Publié le 2024-02-29 14:15:00. Des centaines de milliers de personnes, principalement en Asie du Sud-Est, sont victimes d’escroqueries en ligne qui dégénèrent en sévices et abus, alerte le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH). Un rapport accablant détaille des pratiques allant de la torture à l’exploitation sexuelle.
- Le HCDH dénonce des cas de torture, d’abus sexuels, d’avortements forcés et de privation de nourriture infligés aux victimes d’escroqueries.
- La région du Mékong est le principal foyer de ces opérations frauduleuses, mais le phénomène s’étend à d’autres zones d’Asie, du Pacifique, d’Afrique et des Amériques.
- Les victimes, souvent confrontées à l’incrédulité et à la stigmatisation, ont besoin d’une aide urgente et coordonnée, incluant des opérations de sauvetage, une réhabilitation psychologique et un accès à la justice.
Un rapport publié par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) met en lumière l’ampleur des violations des droits de l’homme liées à des opérations frauduleuses à grande échelle. Ces activités, qui prennent souvent la forme d’escroqueries en ligne, se transforment fréquemment en situations d’exploitation et d’abus extrêmes pour les personnes y participant.
Selon Jeremy Laurence, porte-parole du HCDH, les abus documentés sont particulièrement choquants.
« Le rapport documente des cas de torture et autres mauvais traitements, d’abus et d’exploitation sexuels, d’avortements forcés, de privation de nourriture, d’isolement cellulaire, entre autres violations »
Jeremy Laurence, porte-parole des droits de l’homme de l’ONU
L’étude révèle que près des trois quarts de ces opérations frauduleuses se concentrent dans la région du Mékong. Cependant, le phénomène ne se limite pas à cette zone géographique. Des cas ont également été recensés dans certains pays insulaires du Pacifique, en Asie du Sud, dans les États du Golfe, en Afrique de l’Ouest et en Amérique. Le rapport illustre la réalité vécue par les victimes à travers des témoignages poignants. Un homme sri lankais a ainsi relaté comment ceux qui ne parvenaient pas à atteindre leurs objectifs mensuels d’escroquerie étaient plongés dans des récipients remplis d’eau, une pratique macabre surnommée la « prison à eau », pendant de longues heures.
D’autres victimes ont décrit des situations où elles étaient contraintes d’assister ou même de participer à des actes de violence envers d’autres personnes, afin d’assurer leur propre obéissance. Une femme bangladaise a témoigné avoir été forcée de battre d’autres travailleurs, tandis qu’une victime ghanéenne a raconté avoir été obligée de regarder son ami se faire agresser.
« La litanie d’abus est à la fois stupéfiante et déchirante. Pourtant, plutôt que de recevoir une protection, des soins et une réadaptation – ainsi que les voies d’accès à la justice et aux réparations auxquelles elles ont droit – les victimes sont trop souvent confrontées à l’incrédulité, stigmatisation et sanctions encore plus sévères »
Jeremy Laurence, porte-parole des droits de l’homme de l’ONU
Le HCDH insiste sur la nécessité d’une réponse rapide et coordonnée pour venir en aide à ces victimes.
« Les victimes de tels abus ont besoin d’opérations de sauvetage coordonnées, rapides et efficaces, du respect du principe de non-refoulement, ainsi que de mécanismes de soutien disponibles pour garantir la réhabilitation après la torture et les traumatismes, et faire face aux risques de représailles ou de nouveau trafic »
Jeremy Laurence, porte-parole des droits de l’homme de l’ONU
Le principe de non-refoulement, fondamental en droit international, garantit qu’aucune personne ne soit renvoyée dans un pays où sa vie ou sa liberté seraient menacées.