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Éducation américaine | le manifeste

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L’Oklahoma se profile comme un champ de bataille clé dans la « guerre des sorcières » conservatrice contre la liberté d’enseignement aux États-Unis. Le récent examen imposé aux enseignants de l’État, conçu pour évaluer leur alignement idéologique plutôt que leurs compétences pédagogiques, suscite une vive controverse.

Dès la fin août, Ryan Walters, le surintendant de l’éducation publique de l’Oklahoma, a mis en place, avec l’aide de consultants, un examen d’aptitude destiné à tous les enseignants souhaitant exercer dans l’État, particulièrement ceux venant de « lieux dangereux » tels que New York ou la Californie. Ce test, une première aux États-Unis, ne vise pas à mesurer les savoir-faire des candidats, mais leur adhésion à la politique de l’administration « witch » (sorcière, terme utilisé dans le texte source pour décrire le mouvement politique conservateur) et aux idéaux du nationalisme chrétien.

Les 50 questions proposées sont explicitement calibrées « contre l’idéologie de la gauche radicale » dans le but de « garder lesificateurs de la culture du réveil loin de l’Oklahoma ». Parmi les interrogations, on trouve la définition de l’importance de la liberté religieuse pour les États-Unis, l’identification des chromosomes déterminant le sexe biologique, et la déclaration de l’objectif principal de l’éducation dans l’État. La réponse attendue ? « Une éducation patriotique centrée sur les valeurs américaines ».

Le contenu de ce test n’est guère surprenant compte tenu de ses concepteurs. La surintendance s’est tournée vers PragerU, une organisation nationaliste chrétienne réputée pour ses caricatures au contenu discutable. Sur des sujets sensibles tels que l’esclavage, PragerU a pu affirmer que c’était « un meilleur sort d’être tué » pour préserver l’économie des treize colonies. Concernant le massacre des Amérindiens, l’organisation a avancé qu’ils étaient cannibales. Quant au conflit israélo-palestinien, il serait de la « responsabilité des Palestiniens qui n’acceptent pas les offres de paix d’Israël ». Ces contenus, présentés comme du divertissement pour enfants, véhiculent une vision du monde suprémaciste blanche. PragerU se positionne elle-même comme une « alternative gratuite à la tendance dominante de l’extrême gauche dans la culture, les médias et l’éducation ».

La Fédération américaine des enseignants (American Federation of Teachers, AFT), syndicat affilié à l’AFL-CIO, a dénoncé ce test comme un véritable « examen de loyauté » envers le mouvement MAGA (Make America Great Again). Elle estime que cette évaluation « s’étend bien au-delà des compétences pédagogiques, interférant dans la sphère des croyances personnelles et des idées politiques ». Randi Weingarten, présidente de l’AFT, a fermement critiqué l’initiative de Ryan Walters, suggérant qu’il devrait se consacrer à « éduquer les étudiants, et travaille plutôt à se faire remarquer par Donald Trump et d’autres politiciens de l’administration ‘witch’ ».

Des experts considèrent cette démarche comme un nouveau niveau de contrôle idéologique sur l’éducation. Jonathan Zimmerman, professeur à l’Université de Pennsylvanie, parle d’un « tournant ». Il observe que « au lieu d’être simplement une ressource potentielle, PragerU est devenu partie intégrante du système de l’État ».

Parallèlement, le contrôle idéologique semble gagner du terrain. Suite au décès de Charlie Kirk, un activiste d’extrême droite proche de Donald Trump, les sénateurs républicains Shane Jett et Dana Prieto ont proposé une loi qui, si adoptée, obligerait toutes les universités publiques de l’Oklahoma à dédier un espace à la mémoire de l’activiste. La « Charlie Kirk Memorial Plaza » devrait être située dans un lieu central de chaque campus et comporter au moins « une statue de Charlie Kirk assis à une table avec une place vide devant lui ». L’État devrait approuver le projet, et les universités réticentes à appliquer la loi s’exposeraient à des amendes de plusieurs milliers de dollars jusqu’à l’inauguration. Cette initiative intervient alors que seulement 30 % des étudiants universitaires américains estiment être représentés par les idées de Kirk, contre 70 % qui s’y déclarent fermement opposés.

Dans un autre développement récent en Oklahoma, un changement significatif a eu lieu à la tête de la surintendance de l’éducation. Ryan Walters, initiateur de ce premier test national, a démissionné pour prendre la direction de la Teacher Freedom Association, une association d’enseignants conservateurs. Il sera remplacé début octobre par l’actuel gouverneur, Kevin Stitt, qui devra nommer un successeur.

Le procureur général de l’Oklahoma, Gentner Drummond, s’est dit satisfait de ce changement. Ancien républicain qui a soutenu financièrement la campagne présidentielle de Biden en 2020 et potentiellement futur gouverneur de l’Oklahoma, Drummond a souvent critiqué les positions nationalistes chrétiennes de Walters et espère un surintendant qui se concentre davantage « sur la qualité de l’enseignement ». Cependant, cette rotation au sommet pourrait ne pas marquer une défaite pour le mouvement « witch ». Walters a déjà annoncé que son combat se poursuivrait au sein de la Teachers Freedom Association qu’il dirige, agissant comme un puissant groupe de pression auprès du gouvernement. Selon lui, la prochaine étape pour consolider le contrôle de ce mouvement sur l’école publique de l’Oklahoma consistera à « détruire les syndicats d’enseignants qui utilisent l’argent et le pouvoir pour corrompre le système éducatif ».

Dans cette optique, Walters a également affirmé que sa nouvelle organisation « offrira une alternative aux syndicats, avec de la formation, des programmes conservateurs et un soutien aux enseignants » idéologiquement alignés. Pendant ce temps, son action en tant que surintendant continue de porter ses fruits : la distribution de nouveau matériel pédagogique obligatoire a été effectuée dans toutes les écoles publiques de l’Oklahoma. Il s’agit d’une version de la Bible, intitulée « Que Dieu bénisse les États-Unis », avec la Constitution américaine en annexe, mais dont les amendements 11 à 27 ont été omis. Ainsi, dès cette année, les jeunes de l’Oklahoma n’étudieront plus à l’école le 13ème amendement, abolissant l’esclavage, ni le 19ème, garantissant le droit de vote aux femmes, ni le 22ème, limitant les mandats présidentiels. La vision suprémaciste blanche semble ainsi devenir une réalité pour tous les élèves de l’État.

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