Le décès de l’acteur américain James Van Der Beek, connu pour son rôle dans la série Dawson, a mis en lumière une tendance inquiétante : le cancer colorectal frappe de plus en plus de jeunes adultes. Cette maladie, longtemps associée à une population âgée, nécessite désormais une vigilance accrue et un dépistage plus précoce.
Selon le rapport Globocan 2020 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les hommes à l’échelle mondiale (10,6 % de tous les cancers masculins) et le deuxième chez les femmes (9,4 %). En Malaisie, les chiffres du Registre national du cancer (2017-2021) révèlent que ce type de cancer représente 14,1 % de tous les cas, ce qui en fait l’un des plus répandus dans le pays. Il demeure le cancer le plus courant chez les hommes (18,8 %) et le deuxième chez les femmes (13,7 %).
Malgré sa prévalence, le dépistage reste faible, en particulier chez les jeunes adultes. La peur, le manque d’information et l’idée reçue que le cancer colorectal ne concerne que les personnes âgées sont autant de freins à l’action.
« Dans ma pratique, je vois de plus en plus de cancers colorectaux chez des patients dans la trentaine et la quarantaine. Le plus jeune patient que j’ai traité n’avait que 13 ans. L’âge à lui seul ne protège personne du cancer colorectal », explique le Dr Premjeet Singh, chirurgien général, endoscopiste et chirurgien à accès minimal au centre médical Ara Damansara.
Plusieurs facteurs expliquent cette augmentation des cas chez les jeunes. Les premiers symptômes sont souvent discrets et facilement négligés. « De nombreux jeunes patients présentent des symptômes tels que de la constipation, des saignements rectaux ou un léger inconfort abdominal, mais ils ont tendance à les ignorer », précise le Dr Singh. « Les saignements rectaux sont souvent considérés comme des hémorragies, tandis que les changements dans les habitudes intestinales sont souvent imputés au stress ou à un mode de vie chargé. »
L’embarras lié à la santé intestinale et la crainte des examens invasifs contribuent également à retarder la consultation médicale. Par ailleurs, les habitudes alimentaires et le mode de vie jouent un rôle non négligeable. « Nous constatons que les jeunes adultes consomment davantage d’aliments transformés et moins de fibres. Au fil du temps, cela affecte la santé intestinale et augmente le risque de cancer colorectal », souligne le Dr Singh. Un régime riche en viandes rouges et transformées, associé à une faible consommation de fruits, de légumes et de céréales complètes, est particulièrement nocif.
Le cancer colorectal peut se développer silencieusement pendant longtemps. « Le cancer colorectal peut rester silencieux pendant longtemps. Lorsque les symptômes apparaissent, cela signifie généralement que le cancer s’est déjà développé de manière significative », explique le Dr Premjeet Singh. C’est pourquoi le dépistage est crucial, même en l’absence de symptômes.
Un diagnostic précoce permet souvent un traitement moins invasif et plus efficace. La chirurgie peut être réalisée par laparoscopie, une technique mini-invasive qui favorise une récupération rapide. Certains patients peuvent même éviter la chimiothérapie. À l’inverse, un diagnostic tardif nécessite souvent une intervention chirurgicale plus lourde, une chimiothérapie et une période de convalescence plus longue, avec un impact significatif sur la qualité de vie.
Le Dr Singh se souvient du cas d’une femme d’une quarantaine d’années qui a passé une coloscopie en raison d’antécédents familiaux, alors qu’elle ne présentait aucun symptôme. Un polype d’un centimètre a été découvert et retiré lors de la procédure. L’analyse a révélé la présence de cellules cancéreuses. Grâce à cette détection précoce, elle n’a pas eu besoin de chirurgie ni de chimiothérapie, et les examens de suivi ont confirmé la disparition du cancer.
La coloscopie, bien que parfois redoutée, est aujourd’hui une procédure sûre et de routine. « Les patients sont sous sédation, donc la plupart ne ressentent pas de douleur et ne se souviennent même pas de la procédure. Les risques sont très faibles, surtout si on les compare au danger d’un cancer non détecté », rassure le Dr Singh. Au-delà du diagnostic, la coloscopie permet également de prévenir le cancer en retirant les polypes avant qu’ils ne deviennent cancéreux.
Si le dépistage systématique est généralement recommandé à partir de 50 ans, il est important d’adopter des habitudes saines dès le plus jeune âge. Pour les enfants et les adolescents, cela signifie privilégier une alimentation riche en fibres, maintenir un poids santé, pratiquer une activité physique régulière et limiter la consommation d’aliments transformés. La coloscopie n’est généralement pas nécessaire, sauf en cas de symptômes persistants ou d’antécédents familiaux importants.
Les adultes dans la vingtaine et au début de la trentaine n’ont généralement pas besoin d’un dépistage systématique sans symptômes ni antécédents familiaux, mais doivent rester attentifs à leur santé intestinale. Une constipation persistante, des saignements rectaux ou des modifications des habitudes intestinales ne doivent pas être ignorés et un avis médical doit être demandé si des symptômes apparaissent. Pour les personnes entre 30 et 40 ans, en particulier celles ayant des antécédents familiaux ou des symptômes persistants, un dépistage plus précoce peut être envisagé. « Chez les personnes à risque plus élevé, une coloscopie peut être conseillée tous les trois à cinq ans, en fonction du risque individuel et des résultats », précise le Dr Premjeet Singh.
« Le cancer colorectal est l’un des rares cancers que nous pouvons prévenir ou guérir précocement grâce au dépistage », conclut le Dr Singh. « Être proactif peut vous éviter un traitement majeur plus tard et, plus important encore, vous sauver la vie. » Il insiste sur le fait que l’âge ne doit jamais être un frein à la prise en charge de sa santé.