Publié le 24 septembre 2025. Une nouvelle étude de l’Université Brown révèle que le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) sollicite des zones du cerveau plus vastes que ce que l’on pensait, offrant de nouvelles pistes pour comprendre et traiter ce trouble mental qui touche des millions de personnes.
- Environ 4,1 % de la population mondiale souffre de TOC à un moment donné de leur vie.
- Les personnes atteintes de TOC activent davantage de régions cérébrales lors de tâches simples nécessitant organisation et contrôle mental.
- La recherche met en lumière l’implication de zones du cerveau liées au sens, à la perception visuelle et au traitement du langage, au-delà des circuits traditionnellement associés au TOC.
Des millions de personnes à travers le monde sont confrontées à des pensées intrusives et à des comportements répétitifs qu’elles ont du mal à maîtriser. Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), défini dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), est une condition qui peut considérablement perturber la vie quotidienne.
Une analyse épidémiologique internationale menée en 2025 estime que la prévalence du TOC au cours de la vie atteint 4,1 %, avec 3 % des individus présentant des symptômes au cours de l’année précédente. D’autres estimations varient entre 1 % et 3 %, en fonction des pays et des méthodes d’évaluation. Au-delà de ces chiffres, il est clair que le TOC est un trouble courant et souvent difficile à traiter efficacement.
C’est dans ce contexte qu’une équipe de l’Université Brown a entrepris d’étudier plus précisément les mécanismes cérébraux en jeu lorsque les personnes atteintes de TOC effectuent des tâches quotidiennes qui requièrent organisation et contrôle mental. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Imaging Neuroscience.
L’étude, dirigée par la professeure Theresa Desrochers et menée par la Dre Hannah Doyle, avec la contribution de la neuropsychologue Nicole McLaughlin, s’appuie sur une observation clinique fréquente : de nombreux patients atteints de TOC décrivent la sensation de « perdre le fil » ou d’être pris au piège dans une boucle de pensées ou d’actions.
Pour analyser ce phénomène, les chercheurs ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), une technique qui permet de visualiser l’activité cérébrale pendant l’exécution d’une tâche. Ils ont comparé l’activité cérébrale de volontaires diagnostiqués avec un TOC à celle d’un groupe témoin.
La tâche proposée était relativement simple : identifier la couleur ou la forme d’objets selon un ordre préétabli. Cependant, elle sollicitait des fonctions cognitives essentielles à la vie de tous les jours, telles que la mémoire de travail, la catégorisation, la prise de décision et l’organisation séquentielle.
Les deux groupes ont accompli la tâche avec des performances similaires. Toutefois, comme l’explique la Dre Doyle :
« Les cerveaux des participants atteints de TOC ont recruté davantage de régions cérébrales »
Dre Hannah Doyle, auteure principale de l’étude
pour relever le même défi.
Une analyse détaillée des images a révélé une activation non seulement dans les zones cérébrales traditionnellement associées au contrôle moteur et à la mémoire de travail, comme les régions préfrontales, mais aussi dans des zones jusqu’alors peu impliquées dans la compréhension du TOC.
Parmi celles-ci figure le gyrus temporal moyen, impliqué dans la récupération sémantique, le traitement du langage et le maintien des informations en mémoire de travail. Une région englobant une partie du gyrus occipital et de la jonction occipito-temporale, des zones essentielles au traitement visuel de base et à la reconnaissance des objets, a également été activée.
Ce modèle suggère que, lors de l’exécution d’une séquence d’actions, le cerveau des personnes atteintes de TOC engage des circuits supplémentaires liés au sens et à la perception visuelle, en plus des systèmes de contrôle cognitif habituels. Pour illustrer, les chercheurs comparent ce phénomène à deux personnes courant la même distance, mais l’une devant activer davantage de groupes musculaires pour maintenir son rythme. Le résultat peut sembler identique de l’extérieur, mais l’effort interne est plus important et la coordination plus complexe.
Cette découverte élargit la vision classique du TOC, qui s’est longtemps concentrée sur les circuits frontostriataux impliqués dans les habitudes et l’inhibition comportementale. Elle suggère désormais l’existence d’un réseau cérébral plus vaste et plus distribué, qui se réorganise lorsque le cerveau tente de maintenir le contrôle.
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