais de « guerre contre les enfants », dénonçant la famine massive, les déplacements forcés et les attaques délibérées dont ils sont victimes. Le centre accuse certains États, comme les Émirats arabes unis, de violer leurs obligations en vertu de la Convention sur le génocide par leur rôle dans ce conflit, bien que ces derniers démentent tout soutien aux FSR. Dans un rapport publié ce mercredi, la Commission indépendante pour l’impact de l’aide (ICAI) a salué les efforts du gouvernement britannique qui a doublé son aide à la crise soudanaise, la portant à plus de 230 millions de livres sterling (environ 268 millions d’euros) l’année dernière.

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