Publié le 12 février 2024 10h06:00. Au Vietnam, l’épidémie de VIH évolue, touchant de plus en plus d’hommes et de jeunes, tandis que la stigmatisation reste un obstacle majeur à la prévention et aux soins, comme le témoignent l’engagement des religieuses et des bénévoles auprès des personnes séropositives.
- Plus de 80 % des nouveaux cas de VIH détectés au Vietnam concernent désormais des hommes, la transmission sexuelle dépassant la consommation de drogues injectables.
- La stigmatisation et la discrimination persistent, poussant de nombreuses personnes à éviter les services de santé et à cacher leur séropositivité.
- Des religieuses et des bénévoles apportent un soutien médical, psychologique et social aux personnes vivant avec le VIH, en particulier aux plus vulnérables.
L’épidémie de VIH au Vietnam connaît une mutation profonde. Si le pays a enregistré 245 762 personnes vivant avec le VIH et déploré 116 004 décès depuis le premier cas recensé en 1990, le profil des personnes touchées a considérablement changé. Selon le Dr Nguyen Luong Tam, directeur adjoint du département de médecine préventive du ministère vietnamien de la Santé, plus de 80 % des nouveaux diagnostics concernent désormais des hommes, la transmission sexuelle étant devenue la principale voie d’infection, surpassant largement la consommation de drogues injectables.
Cette évolution se traduit par une forte augmentation des infections chez les hommes homosexuels et les personnes transgenres, en hausse de 7,2 % au cours de l’année écoulée. La consommation de drogues synthétiques, l’usage de substances lors des rapports sexuels et les pratiques sexuelles à risque contribuent également à amplifier les risques.
Vinh H., 23 ans, témoigne de cette réalité. Séropositif depuis trois ans, cet ancien étudiant en informatique a dû abandonner ses études et enchaîne les petits boulots pour financer son traitement. La peur du jugement et de la stigmatisation le pousse à se procurer ses médicaments en pharmacie plutôt que de se rendre dans les centres spécialisés.
« Désormais, je rends rarement visite à ma famille et j’évite mes amis restés chez moi, dans la province de Quang Nam. S’ils savaient que j’ai le VIH, ils seraient choqués et m’insulteraient terriblement. J’ai peur que quiconque le sache. »
Vinh a été infecté par un partenaire masculin, dans un cercle de jeunes hommes où la consommation de drogues synthétiques et les relations multiples étaient courantes. Il a finalement demandé de l’aide à Sœur Joséphine Huynh Thi Ly, qui consacre depuis 26 ans ses efforts aux patients atteints du VIH/SIDA à l’hôpital central de Hue. Sœur Joséphine et d’autres religieuses se portent volontaires comme infirmières, conseillères et soutien émotionnel pour ces patients, souvent isolés et effrayés.
« Après avoir appris qu’ils sont séropositifs, beaucoup s’effondrent émotionnellement. Ils craignent l’abandon, la stigmatisation, la perte de leur emploi et le mépris de toute leur famille. »
explique Sœur Joséphine.
La stigmatisation reste le principal obstacle à la lutte contre le VIH au Vietnam. Doan Thi Thuy Linh, adjointe de la Division nationale du VIH et des maladies infectieuses chroniques, a souligné lors d’une conférence de presse en novembre que la stigmatisation et la discrimination constituent « l’un des plus grands défis » pour atteindre l’objectif d’éradication du sida d’ici 2030. Elle a également mis en évidence le manque de personnel, le nombre limité de campagnes de sensibilisation et la diminution des ressources financières, qui affectent l’accès aux services pour les populations à risque.
Face à cette situation, des initiatives locales se développent. Kien N., 24 ans, a quitté son domicile après avoir été confronté à la stigmatisation suite à son diagnostic. Il a trouvé refuge à Hué, où il travaille comme livreur et reçoit les soins des religieuses de Saint-Paul de Chartres. Il participe également à des groupes de soutien organisés par la Clinique caritative Kim Long, gérée par les Filles de Marie de l’Immaculée Conception.
Sœur Marie-Madeleine Duong Thi Nguyet, qui travaille à la clinique, insiste sur l’importance de prendre en charge le traumatisme émotionnel des personnes séropositives.
« Nous les rencontrons individuellement chaque mois, leur donnons de la nourriture et des médicaments et leur rendons visite sur le long terme. »
Les religieuses et les bénévoles offrent un soutien financier pour le logement, la création de microentreprises et l’élevage de volailles, contribuant ainsi à redonner aux patients une autonomie et une dignité. Leur action s’étend au-delà des soins médicaux, avec des visites à domicile, des conseils en matière d’hygiène et de prévention, et une aide aux personnes isolées pour la gestion de leur traitement et les tâches quotidiennes.
Pour Ho Thi C., qui vit avec le VIH depuis des années, l’engagement des sœurs et des bénévoles est inestimable.
« Chaque fois que nous sommes gravement malades, des volontaires viennent immédiatement nous emmener à l’hôpital. Ils parlent avec nous, nous écoutent et comprennent des choses que nous n’avons jamais pu dire à personne. Ce sont les seuls qui viennent quand personne d’autre ne veut le faire. »
Alors que l’épidémie de VIH au Vietnam entre dans une phase nouvelle et plus complexe, les religieuses et les bénévoles continuent d’accompagner ceux qui craignent le plus le rejet, offrant un espoir et une dignité à ceux qui se sentent invisibles.