La comédie musicale disco « Here Lies Love », qui explore l’ascension et la chute de l’ancien dictateur philippin Ferdinand Marcos, revient sur les planches à Los Angeles dans un contexte politique particulièrement sensible. Cette nouvelle production, présentée au Mark Taper Forum à partir du mercredi 26 février, résonne avec les préoccupations actuelles concernant les dérives autoritaires et la désinformation, tant aux États-Unis qu’aux Philippines.
À retenir
- La comédie musicale « Here Lies Love » aborde des thèmes universels tels que la corruption, la censure et la manipulation politique, qui trouvent un écho particulier dans le contexte actuel.
- Le spectacle, qui met en scène l’histoire d’Imelda Marcos, épouse du dictateur, vise à susciter une réflexion sur la manière dont les dirigeants corrompus peuvent se présenter sous un jour flatteur.
- Pour de nombreux acteurs, d’origine philippine, la production est l’occasion d’ouvrir un dialogue sur un passé douloureux et de contribuer à la guérison des traumatismes familiaux.
Contexte
« Here Lies Love » a été créée en 2012 au Mass MoCA, dans le Massachusetts. À l’époque, Josh Dela Cruz, aujourd’hui acteur principal dans le rôle de Ninoy Aquino, un opposant au régime de Marcos, était un jeune comédien en début de carrière. Il se souvient avoir été frappé par la possibilité de faire partie d’une distribution majoritairement philippine et d’explorer son identité culturelle à travers ce projet. Initialement, il considérait l’histoire comme un événement du passé, mais il la perçoit désormais comme une réalité toujours présente, non seulement aux Philippines, mais aussi ailleurs dans le monde.
La situation politique actuelle aux Philippines, où le fils de Marcos, Bongbong Marcos, est président et sa vice-présidente, Sara Duterte, sont confrontés à des accusations de corruption, ajoute une dimension particulièrement poignante à cette nouvelle production. Par ailleurs, aux États-Unis, la répression des manifestations contre l’immigration par le gouvernement fédéral a ravivé les craintes d’un glissement vers un régime autoritaire.
Ce qui change
Snehal Desai, directeur artistique du Center Theatre Group et metteur en scène de « Here Lies Love », a choisi cette comédie musicale bien avant les événements récents. Il explique qu’il sélectionne les productions en fonction des conversations qu’elles peuvent susciter et des thèmes qu’elles abordent. Il souligne que les paroles de la chanson « God Draws Straight », qui évoquent la résistance menée par des religieux, résonnent particulièrement avec la situation actuelle aux États-Unis.
Reanne Acasio, qui interprète Imelda Marcos, souligne la difficulté de jouer un personnage historique dont les actions ont traumatisé de nombreuses personnes. Elle a été surprise de constater que des spectateurs philippins venaient la voir après les représentations de Broadway pour partager leurs histoires familiales et entamer un processus de guérison.
Chris Renfro, qui joue Ferdinand Marcos, a également constaté que la participation à la comédie musicale avait permis d’ouvrir le dialogue au sein de sa propre famille sur le régime de Marcos.
La production de Los Angeles, qui se déroule dans la ville comptant la plus grande population philippine en dehors des Philippines (plus de 500 000 habitants), revêt une importance particulière pour les responsables du spectacle.
Prochaines étapes
Snehal Desai a apporté quelques modifications à la production, notamment à la chanson « American Troglodyte », qui aborde la relation complexe entre les Philippines et la culture américaine. Il espère que ces modifications susciteront différentes réactions de la part du public.
Joan Almedilla, qui joue Aurora Aquino, espère que le spectacle incitera le public à agir contre les dirigeants oppressifs et à prendre conscience de sa propre capacité à faire changer les choses.
« J’espère que les personnes d’origine asiatique ou philippine repartiront avec un sentiment de fierté de se voir reflétées sur scène », déclare Joshua Dela Cruz. « Peu importe que vous soyez à moitié, un quart ou un huitième, vous êtes Philippin. Et c’est notre culture et notre histoire que nous portons. »