Publié le 7 février 2026 à 01h03. Les autorités sanitaires de Gualeguaychú tirent la sonnette d’alarme face à une recrudescence inquiétante des cas de syphilis, une maladie sexuellement transmissible en augmentation significative dans la région et à l’échelle nationale. Cette épidémie, paradoxale malgré un accès facilité à la contraception, soulève des questions sur les comportements à risque et l’efficacité des campagnes de prévention.
- Une épidémie de syphilis est en cours, avec 55 183 diagnostics confirmés en Argentine en 2025.
- À Gualeguaychú, on estime entre 2 500 et 5 000 cas en 2025, représentant 5 à 8 % de la population.
- Le problème ne se limite pas à un manque de préservatifs, mais à leur utilisation incorrecte ou à l’absence d’utilisation, ainsi qu’à des facteurs sociaux plus larges.
Pablo Alfaro, sous-secrétaire à la Santé, a dressé un tableau préoccupant de la situation sanitaire locale, mettant en lumière les défis spécifiques liés à la santé sexuelle et reproductive. Selon les données officielles, l’Argentine a enregistré 55 183 cas de syphilis en 2025, un chiffre alarmant qui représente l’un des pics les plus élevés des cinq dernières années. Gualeguaychú n’est malheureusement pas épargnée par cette tendance.
« Nous sommes clairement en présence d’une épidémie de syphilis », a déclaré Alfaro, expliquant que cette infection bactérienne, curable grâce à la pénicilline, se manifeste par différents stades – primaire, secondaire et tertiaire – et qu’elle affaiblit les muqueuses génitales, facilitant ainsi la transmission d’autres maladies, notamment le VIH.
Les estimations locales, bien qu’il n’existe pas de chiffres précis, suggèrent entre 2 500 et 5 000 cas en 2025, ce qui correspond à une proportion significative de la population, comprise entre 5 % et 8 %. « C’est un nombre considérable et qui ne peut être ignoré », a insisté Alfaro.
Ce qui interroge particulièrement les autorités sanitaires, c’est cette augmentation des cas malgré la distribution de 350 000 préservatifs. Alfaro a souligné que le problème ne se résume pas à la disponibilité de ces protections, mais à leur utilisation inadéquate ou à leur absence totale. « Il y a une variable sociale qui influence inévitablement la situation », a-t-il ajouté.
Dans ce contexte, la question de la distribution gratuite des préservatifs est remise en question. Certains experts plaident pour un renforcement de la distribution dans le cadre de consultations médicales ou de conseils en santé sexuelle. « Nous pensons qu’un entretien avec un professionnel, un espace d’éducation et de dialogue sans jugement, peut avoir un impact plus important que de laisser le préservatif à la libre disposition », a expliqué Alfaro, précisant que les distributeurs continueront cependant à être disponibles dans les centres de santé.
Un autre facteur préoccupant est le décalage entre la santé sexuelle des femmes et celle des hommes. Les femmes ont tendance à consulter régulièrement un gynécologue, tandis que les hommes sont plus réticents à prendre soin de leur santé génitale. « Il n’existe pas de spécialité médicale dédiée à la santé sexuelle masculine, ce qui crée une fausse impression de l’inutilité des contrôles », a déploré Alfaro.
La timidité, la honte et les normes culturelles constituent des obstacles à une consultation précoce. « Très peu d’hommes consultent. Il y a même une méconnaissance des noms des organes génitaux », a-t-il souligné, pointant également l’influence néfaste de la pornographie comme principale source d’information sexuelle.
Par ailleurs, Alfaro a évoqué les interruptions volontaires de grossesse (IVG), une pratique légale que la municipalité doit garantir. En 2025, 160 IVG ont été enregistrées à Gualeguaychú, dont 35 % étaient des cas récurrents, touchant principalement des femmes âgées de 35 à 42 ans. Le taux d’IVG chez les adolescentes reste faible.
« Ce qui nous inquiète le plus, c’est cette récidive, qui ne peut être analysée isolément, mais comme un symptôme possible de problèmes sociaux plus profonds, tels que les violences conjugales, les inégalités dans la responsabilité contraceptive ou des situations familiales complexes », a-t-il précisé. Dans ces cas, les services sociaux interviennent pour évaluer la situation et apporter un soutien.
Alfaro a également souligné que la baisse du taux de natalité observée dans la ville est un indicateur de développement social, associé à l’accès à la contraception, à la planification familiale et à l’éducation des femmes.
Au-delà de la santé sexuelle et reproductive, le sous-secrétaire a énuméré les principaux défis du système de santé municipal pour l’année en cours : maintenir un faible taux de mortalité infantile et maternelle, assurer le suivi des femmes enceintes et des nouveau-nés, renforcer les politiques de santé mentale et de lutte contre les addictions, et améliorer la prévention du cancer du col de l’utérus et du côlon. Un programme de prothèses dentaires sera également mis en place, ainsi qu’une remise à neuf du camion dentaire du Centre sportif Nord.
« On ne peut pas envisager la santé en dehors de la société », a conclu Alfaro, insistant sur la nécessité d’approfondir les politiques globales pour répondre aux enjeux actuels.
Concernant les infrastructures, l’extension du CAPS Cuchilla sera soumise à un nouvel appel d’offres privé, après l’annulation du premier appel d’offres public. Des travaux d’entretien et de rénovation sont également prévus dans d’autres centres de santé.
Enfin, le CAPS Villa María a été réaffecté pour devenir le nouveau siège du sous-secrétariat à la Santé, permettant de centraliser le stockage des fournitures médicales et pharmaceutiques, d’optimiser la logistique de distribution vers les 11 centres de santé de la ville et d’améliorer les soins psychosociaux, obstétricaux et nutritionnels dans le quartier. L’inauguration officielle est prévue la semaine prochaine.