Publié le 6 octobre 2025. Les universités américaines poussent les étudiants à adopter l’intelligence artificielle générative (IA), suscitant des inquiétudes quant à une dépendance excessive et à une potentielle «dette cognitive», malgré les avertissements des chercheurs sur les conséquences à long terme.
L’Université de Boston, par le biais de sa plateforme «Terriergpt», encourage l’utilisation des outils d’IA générative, une tendance qui se généralise dans l’enseignement supérieur. Cette démarche vise à offrir un accès équitable aux technologies qui deviennent de plus en plus valorisées sur le marché du travail, mais soulève des questions sur l’impact réel sur les compétences et la pensée critique des étudiants.
Au cœur de ce débat se trouve la prise de position des établissements universitaires. L’Université de Boston a elle-même mis en place un groupe de travail qui a recommandé de ne pas interdire l’usage des intelligences artificielles génératives. La création de Terriergpt, une plateforme qui facilite l’accès aux modèles d’IA les plus populaires, est le résultat de cette politique. D’autres institutions, comme l’Ohio State University, lancent des initiatives similaires pour familiariser les étudiants avec ces outils.
Pour de nombreux étudiants, l’utilisation de l’IA est déjà une réalité. Plus d’un tiers des jeunes adultes américains utilisent déjà ChatGPT. Cette démocratisation de l’IA, encouragée par les universités, est perçue par certains comme une pression implicite à s’adapter, sous peine d’être désavantagé. «Cela ressemble à une pression des pairs», confie Quinn, étudiant à l’Université de Boston, qui exprime sa préoccupation face à une intégration trop rapide et potentiellement néfaste des outils d’IA dans le cursus universitaire.
Les professeurs adoptent des approches variées. Si certains, comme dans les cours d’anglais et de philosophie, utilisent l’IA comme un outil pédagogique pour analyser et critiquer ses productions, d’autres expriment des réserves. Amélie Tonoyan, étudiante, rapporte que la plupart de ses professeurs insistent sur la nécessité de ne pas recourir à l’IA pour la rédaction. Ces usages pédagogiques visent à mettre en lumière les limites de la technologie et à réaffirmer l’importance de la pensée humaine.
Cependant, les critiques s’inquiètent des conséquences à long terme. Des recherches préliminaires du MIT Media Lab suggèrent qu’une utilisation excessive de l’IA, telle que ChatGPT, pourrait réduire l’engagement cérébral et entraîner une «dette cognitive». Ce phénomène, où un report de l’effort mental à court terme entraîne des répercussions négatives durables, soulève des doutes quant à la capacité de l’IA à favoriser réellement le développement intellectuel.
«La dépendance répétée à des systèmes externes comme les [grands modèles de langage] remplace les processus cognitifs effectifs requis pour une réflexion indépendante.»
Conclusions préliminaires du MIT Media Lab
Face à ces inquiétudes, les universités insistent sur leur rôle d’accompagnement. Colin Riley, porte-parole de l’Université de Boston, affirme que l’institution est confiante dans sa capacité à préparer les étudiants à un marché du travail en constante évolution, que ce soit par l’IA ou d’autres facteurs émergents. Il souligne que les initiatives universitaires visent à soutenir la créativité humaine, le jugement et l’innovation, sans jamais chercher à les remplacer.
Malgré ces assurances, les étudiants restent partagés. Thomas Yousef, étudiant en science des données à l’Université de Boston, reconnaît les avantages potentiels de l’IA, notamment dans les domaines du codage et des mathématiques. Néanmoins, il évoque les craintes de pertes d’emplois et de fraude académique. La prudence est également de mise quant à la fiabilité des informations générées par l’IA. Tye Robison, une autre étudiante, met en garde contre les risques de désinformation et de conseils erronés que peuvent produire des plateformes comme ChatGPT.
Margaret Wallace, professeure agrégée à l’Université de Boston, intègre l’IA dans ses enseignements, en explorant ses cas d’usage et ses implications éthiques. Elle encourage l’expérimentation, mais insiste sur le développement de l’expertise personnelle plutôt que sur une dépendance excessive à l’IA. L’objectif est de comprendre comment l’IA impacte nos vies tout en l’utilisant au service de l’humanité.
Quinn, quant à lui, aspire à ce que ses réalisations académiques proviennent uniquement du travail intellectuel humain, soulignant ainsi la valeur intrinsèque de la créativité et de l’effort personnel dans l’éducation.