Home Santé Ils découvrent un antibiotique naturel caché qui offre de l’espoir dans la lutte contre les superbactéries

Ils découvrent un antibiotique naturel caché qui offre de l’espoir dans la lutte contre les superbactéries

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Publié le 29 octobre 2025 13:20:00. Des chercheurs britanniques et australiens ont découvert une molécule issue d’une bactérie du sol, potentiellement capable de combattre les « superbactéries » résistantes aux antibiotiques actuels, ouvrant de nouvelles pistes dans la lutte contre les infections nosocomiales.

  • Une nouvelle molécule, la lactone pré-méthylènemycine C, a été identifiée.
  • Elle se montre efficace en laboratoire contre des bactéries résistantes, y compris le SARM.
  • Cette découverte pourrait relancer la recherche d’antibiotiques face à la crise mondiale de résistance.

Depuis les années 1950, la bactérie du sol Streptomyces coelicolor est connue pour sa capacité à produire des antibiotiques naturels afin de survivre dans son environnement. Une équipe internationale, composée de scientifiques du Royaume-Uni et d’Australie, s’est penchée sur les mécanismes de production de cette bactérie, suspectant l’existence de molécules encore inconnues.

Leur investigation a abouti à la découverte de la lactone pré-méthylènemycine C. Cette molécule, jamais explorée auparavant, a démontré une efficacité prometteuse pour neutraliser des bactéries devenues résistantes aux traitements médicaux conventionnels. Parmi elles figurent des pathogènes responsables d’infections hospitalières particulièrement difficiles à éradiquer, souvent qualifiés de « superbactéries ». La découverte, dont les détails ont été publiés dans le Journal de la Société américaine de chimie, ouvre des perspectives face à la menace croissante des infections résistantes.

Dans les établissements de santé, des bactéries comme le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM) et les entérocoques résistants à la vancomycine posent des défis thérapeutiques majeurs. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a alerté à de nombreuses reprises sur le déclin des nouveaux agents antimicrobiens disponibles, aggravant la complexité de la prise en charge des maladies infectieuses graves. Les stratégies traditionnelles de découverte d’antibiotiques, qui ont mené à la majorité des traitements actuels, semblent avoir atteint leurs limites.

Face à ce constat, les équipes de l’Université de Warwick au Royaume-Uni et de l’Université Monash en Australie, sous la direction de Greg Challis et Lona Alkhalaf, ont adopté une approche novatrice. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les produits finaux de la production bactérienne, ils ont choisi d’analyser les étapes intermédiaires du processus. L’idée était de déceler d’éventuels composés actifs dissimulés dans ces phases de biosynthèse, qui pourraient receler des antibiotiques plus puissants.

La méthylènemycine A, un antibiotique naturel connu depuis des décennies et produit par Streptomyces coelicolor, est moins efficace et n’est pas utilisé en clinique. Pour contourner cette limitation, les chercheurs ont modifié génétiquement la bactérie afin de bloquer la production de méthylènemycine A. Cette manipulation a permis l’accumulation de composés intermédiaires, dont la lactone pré-méthylènemycine C. Les analyses ont révélé que ce dernier surpassait largement la puissance des antibiotiques classiques.

Les tests en laboratoire ont confirmé la capacité de la lactone pré-méthylènemycine C à éliminer des bactéries à Gram positif telles que le Staphylococcus aureus et l’Enterococcus faecium, deux acteurs majeurs des infections nosocomiales. Un point particulièrement encourageant de cette étude est l’absence d’apparition de résistance bactérienne face à ce nouvel agent, y compris chez l’entérocoque, malgré sa résistance déjà établie à la vancomycine. Les chercheurs qualifient ce phénomène d’inhabituel et de très prometteur.

« Streptomyces coelicolor produit un joyau que nous avions négligé. »

Lona Alkhalaf

La voie de synthèse de la lactone pré-méthylènemycine C a également été établie en laboratoire, ouvrant la possibilité de créer des analogues variés. « Cette voie de synthèse permettra la création de divers analogues qui aideront à analyser son mécanisme d’action », a expliqué David Lupton, chercheur en chimie durable à l’Université Monash. Cette avancée pourrait accélérer le développement de futurs antibiotiques plus performants.

« L’apparition de nouvelles molécules pour traiter les germes est toujours une bonne nouvelle. Si elles ont une nouvelle cible ou un nouveau mécanisme d’action comme celui montré dans le nouveau travail, c’est bien mieux car tout ce qui apparaît est un recyclage d’anciennes molécules et cela rend plus probable l’émergence de résistances. »

Pablo Scapellatto, médecin spécialiste des maladies infectieuses à la Société argentine d’infectologie

Les chercheurs soulignent l’importance d’étendre l’exploration aux composés intermédiaires dans la production d’antibiotiques naturels, suggérant que d’autres « surprises » pourraient y être découvertes. Il est essentiel de noter que la lactone pré-méthylènemycine C n’a été testée qu’en laboratoire à ce stade. Des études précliniques sont désormais nécessaires pour évaluer son efficacité et sa sécurité chez des organismes vivants, ouvrant potentiellement la voie à de nouvelles solutions contre les infections aujourd’hui incurables.

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