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Eat-Lancet 2.0: ce qui a changé

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Publié le 2025-10-06 11:07:00. Six ans après sa première publication, le régime alimentaire idéal pour la planète et la santé humaine, promu par la Commission Eat-Lancet, est revu et corrigé. L’objectif : passer d’une simple recommandation nutritionnelle à une approche systémique, afin d’atteindre un idéal où chacun puisse manger sainement dans les limites de la Terre.

  • Moins de 1% de la population mondiale suit actuellement les recommandations du régime Eat-Lancet.
  • La nouvelle version intègre une dimension globale axée sur les systèmes alimentaires et les actions collectives.
  • L’adoption de ce régime pourrait prévenir quinze millions de décès prématurés chaque année.
  • Une transition alimentaire pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 60% d’ici 2050.
  • Viande rouge et produits laitiers moins présents, fruits et légumes plus accessibles.

La Commission Eat-Lancet avait marqué les esprits en 2019 en définissant ce qu’elle considérait comme le régime alimentaire parfait : une alimentation saine, respectueuse des limites planétaires. À l’époque, son approche, axée sur une majorité de végétaux, une consommation modérée de produits animaux et une limitation des sucres ajoutés, graisses saturées et sel, semblait relever du bon sens. Six ans plus tard, le constat est sans appel : les progrès sont insuffisants.

Le rapport le plus récent de la Commission, publié ce mois-ci, révèle qu’à peine moins de 1% des habitants de la planète adhèrent à ce modèle alimentaire. Ce chiffre inquiétant souligne l’urgence d’agir, un consensus largement partagé par les experts en santé, agriculture et développement durable.

Eat-Lancet 2.0 : Une approche plus systémique et plus ambitieuse

La principale évolution de ce régime alimentaire promu par la Commission réside dans son élargissement. Tandis que la version initiale se concentrait sur la nutrition durable, cette mise à jour met désormais l’accent sur l’importance des systèmes alimentaires dans leur globalité pour améliorer la santé et le développement social.

La Commission estime que moins d’1% de la population mondiale se situe actuellement dans « l’espace sûr et juste », c’est-à-dire une zone où les besoins alimentaires sont satisfaits tout en respectant les frontières planétaires. L’inégalité est criante : près d’un milliard de personnes souffrent de malnutrition, tandis que les 30% les plus aisés sont responsables de plus de 70% des impacts environnementaux liés à notre alimentation.

Les conséquences sur la santé humaine sont particulièrement préoccupantes. L’adoption généralisée du nouveau régime pourrait prévenir environ quinze millions de décès prématurés chaque année, en réduisant les risques de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de déclin cognitif, d’obésité et de certains cancers.

Main tenant un symbole d'icône CO2. Empreinte nette zéro et carbone pour réduire les émissions, neutre en carbone, limiter le changement climatique et le réchauffement climatique et l'environnement écologique aux affaires vertes

L’adoption du régime Eat-Lancet pourrait entraîner une réduction de 60% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. (Khanchit Khirisutchalual / Image: Getty / Khanchit Khirisutchalual)

Sur le plan environnemental, les perspectives sont tout aussi significatives. Les émissions de gaz à effet de serre pourraient être réduites de 60% d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 2020. À cette échéance, on estime que 9,6 milliards de personnes dans le monde pourraient accéder à une alimentation saine, tout en restant dans les limites écologiques critiques.

Six leviers pour transformer nos systèmes alimentaires

La dernière Commission Eat-Lancet identifie six stratégies clés pour promouvoir des régimes alimentaires justes, durables et sains. Ces approches mettent en lumière les outils disponibles pour impulser un changement d’envergure, tout en expliquant pourquoi si peu de personnes adoptent actuellement des habitudes alimentaires véritablement durables.

1. Rendre les aliments sains abordables et attractifs : Il s’agit d’encourager les choix sains grâce à des mesures de prix incitatives, des restrictions sur le marketing alimentaire et un soutien socio-économique renforcé.

2. Protéger et valoriser les cuisines traditionnelles : Il est crucial de reconnaître la valeur des pratiques alimentaires culturelles et de renforcer l’accès à des aliments diversifiés et moins consommés, notamment par le biais de directives, d’établissements scolaires et de marchés locaux.

3. Produire des aliments dans le respect des limites planétaires : L’adoption de pratiques agricoles durables, la réorientation des marchés et l’investissement dans la recherche et développement pour des alternatives végétales sont essentiels.

4. Stopper la destruction des écosystèmes : La protection des terres autochtones et communautaires, le renforcement de la gestion durable des ressources et la réduction de l’utilisation des terres agricoles d’ici le milieu du siècle sont impératifs.

5. Réduire le gaspillage alimentaire : L’amélioration des systèmes de stockage, de logistique et de recyclage est nécessaire pour limiter les pertes tout au long de la chaîne d’approvisionnement, de la vente au détail jusqu’aux foyers.

6. Assurer des fondations sociales solides : Garantir un travail décent, une représentation équitable et une protection sociale pour tous, tout en accompagnant les travailleurs dans la transition du système alimentaire.

Impacts sur l’industrie agroalimentaire : moins de viande, plus de fruits et légumes

Si les habitudes alimentaires actuelles persistent et que la lutte contre le changement climatique reste timide, les températures mondiales pourraient augmenter de 2% d’ici 2050. La production agricole continuerait de croître, mais les émissions de gaz à effet de serre liées à l’agriculture augmenteraient de 33%.

En revanche, une transformation des régimes alimentaires améliorerait considérablement les perspectives environnementales. Par rapport aux niveaux de 2020, les émissions devraient diminuer de 60% d’ici 2050.

Ce changement aurait des répercussions majeures sur l’industrie alimentaire. Les secteurs de la viande rouge devraient connaître une contraction de 33%, tandis que ceux des fruits, légumes et noix devraient croître de 63%.

Plus spécifiquement, la production de viande diminuerait significativement : le cheptel de ruminants devrait baisser de 26% et les bovins laitiers de 15%. La production de certaines cultures serait également affectée : riz (-13%), blé (-4%) et sucre (-7%).

Parallèlement, d’autres secteurs de l’alimentation connaîtraient une croissance substantielle. La production d’aliments aquatiques, comme les poissons blancs, augmenterait de 46%, atteignant 220 millions de tonnes. La production de légumes progresserait de 42%, celle des fruits de 61%, des noix de 172% et des légumineuses de 187%.

Malgré ces ajustements, la nourriture devrait devenir globalement plus abordable, la part du revenu mondial consacrée à l’alimentation passant de 7% à seulement 4%.

Un agriculteur tenant des arachides fraîchement récoltées avec des racines dans un champ. Le fond présente des plantes d'arachide verte sous un ciel nuageux, présentant une activité agricole.

Si le régime Eat-Lancet était adopté universellement, la production de légumineuses (comme les arachides) devrait augmenter de 187%. (Sergii Kolesnikov / Image: Getty / Sergii Kolesnikov)

La logique est imparable : évoluer vers des systèmes alimentaires plus sains, durables et socialement équitables n’est pas seulement souhaitable, c’est une nécessité. Avec les preuves, les outils et les stratégies désormais disponibles, la responsabilité de l’action repose désormais sur les gouvernements, l’industrie et les consommateurs.

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