La perte de trois tantes emportées par le diabète de type 2 a poussé une étudiante en médecine d’origine guyanaise à dénoncer les limites des aides internationales en matière de santé, souvent trop ciblées et peu adaptées aux besoins réels des populations.
L’alerte est arrivée par un simple SMS. Selena Kattick se souvient du choc lorsqu’elle a appris le décès de sa tante. Un deuil personnel qui a rapidement résonné avec une amère constatation : cette perte, comme celles de ses deux autres tantes huit ans auparavant, était en partie prévisible. Toutes trois sont décédées des complications du diabète de type 2, une maladie dont l’évolution aurait pu être différente, selon elle.
Immigrée aux États-Unis il y a dix ans, Selena Kattick a pris conscience du fossé entre les soins de santé disponibles dans son pays natal, la Guyane, et ceux auxquels elle avait désormais accès. En Guyane, la prévention se limitait essentiellement à la vaccination. « Si j’avais encore vécu là-bas lorsque mes tantes sont décédées, j’aurais considéré leur mort comme une fatalité, une réalité inéluctable », explique-t-elle. Aux États-Unis, en revanche, un suivi régulier avec des examens comme l’hémoglobine A1c, une éducation sur l’alimentation et les soins des pieds, ainsi que des visites ophtalmologiques, auraient pu faire une différence.
Le problème, selon Selena Kattick, ne réside pas tant dans l’absence d’aide internationale que dans sa nature trop restrictive. Les financements sont souvent conditionnés à des objectifs précis, comme l’éradication de maladies spécifiques, et ne permettent pas aux pays bénéficiaires de prioriser leurs propres besoins en matière de santé préventive. « Même si je ne veux pas minimiser l’importance de tels efforts, je crois que le financement des soins de santé par les États-Unis dans d’autres pays devrait être fourni sans restrictions », affirme-t-elle.
La Guyane est un exemple frappant de cette situation. L’USAID, l’agence américaine de développement, y concentre ses efforts sur la lutte contre le paludisme. Pourtant, en 2019, le taux de mortalité prématurée évitable au Guyana était 138,4 % supérieur à la moyenne régionale (326,9 pour 100 000 habitants), selon l’Organisation panaméricaine de la santé. Selena Kattick se demande combien de vies auraient pu être sauvées si ces fonds avaient été alloués de manière plus flexible.
Elle plaide pour une approche plus respectueuse de l’expertise locale. « De nombreux experts dans ces pays sont témoins des défis de santé auxquels leurs communautés sont confrontées chaque jour. Ces experts locaux devraient avoir le pouvoir de déterminer où l’aide est la plus nécessaire », souligne-t-elle. Elle critique l’infantilisation des pays bénéficiaires et le contrôle excessif exercé par les organisations externes sur l’allocation des fonds. Elle propose un système de supervision limitée, permettant de garantir l’équité sans pour autant entraver l’autonomie des gouvernements locaux.
Pour éviter de nouvelles tragédies, Selena Kattick appelle à un financement plus flexible et transparent des soins de santé, permettant aux pays bénéficiaires de décider eux-mêmes de la meilleure façon d’utiliser les ressources mises à leur disposition. Il est essentiel, selon elle, que les organisations gouvernementales et non gouvernementales accordent aux gouvernements locaux le contrôle du financement et de son allocation, afin de garantir que les besoins spécifiques de chaque pays soient pris en compte par ceux qui connaissent le mieux le terrain.