Publié le 2025-10-06 09:55:00. Une étude américaine révèle une augmentation inquiétante des cas d’encéphalopathie nécrosante aiguë (ANE) chez les enfants, particulièrement grave lorsqu’elle est associée à la grippe. Ces découvertes soulignent l’importance cruciale de la prévention et d’une prise en charge médicale rapide.
La grippe, bien plus qu’une simple infection respiratoire saisonnière, peut entraîner des complications sévères, notamment des pneumonies, des myocardites, et des atteintes neurologiques. Parmi ces dernières, l’encéphalopathie nécrosante aiguë (ANE), une affection rare mais redoutable décrite au Japon dès la fin des années 1970, se caractérise par une détérioration neurologique brutale avec des lésions bilatérales caractéristiques du thalamus.
Enquête nationale aux États-Unis sur l’ANE et la grippe
Face à une observation clinique d’une recrudescence des cas pédiatriques d’ANE durant les saisons grippales 2023-2024 et 2024-2025, un groupe de travail américain a initié une vaste enquête multicentrique. Les résultats de cette étude, publiés dans la revue scientifique JAMA, portent sur des enfants et adolescents jusqu’à 21 ans présentant une encéphalopathie aiguë, une infection grippale confirmée et des lésions thalamiques identifiées par imagerie.
Une majorité d’enfants auparavant en bonne santé touchés par des séquelles neurologiques graves
Entre octobre 2023 et mai 2025, 41 cas répondant aux critères d’inclusion ont été recensés dans 76 centres académiques, répartis dans 23 cliniques. L’âge médian des patients était de cinq ans. Fait marquant, 76% de ces enfants étaient en excellente santé avant leur contamination, tandis que 12% souffraient déjà de pathologies complexes.
Les symptômes les plus fréquemment rapportés incluaient la fièvre (93%), l’encéphalopathie (100%) et les convulsions (68%). Les analyses de laboratoire révélaient des élévations des enzymes hépatiques (78%), une thrombocytopénie (63%) et une augmentation de la protéinorachie (63%). Chez 32 patients ayant bénéficié d’un test génétique, 47% présentaient des variants de risque, dont 34% de mutations du gène RANBP2, déjà connu pour être associé à une prédisposition génétique à l’ANE.
Le virus de la grippe A prédominant, la vaccination peu documentée
Le virus de la grippe A a été identifié chez 95% des enfants, majoritairement la souche H1N1PDM09. La grippe B n’a été détectée que dans deux cas. Parmi les 38 patients dont le statut vaccinal a pu être documenté, seulement 16% avaient reçu la vaccination contre la grippe saisonnière adaptée à leur âge.
Mortalité élevée malgré des traitements intensifs
La majorité des patients ont reçu des traitements immunomodulateurs combinés, incluant le méthylprednisolone (95%), des immunoglobulines intraveineuses (66%), le tocilizumab (51%), la plasmaphérèse (32%), l’anakinra (5%) et le méthylprednisolone intrathécal (5%).
La durée médiane de séjour en unité de soins intensifs a été de onze jours, et de 22 jours à l’hôpital. Tragiquement, onze enfants (27%) sont décédés, en moyenne trois jours après l’apparition des symptômes, majoritairement des suites d’une atteinte cérébrale. Chez les survivants, 63% présentaient des handicaps modérés à sévères après 90 jours.
Appel à une vaccination systématique et une prise en charge précoce
Dans un éditorial accompagnant l’étude, Timothy M. Uyeki, médecin-chef de la division grippe au Centre national pour la prévention et le contrôle des maladies (CDC) aux États-Unis, a souligné la gravité exceptionnelle de cette maladie et l’urgence de définir des normes cliniques pour le diagnostic et le traitement, ainsi que de renforcer la surveillance.
Il a rappelé la recommandation de la vaccination annuelle contre la grippe pour tous les enfants américains âgés de six mois et plus. En Allemagne, la Commission permanente de vaccination (STIKO) de l’Institut Robert Koch (RKI) ne recommande la vaccination saisonnière contre la grippe qu’aux enfants de plus de six mois présentant un risque accru en raison de maladies préexistantes, telles que des affections respiratoires chroniques comme l’asthme ou la mucoviscidose, ou d’autres maladies sous-jacentes graves.
La mortalité élevée et les séquelles neurologiques permanentes chez les jeunes patients rappellent l’importance capitale des mesures préventives, en particulier la vaccination antigrippale, et d’une prise en charge médicale intensive et précoce.
Conclusion : détection, traitement intensif et prévention
Cette série de cas met en lumière une mortalité et une morbidité significatives de l’ANE associée à la grippe chez des enfants, pour la plupart en bonne santé. Les auteurs insistent sur la nécessité de renforcer la prévention, la détection précoce, le traitement intensif et la mise en place de protocoles de gestion standardisés. L’éditorial souligne également le besoin accru de surveillance épidémiologique et de directives claires.
Bien qu’un effet protecteur spécifique de la vaccination antigrippale contre l’ANE ne soit pas formellement prouvé par cette étude, ses bénéfices dans la prévention de la grippe et de ses complications sont avérés.