Paris, le 24 octobre 2025 – Le chocolat, longtemps célébré pour ses plaisirs gustatifs, pourrait bien devenir un allié inattendu pour notre cerveau, offrant un répit bienvenu face au stress, à la fatigue et aux tensions émotionnelles qui assaillent notre santé mentale. Riches en vitamines B et en nutriments essentiels, ces douceurs alimentaires jouent un rôle clé dans le bon fonctionnement cérébral et l’équilibre de l’humeur.
Au-delà du cacao, la vitamine B1, également connue sous le nom de thiamine, est un pilier discret mais fondamental pour notre bien-être. On la retrouve dans une variété d’aliments : viandes comme le porc, poissons, légumineuses telles que les haricots et les lentilles, petits pois, graines de tournesol, et produits laitiers comme le yaourt. Elle est aussi fréquemment ajoutée aux produits céréaliers et aux préparations pour nourrissons, témoignant de son importance reconnue.
Cependant, la transformation et la cuisson peuvent altérer la teneur en thiamine. Le pain conserve généralement entre 70 et 80 % de sa vitamine B1 initiale. La pasteurisation du lait peut en réduire la teneur jusqu’à 20 %, et le riz blanc non enrichi n’en contient qu’un dixième de ce que l’on trouve dans le riz brun. L’absorption de cette vitamine peut également être entravée par la consommation excessive d’alcool et par un manque de folate.
La Thiamine : Un Soutien Indispensable au Cerveau
Le cerveau, gourmand en énergie, dépend fortement de la production d’ATP par les mitochondries. Cette dépendance le rend particulièrement vulnérable aux carences en thiamine. Ce risque est d’autant plus élevé durant les périodes de croissance intense, comme la petite enfance et l’adolescence, où un apport insuffisant ou des prédispositions génétiques peuvent entraîner des déficits significatifs.
Les conséquences d’une carence en thiamine peuvent être multiples et affecter aussi bien le mental que le physique. Les symptômes vont de la confusion, des troubles de la mémoire et du sommeil, à des atteintes neurologiques et cardiaques graves. Parmi les manifestations les plus sévères, on retrouve l’encéphalopathie, l’ataxie, l’insuffisance cardiaque et la fonte musculaire, comme le soulignent des chercheurs dans une étude publiée dans « Frontiers in Psychiatry ».
Absorption et Utilisation de la Thiamine par l’Organisme
La thiamine est absorbée dans l’intestin grêle, principalement par un mécanisme de transport actif aux doses alimentaires habituelles, et par diffusion passive lorsque les doses sont plus élevées. La majorité de la thiamine présente dans les aliments se trouve sous des formes phosphorylées, qui sont d’abord converties en thiamine libre par des enzymes intestinales avant d’être assimilées.
Une fois absorbée, la thiamine est stockée dans divers organes : le foie, les muscles squelettiques, le cœur, le cerveau et les reins, avec des réserves corporelles totales estimées entre 25 et 50 mg. Environ 80 % de cette thiamine stockée est sous forme de diphosphate de thiamine (TDP), sa forme active. C’est sous cette forme qu’elle agit comme cofacteur essentiel pour les enzymes impliquées dans le métabolisme des glucides, des acides aminés et des lipides.
Recommandations et Apports Quotidiens
Les apports nutritionnels recommandés (ANR) en thiamine s’élèvent à 1,2 mg par jour pour les hommes adultes (à partir de 19 ans) et à 1,1 mg par jour pour les femmes du même groupe d’âge. Ces besoins augmentent à 1,4 mg par jour durant la grossesse et l’allaitement. À l’heure actuelle, il n’existe pas de limite supérieure tolérable (UL) pour la thiamine, car aucun effet secondaire indésirable lié à un apport élevé n’a été significativement rapporté dans la population générale.
La Vitamine B1 Face à la Maladie d’Alzheimer
Des recherches prometteuses explorent le rôle potentiel de la thiamine, et plus spécifiquement de la benfotiamine – un composé qui en augmente les niveaux –, dans le soutien cognitif. Une étude clinique menée par le Dr Gary E. Gibson et son équipe au Burke Neurological Institute, en collaboration avec des médecins du Burke Rehabilitation Hospital, suggère que la benfotiamine pourrait être sûre et bénéfique pour améliorer la fonction cognitive chez les personnes atteintes de troubles cognitifs légers (TCL) et de stades précoces de la maladie d’Alzheimer.
Publiée dans le *Journal of Alzheimer’s Disease*, cette étude d’un an a cherché à évaluer la capacité de la benfotiamine à accroître les concentrations de thiamine dans le sang. L’hypothèse est que des niveaux accrus de vitamine B1 favoriseraient une meilleure utilisation du glucose par le cerveau, un facteur déterminant pour le maintien des performances cognitives.
La maladie d’Alzheimer, qui touche de plus en plus de personnes, voit ses cas doubler d’ici 2050, selon les prévisions. Des recherches antérieures ont montré qu’une diminution du métabolisme cérébral du glucose peut précéder de plusieurs décennies l’apparition des premiers symptômes de perte de mémoire. Soutenue par les National Institutes of Health et l’Alzheimer’s Drug Discovery Foundation, cette étude ouvre la voie à de futures recherches sur la benfotiamine comme option thérapeutique pour ralentir ou prévenir le déclin cognitif lié à cette maladie.
Dans cette lignée, une étude clinique nationale, baptisée BenfoTeam et menée avec la participation de l’Université de l’Iowa, évalue la benfotiamine en tant que traitement potentiel des TCL et de la maladie d’Alzheimer précoce. Cet essai de phase 2 vise à déterminer si la benfotiamine peut aider à préserver ou améliorer la mémoire, les capacités de raisonnement et le fonctionnement quotidien. Près de 50 centres à travers les États-Unis participent à ce projet, financé par le National Institute on Aging.
Le professeur Delwyn Miller, de l’UI Carver College of Medicine, rappelle que la maladie d’Alzheimer affecte près de sept millions d’Américains et constitue la cinquième cause de mortalité chez les plus de 65 ans. Il souligne que les traitements actuels offrent des bénéfices limités et peuvent être difficiles d’accès, faisant de la benfotiamine une approche crédible, abordable et sûre qui mérite d’être étudiée plus en profondeur.
L’étude BenfoTeam, menée auprès de personnes âgées de 50 à 89 ans souffrant de légers troubles de la mémoire ou de démence due à la maladie d’Alzheimer, a pour objectif de vérifier si l’augmentation des taux sanguins de thiamine peut retarder le déclin cognitif. Les efforts de recrutement ciblent particulièrement les populations sous-représentées, notamment les communautés hispaniques et noires, plus touchées par la maladie.
Des études pilotes antérieures ont déjà démontré la sécurité et la bonne tolérance de la benfotiamine, ainsi qu’un ralentissement du déclin cognitif par rapport au placebo. Ces résultats encourageants ont conduit au lancement de cet essai randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo, d’une durée de 18 mois, impliquant 406 participants répartis sur 50 sites américains.