Publié le 20 février 2026 12:46:00. L’oncologue Silvio Garattini critique vivement le système de santé italien, dénonçant le manque de transparence dans l’approbation des médicaments, l’influence de l’industrie pharmaceutique et l’absence d’éducation à la santé dans les écoles.
- Silvio Garattini estime que l’industrie pharmaceutique privilégie ses intérêts au détriment de la santé publique, en mettant en avant les bénéfices des médicaments sans communiquer sur leurs effets secondaires à long terme.
- Il souligne un manque de comparaison entre les nouveaux médicaments et ceux existants, rendant difficile pour les médecins de faire des choix éclairés.
- Garattini plaide pour une révolution culturelle en matière de santé, insistant sur l’importance de la prévention et d’une meilleure éducation du public.
Dans une longue interview accordée à la chaîne YouTube « Renaissance culturelle », un festival culturel de Franciacorta, Silvio Garattini, oncologue de renom, a livré une critique acerbe mais constructive de la consommation de médicaments en Italie. Selon lui, le débat sur les drogues est souvent inapproprié, la plupart des gens ignorant les effets secondaires potentiels des traitements, qui ne se manifestent pas toujours immédiatement. Il affirme que l’industrie pharmaceutique a tout intérêt à minimiser ces inconvénients.
Garattini s’interroge également sur les critères d’approbation des nouveaux médicaments par l’Agence européenne des médicaments (EMA). Il explique que l’EMA évalue la qualité, l’efficacité et la sécurité, mais ne fournit pas d’informations comparatives avec les traitements existants. Il prend l’exemple de l’hypertension, pour laquelle il existe plus de 120 médicaments différents.
« Le médecin choisit le médicament au hasard, justement parce qu’il manque de comparaisons : on ne peut pas établir ce qui est meilleur et ce qui est pire, les nouveaux médicaments devraient ajouter quelque chose au niveau thérapeutique mais cela ne peut pas être bon pour l’industrie. C’est pourquoi les trois critères restent en place depuis 20 ans : l’intérêt pour le PIB est supérieur à celui de la population. »
Silvio Garattini, oncologue
L’oncologue remet également en question certains dogmes médicaux, comme la vision du cholestérol comme un poison. Il explique que le cholestérol est également essentiel à la solidité des os et que de nombreux problèmes de santé dépendent de nos propres comportements. Il appelle à une révolution culturelle, à une approche de la médecine axée sur la prévention plutôt que sur le traitement.
Garattini déplore l’absence d’éducation à la santé à l’école, ce qui favorise la propagation de théories du complot et de fausses nouvelles. Il souligne également que la prescription de médicaments étudiés uniquement sur des hommes à des femmes est théoriquement illégale, en raison des différences métaboliques entre les sexes. Il en va de même pour les enfants, qui sont souvent traités comme de petits adultes alors que leur métabolisme est différent.
« La santé ne s’enseigne pas à l’école et c’est un autre aspect grave. On se plaint des listes d’attente, je le répète, mais elles dépendent de notre comportement et de nos habitudes de vie. 40% des cancers sont évitables, il faut travailler sur la prévention. »
Silvio Garattini, oncologue
Il critique également la médecine défensive pratiquée par certains médecins, qui prescrivent des médicaments par excès de prudence pour éviter toute accusation. Il s’inquiète de la situation des personnes âgées, pour lesquelles seuls 20% des médicaments cardiovasculaires ont été étudiés. Il estime que les médecins dont les patients prennent 15 médicaments ou plus ne devraient plus exercer.
Concernant l’homéopathie, Garattini la qualifie de « différence entre l’eau et le vin », dénonçant une arnaque commerciale. Il déplore également le manque de médicaments pour les maladies rares, estimant que personne ne s’en occupe car il n’y a pas de profit à en tirer. Il propose d’investir un milliard de fonds publics dans 20 fondations chargées de développer des médicaments pour ces maladies.
Enfin, il évoque les médicaments du futur, comme les anticorps monoclonaux et les médicaments immunologiques, qui pourraient permettre de guérir certains cancers. Il se prononce également sur les médicaments amaigrissants comme l’Ozempic, soulignant leurs avantages mais aussi leurs inconvénients, notamment les problèmes gastro-intestinaux et le risque de reprise de poids en cas d’arrêt du traitement. Il insiste sur le fait que la réduction de l’apport alimentaire reste la voie fondamentale pour lutter contre l’obésité.
« Il y a aussi beaucoup de mensonges qui circulent sur moi, avec l’intelligence artificielle ils me font faire de la publicité pour des produits, sur Facebook c’est difficile de les contrer. Je ne fais jamais de publicité pour les médicaments et je n’en produis jamais. »
Silvio Garattini, oncologue
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