Home Accueil Insectes, punaises, nuisibles : comment les parasites transforment les insectes en « zombies »

Insectes, punaises, nuisibles : comment les parasites transforment les insectes en « zombies »

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Les zombies existent, et la journaliste scientifique Mindy Weisberger l’affirme, exemples à l’appui. Elle a étudié des champignons qui, une fois dans le corps des mouches, les dévorent de l’intérieur avant de les pousser à grimper sur des brins d’herbe. Les spores fongiques explosent alors des cadavres gonflés pour infecter de nouvelles victimes. D’autres exemples incluent des vers qui envahissent les grillons, les incitant à se jeter dans l’eau pour mieux émerger de leur exosquelette, dans une scène qui rappelle le film « Alien ». Weisberger a également enquêté sur des escargots manipulés par des vers plats. Les larves de ces vers, qui ont besoin d’être ingérées par des oiseaux pour poursuivre leur cycle de vie, transforment les sacs oculaires des escargots en leurres colorés et palpitants, semblables à des chenilles, attirant ainsi les oiseaux prédateurs. Le parasite manipule également les escargots pour qu’ils s’exposent en terrain découvert, augmentant les chances d’être repérés et dévorés.

Ces cauchemardesques exemples de contrôle mental parasitaire ont été explorés par Mindy Weisberger dans son livre, « The Zombification of Insects », afin de comprendre la « zombification » bien réelle. Elle découvre que ces récits naturels ne sont pas seulement des sources d’inspiration pour la fiction horrifique, mais pourraient aussi guider les chercheurs dans des domaines variés, de la réponse immunitaire à la lutte antiparasitaire.

« Un zombificateur est un organisme qui manipule le comportement de son hôte, et un zombie est un organisme dont le comportement est modifié de manière à ne profiter qu’au parasite qui le contrôle », explique Mindy Weisberger. Elle distingue cela de la maladie classique. Par exemple, un rhume vous rend malade et modifie votre comportement – vous vous reposez, buvez plus – mais ces actions vous aident à guérir. Pour un zombie, les changements comportementaux ne bénéficient pas à l’hôte ; ils servent uniquement le parasite. Imaginez tomber malade et, au lieu de vous reposer, vouloir lécher partout pour propager la maladie : c’est le principe de la zombification.

« Il existe des virus zombifiants, des champignons zombifiants, des insectes capables de zombifier leurs hôtes, et des vers qui peuvent faire de même. La plupart des organismes infectés sont des arthropodes, notamment des insectes », précise la journaliste. Elle s’excuse auprès des entomologistes pour l’usage familier du terme « insectes », qui englobe une plus large catégorie que celle strictement définie par les spécialistes.

Les grands mystères de la zombification

Trois questions majeures se posent quant aux mécanismes de la zombification. La première concerne l’infection initiale : comment le zombificateur échappe-t-il à la réponse immunitaire de l’hôte ? « C’est une grande question pour les zombificateurs, qu’il s’agisse de virus, de guêpes, de champignons ou de vers : lorsqu’ils pénètrent dans un organisme où ils ne devraient pas être, comment disent-ils exactement au système immunitaire de l’hôte : « Rien à voir ici ! Occupez-vous d’autre chose ! Vous n’avez pas à vous soucier de moi ! » », détaille Weisberger.

La deuxième interrogation porte sur le moment de la manipulation : quels sont les signaux qui déterminent le moment propice pour que l’hôte se déplace vers l’endroit souhaité par le parasite ? Enfin, la troisième question, la plus complexe, concerne les rouages mêmes de la manipulation comportementale. « Le problème dans ce domaine est qu’il y a encore beaucoup de choses que les scientifiques sont en train de rassembler sur les mécanismes précis de son fonctionnement », admet-elle.

Elle cite l’exemple de la guêpe parasitant les araignées orbiculaires. La guêpe pond un œuf sur l’araignée, et la larve qui en éclot se nourrit de l’araignée vivante. L’araignée continue de vaquer à ses occupations jusqu’à ce que la larve soit prête à se reproduire. La larve manipule alors l’araignée pour qu’elle construise une toile de repos, plus solide, destinée à la protéger durant sa mue. Une fois la toile terminée, la larve draine l’araignée, quitte son enveloppe vide pour construire son cocon dans la toile finale, attendant de devenir une guêpe adulte. Les chercheurs ont découvert que le cerveau de l’araignée est inondé d’ecdystéroïdes, l’hormone libérée lors de la mue, au moment où elle commence cette toile. Ils ne savent pas encore si la larve produit elle-même ces hormones ou si elle déclenche leur production chez l’araignée via un autre composé.

Des applications potentielles pour la science et la santé

Comprendre cette manipulation comportementale est crucial pour de nombreuses raisons. « Il s’agit d’examiner de très grandes questions sur le fonctionnement du comportement, quelque chose que les scientifiques sont encore en train de reconstituer, à de nombreux niveaux pour tous les types d’organismes », explique Weisberger. Les facteurs génétiques, biochimiques, environnementaux et sociaux jouent tous un rôle complexe dans le comportement.

L’aspect immunosuppresseur des zombificateurs est particulièrement intéressant. Il pourrait éclairer le développement de médicaments immunosuppresseurs, bénéfiques pour la santé humaine. Bien qu’il n’y ait pas encore de lien direct établi entre la recherche sur l’évasion immunitaire des zombificateurs et le développement de produits pharmaceutiques, c’est une piste sérieusement explorée par les scientifiques.

La lutte antiparasitaire est une autre voie prometteuse. Les baculovirus, par exemple, qui infectent les chenilles et les font grimper avant de dissoudre leur corps, sont déjà utilisés comme stratégie de lutte antiparasitaire en Chine, en Europe, aux États-Unis et au Brésil. Ces virus sont une alternative intéressante aux insecticides traditionnels car ils sont très ciblés, moins toxiques pour l’environnement et sans danger pour les humains ou les insectes non hôtes. Leur principal inconvénient réside dans leur lenteur par rapport aux insecticides conventionnels, ce qui limite leur adoption par un public avide de résultats rapides. L’intégration de ces méthodes avec d’autres approches, y compris les insecticides, pourrait constituer la stratégie la plus efficace pour une « guerre de zombies » contre les ravageurs agricoles.

L’homme, potentiellement aussi vulnérable ?

La question se pose : les humains sont-ils susceptibles d’être zombifiés ? Weisberger rappelle l’existence de pathogènes connus pour manipuler le comportement des mammifères et même des humains. La rage en est un exemple bien connu, où l’agressivité accrue est observée chez les personnes infectées. Plus récemment, des études sur le *Toxoplasma gondii*, le parasite responsable de la toxoplasmose dont le chat est l’hôte définitif, ont suscité l’intérêt.

Bien que de nombreuses personnes infectées par *Toxoplasma gondii* soient asymptomatiques, des recherches suggèrent que le parasite pourrait influencer certains comportements humains, tels qu’une prise de risque accrue et une plus grande audace. Le parasite est connu pour manipuler le comportement des rongeurs, les rendant moins craintifs et moins réactifs à l’odeur de l’urine de chat, augmentant ainsi leurs chances d’être mangés par un chat, leur hôte définitif. Ce phénomène a été observé chez d’autres animaux : les hyènes infectées sont plus audacieuses en présence de lions, et les chimpanzés perdent leur peur des jaguars.

Des études ont également montré que les personnes infectées par *Toxoplasma gondii* pourraient être plus enclines à prendre des décisions commerciales risquées ou à adopter un comportement plus audacieux dans la circulation. « Il y a encore beaucoup de travail à faire, car, de toute évidence, le comportement humain est en soi complexe », nuance Weisberger. Cependant, les preuves actuelles suggèrent que *Toxoplasma gondii* pourrait effectivement façonner le comportement humain.

« Il est donc littéralement possible qu’il y ait en ce moment même des zombificateurs en nous qui nous façonnent d’une manière ou d’une autre ? », interroge l’animatrice. « C’est tout à fait possible », répond la journaliste. « Il y a tellement de choses qui font de nous ce que nous sommes et qui façonnent notre comportement. Il existe des facteurs environnementaux ; il existe des facteurs sociaux. Mais vous savez, il pourrait aussi y avoir des zombificateurs. »

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